COMME PRÉCEPTEUR D’ALEXANDRE LE GRAND
Il est naturel que l’histoire s’intéresse aux instituteurs des princes, puisque l’éducation qui prépare un prince à gouverner ses semblables prépare souvent ainsi de graves événements dans la destinée des peuples. Soit que l’élève ait éclipsé ses maîtres, comme cela se voit dans l’éducation de Marc-Aurèle, dont le plus célèbre instituteur, Fronton, ne nous apparaît guère, dans ses écrits récemment retrouvés, que comme un honnête et spirituel sophiste ; soit que les maîtres aient éclipsé leur disciple, comme Bossuet a éclipsé le Dauphin, fils de Louis XIV ; soit enfin que le maître et le disciple aient laissé tous deux d’illustres souvenirs, comme il arriva pour Aristote et pour Alexandre, pour Fenélon et le duc de Bourgogne, toujours nous aimons à savoir, et à savoir par le détail, comment et avec quel succès s'exerça le talent du précepteur d’un roi, comment il développa chez son élève les dons de la nature, comment il seconda ou combattit les influences du dehors qui pouvaient agir sur le caractère du jeune prince. C’est là, par exemple, l’intérêt qui s’attache pour nous aux nombreux ouvrages qui concernent l’éducation du grand Dauphin et celle du duc de Bourgogne.
Malheureusement l’antiquité ne nous a rien laissé de com-
1 Publié dans lu Journal des savants de février 1861, et, avec quelques changements, dans les Mémoires de l’Académie de Caen.