M8 XV». APERÇUS DE CRITIQUE
et ce titre seul nous révèle un fait curieux , c’est que la confrérie des Attalistes ne renfermait pas seulement des acteurs, mais aussi des musiciens. Ce n’était pas, il s'eu faut, une de ces troupes d'artistes ambulants, tels que notre Europe moderne en connaît encore, mais une corporation régulièrement organisée, avec des artistes de divers genres pour toute espèce de fête musicale ou de représentation dramatique. Craton semble avoir joui parmi les siens d’une haute estime : le fragment que possède notre musée est un décret de la communauté qui lui décerne trois statues Dans le Recuoil do M. Boeckh, il est suivi de deux autres actes 3 dont l’un décerne à Craton une couronne qui sera proclamée publiquement dans le théâtre, et un trépied à encens qui sera placé devant sa statue dans les jours de fête et de spectacle. Le dernier acte est un décret des synagonistes ou corporation auxiliaire, d’après lequel on devra faire peindre en pied le portrait de l’artiste pour le temple de Bacchus. On a d’autres témoignages des bonnes relations de Craton avec les autres troupes : il était mort à Pergamo (en 152 avant J.-C.), assurant par son testament aux Attalistes une foule d’avantages honorifiques ou pécuniaires, dont la répartition devait être fixée parun règlement qui est appelé Upoc W|«{3. Remarquons encore ici la sanction religieuse attachée aux actes des artistes do Bacchus. Ailleurs3, nous trouvons le commencement do la lettre testamentaire de Craton ; et immédiatement après 3 l’inventaire, malheureusement mutilé et réduit à quelques lignes, des objets utiles aux théâtres qu'il lègue aux Attalistes; c’est là, comme on le voit, tout le dossier d’affaires importantes. A dus actes si divers, si solennels, on reconnaît
1 Corpus inscr. graïc-, u" 3067.
* Ibid., n“ 306S.
3 Ibid., n“ 3069.
3 Ibid., n“ 3070.
s Ibid., li“ 307t. j
SUR LE THÉÂTRE GREC
des corporations fortement organisées, étroitement liées à tout le système do la vie municipalo et politique des Grecs durant cette période, encore glorieuse, de leur histoiro
Ces relations s’étendront encore à mesure que la conquôle romaine s’étendra en Grèce, et alors elles nous offriront un spectacle non moins intéressant. De même que les confréries dionysiaques ont absorbé, au deuxième siècle, tout ce qu’il y avait en Grèce d'art de la déclamation ou de talent musical, de même, quand ellos rencontrent les acteurs romains, elles se les assimilent peu à peu, si bien qu’au deuxième siècle après Jésus-Christ il n’y a plus, sur les théâtres d’Italie, de distinction entre les acteurs d'origine étrangère et ceux d'origine nationale. On avait jusqu’alors distingué à Homo deux sortes ot comme deux classes d’acteurs : les étrangers, primitivement Etrusques, sur lesquelles rejaillit tout le mépris attaché à la profession d’histrion , et les acteurs d’Atellanes ; les derniers sont ces jeunes nobles Romains, dont parle Tite-Live *, qui trouvent dans las représentations du théâtre d’agréables distractions, et qui font métier d'acteurs, pour occuper leurs loisirs, sans déroger à leurs devoirs de citoyen. Sous l’empire, ces distinctions s’effacent j il n’y a plus d’acteur qui soit méprisé à cause do sa profession ; plus de Labérius qui se plaigne d’avoir trop vécu, parce que César l’a contraint de descendre sur la scène. Les acteurs sont devenus dans l’Etat un corps puissant, honoré de tous, patronné
* Pour plus de détail sur ce sujet, après les commentaires de M. Boeckh sur les inscriptions ci-dessus citées, on peut consulter celui de M. F. Lenormant sur la 26° inscription d'Eleusis, dans ses Recherches archéologiques à Eleusis (Caris, 1862), p. 90 cl suiv.
* vu, 2 et suiv.