XVII. APERÇUS DE CRITIQUE, ETC
écrivait Aristophane. A cet égard, on abuse, je pense, d’une tradition qui rattache la morale de Ménandre au scepticisme d’Euripide et au sensualisme d’Epicure: qui fait d’Euripide comme d’Epicure des corrupteurs de la société grecque, et de leurs doctrines, la cause principale de l’abaissement de la Grèce sous les Macédoniens d’abord, puis sous les Romains. Il y a là des questions fort complexes et qu’on ne saurait résoudre en quelques mots. Disons seulement que les vertus publiques et les vertus privées ne s’unissent pas toujours étroitement dans la vie des peuples et qu’une certaine teneur d’honnêteté morale dans les familles peut s’accommoder avec bien des faiblesses dans la nation. Les mœurs de la famille athénienne n’étaient pas meilleures au temps de Périclès qu’au temps d’Alexandre; mais l’énergie du patriotisme, à la fois excitée et dirigée par les lois démocratiques de Solon, imprimait alors à la vie du peuple athénien un caractère de force et de grandeur qu’elle a perdu plus tard. Au contraire, sous l’humiliation des tyrannies successives de la Macédoine et de Rome, peuvent se cacher pour nous certains progrès de décence et de douceur qui ont bien leur prix aux yeux du moraliste équitable1. En tout cas, s’il faut distinguer, à ce point de vue, la comédie nouvelle de l’ancienne , il la faut surtout distinguer des spectacles grossièrement et cruellement sensuels que, sous l’empire, les Pères grecs et latins poursuivirent de leurs invectives ; il est à jamais regrettable que, dans l’entrainement d’une polémique irréfléchie, le gracieux et délicat génie de Ménandre ait été poursuivi à l’égal des plus vulgaires profanateurs de l’art dramatique.
1 J’ai exposé dans le Journal des Débats du 9 novembre 1858 quelques vues générales sur la comédie grecque, à propos de l’édition des Fragmenta comicorum grœcorum publiée par Bothe (Bibliothèque F. Didot).
AKISTOTE