‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 101 sur 153 · XVII. APERÇUS DF. CRITIQUE · texte numérisé non relu

XVII. APERÇUS DF. CRITIQUE

que, vers ce temps, bien loin de perdre leur caractère religieux, les acteurs tenaient plus que jamais à honneur de porter ce nom d’artistes dionysiaques ; il y a donc, dans l’introduction môme de l'expression nouvelle, comme un renouvellement du vieil esprit religieux de la Grèce, comme un retour vers les plus antiques traditions de l’hellénisme.

En môme temps qu’ils prennent ce titre commun, dont nous signalons l’importance, les acteurs se donnent à euxmêmes, surtout hors d’Athènes, une sorte de constitution commune et indépendante. Dans Athènes, ils avaient toujours vécu isolés ; entretenus par les tribus que représentent les choréges, ils n’avaient d’autre lien que la communauté de leurs études et le devoir momentané de jouer ensemble dans une même pièce. Au temps de Démosthène, on les voit former de véritables corporations, qui s’appellent dionysiaques et qui se placent sous l’invocation de Bacchus, qu’elles nomment leur chef, oc —tpi tov z.a6io-[EjAo'va Aco' vuaov TE^ycTai. C’est en Asie qu’elles paraissent s’être ainsi organisées, vers la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ, et elles arrivent bien vite à un haut degré de puissance. Au deuxième siècle avant Jâsus-Christ, on les voit partager leurs services entre les nombreux théâtres de la Grèce et acquérir par là un crédit universel. La plus importante de ces corporations est celle qui dessert les côtes de l’Ionie et de l’Hellespont; elle se déclare même « la confrérie, ou le synode, des artistes de Bacchus qui habitent autour de l’Hellespont. » De ce foyer de l’Ionie, les corporations dionysiaques rayonnent, pour ainsi dire, dans toute la Grèce et dans tout le monde connu, et sous des noms peu différents, tantôt à poste fixe, tantôt « ambulantes », comme elles s’appellent quelquefois1, on les voit sur le continent grec proprement dit, à Némée, sur l’isthme de Corinthe, et jusque dans les îles voisines de l’Italie. Là même où ils

* Corpus iriser, gratc., n° 3476.

SUR LE THÉÂTRE GREC

sont simplement appelés sans avoir de domicile régulier, les artistes dionysiaques reçoivent l’accueil le plus libéral. A Corcyre et dans les lies, on a retrouvé des actes de donation attestant que des personnages considérables avaient reçu à titre de placement des sommes versées pour l’entretien de la confrérie des artistes ' ; tous ces documents prouvent de quelle influence jouissaient ces corporations, ot quels égards on leur témoignait. On croit les retrouver môme en Egypte*, où la confrérie de Basilistes ou artistes royaux ([ksiXtaTo»), ainsi nommés parce qu'ils étaient sous la protection des rois grecs du pays, figure dans une inscription de l’tle de Dionysos. C’est là un nouveau caractère de leur constitution : partout où elles se développent, ces corporations acceptent la protection des princes qui les attirent dans leurs Etats. Comme il n’y avait en Egypte qu’une seule famille, on leur donnait simplement le nom de ,fsaoiXi<rrai ; ailleurs, on leur applique le nom propre de la famille qui les patronne ; ainsi, les Attalistes, à Pergame, les Eupatorides, dans le Pont, du nom de Mithridato Eupator.

Mais quel qu’ait pu être leur empressement à se faire protéger par les souverains, ces réunions d’artistes semblent avoir toujours conservé une certaine indépendance ; l’esprit de corps, qu'elles entretenaient soigneusement, était pour elles une véritable force , et, bien que soumises aux Ptolémées, aux Attales, ou même aux Romains, elles n’en portaient pas moins des décrets au nom de la communauté (ré «irév ™v Aiwjdiaxwv rexiiTûv), comme faisaient les municipalités autonomes. 11 existe des témoignages précieux de cette indépendance ; l’un d’eux est conservé parmi les inscriptions grecques de notre musée du Louvre : c’est un décret des Attalistes en faveur d’un joueur do flûte, leur confrère, nommé Craton ;

1 Corpuf inscr. grœc., n° 1845.

* VoirM. Lelronne, Inscript, def Egypte, n° 32, vol. I, p. 303.

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