XVIII. ARISTOTE PRÉCEPTEUR
parable à ces récits et à ces documents instructifs. La Cyropédie , malgré son titre, n’est guère qu’un roman ; et les imitations qu'elle avait produites en Grèce quoique prétendant davantage à l'autorité de l’histoire, n’auraient pas, je le crains, répondu beaucoup mieux, soüs ce rapport, à notre curiosité. On en peut juger parce qui nous reste de l’Education d'Auguste par Nicolas de Damas, espèce de biographie louangeuse et emphatique, oit les maîtres du jeune Octavien paraissent n’avoir pas occupé une bien largo place. Ce livre rappelle par quelques traits le Prince de notre Balzac; il ne satisfait presque en rien- la curiosité qu’excite le nom seul d’Auguste et qu’augmente encore cerlaid témoignage de Tacite’. En ce qui concerne Aristote et Alexandre, nous serions plus avides encore, s’il est possiblo, de documents sérieux, et nous en sommes plus dénués, car nous avons perdu les deux ouvrages d’Onésicrite et de Marsyas qui en traitaient spécialement 3, et, parmi les ouvrages d'Aristote, ceux qui pouvaient plus ou moins s’y rapporter. Nous ne possédons plus les deux écrits de Théophraste sur l'Éducation d’un roi , et à Cassandre sur ta Royauté, livres où devait se retrouver l’esprit des doctrines aristotéliques sur ce sujet. Malgré l'irréparable tort que nous ont fait de telles pertes, là rencontre mémorable de deux esprits puissants par des facultés si diverses; tant de science et de génie mis au service d'une éducation qui devait avoir pour le monde de si
4 Traité de Ljslmaque, contemporain et flatteur d'Altalc Ier, lîtji rfls ÀtraXsu «xiSûa; ; ouvrage de Nicolas de Damas dont II sera parlé plut bas (cf. mon Examen critique des histor. d'Auguste, p. 101); ouvrage attribué à Plutarque, Ilsçè rr; ifuyi;; Tpaïavcü.
* t)e claris oral , cap. xxVm. « Sic Corneliam Graccborum, sic Aureliam C;e saris, sic Atlam AUgUstl ntairéh) prSfuisSé eddcâllônibus ac produjisse principes llberos accepimus. *
1 Diogène Laërie, vi, § 84, qui, en rapprochant de la Cyropédie l’ouvrage d’Onésicrite, noua apprend que r'élait, en réalité, un éloge d'Alexandre ; Suidas, au mot Mtrsyeu.
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diifablës cühséquëtir'1 * * * 5s ; le premier philosophe de ce temps apprCtianl au Dis du plus habile politique l'art de gouverner des Hellènes sans leur paraître un tyran, et l'art de conquérir Avec proOt pour la civilisation et pour l’humanité, tous ces rapprochements et, ces contrastes ont vivement séduit l'attention, je dirai presque l’imagination des historiens et des philosophes, On a recueilli et commenté, avec un soin curieux, jusqu'au moindre souvenir que l’antiquité nous ait laissé sur de sujet.
Sans parler des livres qui traitent, en général, d’Alexandre et de Son siècle, comme l’ouvrage classique de Sainte-Croix ét celui de M. Droysen, sans parler de ceux qui embrassent toute la vie et tous les travaux du Slagirite, comme 1 ’Aristotelia de M, Ad. Stahr, l’éducation d’Alexandre par Aristote a fourni récemment la matière de trois écrits spéciaux. En 1826, M. Ci Zell publiait, dans lo premier volume de ses Feriensehriften, un mémoire sur Aristole considéré comme précepteur d' Alexandre. En 1837, un jeune philologue de Berlin, fils de l’illustre Hegel, soutenait, pour obtenir le grade do docteur, une thèse élégante de Aristotele et Alexandfo Magno C’est le sujet qu’a repris, pour le traiter avec un grand luxe d’érudition, M. R. Geier1, déjà connu des savants par ses utiles recherches sur l'histoire do Ptolémée Lagus* et sur les plus anciens historiens d’Alexandre lo Grand s.
La méthode suivie par M. Geier cstassurénient celle d’un philologue fort exercé à l’étude des textes anciens, et qui les connaît jusque dans le plus mince détail. Après quelques observations
1 Alexandre el Aristole dans leurs rapports réciproques, d'après les
documents originaux ; Halle, 1850, t >ol. in-8 (en allemand).
1 Ce Plvteniœi Lagidas vtla et commentariurum fragment» ; 11a lis
Sasennm, isas, in-8.
5 Aleecandri Slagni historiarvm scriptores œtate suppares. Vitas enarravft, tibrorum fragmenta cuUegit > disposuit, commentants et prolegomenis illustrant R. Geier; Lipsiæ, 183*, in-8.