XVIII. ARISTOTE PRÉCEPTEUR
Alexandre a dû écrire souvent à son maître, surtout pendant la première partie de l’expédition; il a dû lui envoyer bien des observations et des documents précieux ; mais les
pièces authentiques de ce commerce, quelque nombreuses qu’elles aient été autrefois, ont disparu de bonne heure, en laissant le champ libre à la fable qui comble si volontiers les lacunes de l’histoire '. Aujourd’hui du moins, dans le riche recueil des écrits aristotéliques, dans ces cinquante ouvrages, appartenant presque tous aux dernières années de la vie de leur auteur, il est incroyable combien sont rares et peu explicites les textes où l’on voudrait saisir quelque preuve des rapports d’Aristote et d’Alexandre ; et, chose étonnante, nulle part peut-être la rareté de ces rapprochements n’est plus sensible quo dans les livres d’histoire naturelle, où ils devraient au contraire abonder, si Aristote avait reçu du conquérant macédonien autant de trésors qu’en énumère la légende ; car, si Aristote avait eu à ses ordres cette armée de naturalistes dont nous parle Pline, et s’il lui avait dû tant de connaissances nouvelles, comment croire que, parmi ses analyses et ses descriptions, il n’eût laissé nulle part la moindre trace de sa gratitude envers ceux qui avaient laborieusement amassé pour lui tant de matériaux? Bien plus, il y a tel phénomène, notoirement révéléà la Grèce par les compagnons d’Alexandre et qu’Aristote semble n’avoir pas connu à temps pour lui donner place dans ses écrits. Les Météorologiques contiennent trois chapitres sur les propriétés de la mer, et, parmi
1 M. Hegel écrit fort sensément, p. 6 : « Omnino ejusmodi commentorum locum occasionemque fuisse in paucitale earum rerum, quas de Clara ilia, quae inter A le x and ru m et Arislotelem fuit, necessiludine hominum memoria servavit. » Je crains qu’il ne faille ranger encore parmi ces apocryphes une prétendue lettre politique d’Aristote & Alexandre, retrouvée, dit-on, dans un manuscrit arabe du quatorzième siècle, et que doit publier M. l’abbé Ameitini. (Voir la Correspondance littéraire du 25 août 1861 .)