‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 107 sur 153 · XVII. APERÇUS DE CRITIQUE · texte numérisé non relu

XVII. APERÇUS DE CRITIQUE

cinq ou six pièces inspirées par les événements contemporains. On cite, par exemplo, do Phrynichus, la Prise de Milet et les Phéniciennes. Nous avons les Perses d’Eschyle ; ce poète avait fait aussi une pièce intitulée les Etnéennes, qui so rapportait sans doute à la fondation récente de la ville d'Etna par Hiéron. Ce fut de môme apparemment en l’honneur d’un roi de Macédoine, son bienfaiteur, qu’Euripide composa sa pièce A' Archêlaüs. A cette liste, les autres poètes tragiques n’ajouteraient pas plus de deux ou trois titres. D’aussi rares exceptions ne font que confirmer la règle et nous montrent combien les poètes tragiques se complaisent, loin du présent, dans les lointaines traditions de l’histoire héroïque. Ce n’est pourtant pas que le drame fasse défaut autour de Sophoclo et d’Euripide. Je ne vois plus, il est vrai, comme au temps du vieil Eschyle, cette lutte terrible de la Grèce et de l’Asie, dont l’émotion a si heureusement passé dans quelques pages des Perses, et dont Hérodote. nous a donné, en prose, un vivant tableau; mais je vois alors la lutte de la Grèce contre ellemême. Quel drame, par exemple, que celui que Thucydide nous raconte au troisième livre do son histoire1 1 Mitylène, une dos villes tributaires d’Athènes, se révolte, oxcitée et secourue par des troupes de Lacédémone. Le général athénien Paohès y est envoyé, il soumet la ville, fait prisonnier le chef des Lacédémoniens, Salæthos, et l’envoie à Athènes aveo un millier de Mityléuéens. Salæthos mis à mort, on délibère sur le sort des autres captifs. Ils sont condamnés à mourir, et avec eux tous les Mitylénéens en âge viril ; les femmes et les enfants seront réduits en esclavage. On expédie de suite une trirème à Pachès, pour lui porter cet ordre terrible. Mais dans la nuit qui suit cette délibération les Athéniens se repentent ; l’atrocité de leur décision les fait frémir. Une assemblée nouvelle est convoquée. Cléon veut qu’on maintienne l’arrêt ;

> Chap. xxxv et sujv.

SLR LE THÉÂTRE GREC

Diodote s’élève contre lui; puis d’autres orateurs échangent les arguments do la vengeance et ceux do la pitié. Enfin la pitié l’emporte; aussitôt uno nouvelle galère est expédiée, avec ordro do faire force de rames pour arriver à temps et prévenir l’exécution des premiers ordres, car la première avait un jour et une nuit d’avance. Elle arrive au momont où Pachès lisait au peuple le décret de mort ; il était temps encore : Mitylène est sauvée. Mais à côté de la clémence uno froido et barbare politique avait maintenu ses droits ; les Mitylénéens envoyés à Athènes comme principaux auteurs de la défection, la payèrent do leur tète : il y en avait mille, et môme un peu plus, nous dit Thucydido.

Quel drame encore, et à la môme date, que larévolto de Platée 1 Quelle scène que ce débat, où l’iniquité prend le voile de la justice, où les Platéens tour à tour et les Thébains viennent plaider leur cause devant les Lacédémoniens assemblés, où une sentence, arrôtéo d’avance, prononce enfin la ruine de Platée et la mort de plus de deux cents victimes parmi ses habitants 1 1

Voilà ce qui s’agitait dans Athènes ou tout près d’elle entre la représentation de la Médie d'Euripide (432) et les débuts d’ Aristophane. C’est ce temps de douloureuse et sanglante discorde quo Thucydide a résumé dans des pages éloquentes et justement célèbros *.

Eh bien, dans toutes ces tragiques horreurs de la réalité contemporaine, rieu n’a pu séduire ni distraire le génie des poètes ou l’attention des spectateurs qui do tous les points de la Grèce affluaient au théâtre de Bacchus. A poine trouve-t-on dans les drames de ce temps quelque allusion plus ou moins éloignée aux événements qui doublaient la pa-

1 Thucydide, III, lui elsuiv.

3 lit, LXXXI-LXXXU, chapitres qu’on trouvera traduits plus haut dans ce volume, p. 291 et suiv.

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