‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 113 sur 153 · XVII. APERÇUS DE CRITIQUE · texte numérisé non relu

XVII. APERÇUS DE CRITIQUE

elle perdra la moitié de son prestige ; comme elle a trop souvent peint les désordres d'une vie sensuelle, elle sera bientôt réprouvée par une philosophie plus pure et plus sévère,et de ses innombrables productions, ccllos-là seules survivront qui parlent aux âmes honnêtes et secondent le progrès moral de la société. Aristophane déjà se vantait d’avoir épuré la comédie, et faisait honte à ses prédécesseurs de leurs sales fmtions ; Aristophane bientôt subira le reproche qu’il a tant prodigué. Avant même que le christianisme eût animé la morale d’un esprit nouveau et rendu aux femmes une place plus digne d'elles, au sein de la famille régénérée, des philosophes, comme Plutarque ’, condamnent durement les peintures d’Aristophane et les déclarent indignes d'un homme poli et d’unhomme de bien. Ménandre, plus rapproché déjà des réalités de la vie moyenne, leur parait un peintre plus fidèle et surtout un maître moins dangereux. Il semble même que celte nouvelle école ail presque désarmé la critique austère de saint Augustin, sinon par l’honnêteté des mœurs qu elle représente, au moins par la réserve ordinaire de son langage *; aussi ne puis-je me résigner au jugement qu’en porte un critique, d’ailleurs des plus compétents en cette matière, M. Ch. Benoit, quand il écrit : «La vieille comédie, ce chant de triomphe de la sensualité, avec sa naïve brutalité •

> Comparaison d'Aristophane et de Ménqndre, ouvrage dont la perle est é|Riocnj|i)i.‘Rt regrettable, à juger par la cogne agalyse qgi gous en est seule parvenue. Le savant Galien avait cci it, copimp il l’atteste luimême (t. IV, p. 3G8, éd, Kühn), un ouvrage, également perdu aujourd’hui, sur celte question : Si l’ancienne comédie est une lecture utile pour la jeunesse.

* De Cipitate Dei, ft, g : « Et hæc sugl secnicorgin tolerabilia ludorum, comœdiae jscilicet et tragœdiæ, hoc est fabglæ pnetargin agundæ in spectaculis, multa rerum turpiludinc, sed nulla sellent, sicut alia multa, vcrborum obscenilate composilæ; quas eliam inter studia, quae bonesta ac tiberaiia vocantur, pueri legere et discere cogunlur a senibus. »

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el ses ofTrontôes gaillardises, avait, sans doute, une influence UMtins pernicieuse sur les mœurs que tells pièce de la comédie nouvelle, qui, en troublant le coeur, y insinuait bien plus profondément les maximes de la morale relâchée, et, par l'attrait d’une plus grande décence extérieure et d’une certaine élégance dans le libertinage, séduisait les plus délicats1. » Comment, en effet, se défendre de beaucoup d’indulgence pour les pièces de Ménandre, si on les compare à celles d’Aristophane? et pour la société qu’elles représentent, si on la compare à celle du siècle de Périclès? Dossuet lui même (c’est M. Benoit qui me le rappelle dans une noie) comprenait férence, c’est-à-dire ur» imitateur Adèle de l’école do Mépandre, parmi les auteurs que devait lire son royal élève ; or, on sait ce que Bossuet pense, en général, du théâtre el de la ppmédie. fl sentait apparemment lo charme instructif et tout moral d’une pareille lecture. Je retrouve avec bonheur la même indulgence chez Fléchier5. Qu’au nom d’une loi rigoureuse on supprime ia théâtre comique, je le comprends ; mais sj une fois on l’admet, quelles œuvres préférer, en ce genre, k celles qui peignaient si vivement et si délicatement, sans ppensonge, mais sans exagération, la vie humaine sous toutes ses formes? Pour ma part, devant ces restes de la comédie atljque, à sa dernière période, je me persuade volontiers que les mœurs dont elles offrent l’image, plus molles peut-êlro, étaient, en mémo temps, moins corrompues qu’au siècle où

1 Essai historique et littéraire sur la comédie de Ménandre (Paris, 1854, ln-8, p. 142), ouvrage couronné par l'Académie française, auquel il faut ajouter une Etude du même auteur sur la comédie politique à Athènes, au temps de la guerre du Péloponise (Paris, 1850). On sait que le même concours a produit un très-solide el agréable volume de M. G. Guizot, également couronné par l’Académie, et publié en 1855. On ne comparera pas sans intérêt, avec ces deux livres, un opuscule du M. Sliévenarl, Idée du théâtre de Ménandre (Dijon, 1864), el l’£«ai de M. A. Ditanriy sur le même sujet (Paris, 1854).

* Mémoire sur les Grands-Jours, p. 14* (éd. 1844).

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