‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 122 sur 153 · VIII, C · texte numérisé non relu

VIII, C

XVUJ. ARISTOTE RB^CEPTELR

lésions rut prétentigps qu’Alexandre eut un jour de se faire adorer comme un dieu- Mais, là encore, le texte observé de plus près ne garde que la valeur d'une remarque très-générale ; on n’y découvre pas la moindre intention de blâme direet OU d'ironie. En sons contraire, il faut beaucoup de complaisance pour chercher dans Alexandre le modèle du portrait gu’ Aristote fait de l’homme magnanime, si même on peut appeler un portrait les fines analyses qu’il développe au sujet de la grandeur d’âme

En littérature, il faut plus de complaisance encore pour retrouver, comme on l’a essayé, la trace des préceptes aristotéliques dans les harangues et dans les lettres d'Alexandre*.

A peine une PU deux de ces lettres nous sont parvenues avec de suffisantes garanties d’authenticité1 * 3 4; et, quant aux discours que les historiens lui prêtent, on sait de quelle liberté usaient les anciens annalistes en ce genre de compositions, et combien il est difficile d’accepter pour historiques les harangues qu’ils attribuent aux orateurs les plus célèbres, Mais comment surtout peut-on voir, ainsi que l’a fait M. Geier \ le moindre rapport entre le bon sens élevé d’Alexandre en polir tique et les principes que développe la Poétique d'Aristote sur la tragédie et l’épopée?

Il y a d’ ailleurs à poursuivre des rapprochements si subtils un danger que M. Geier aperçoit et signala lui-même, mais un peu tard, ce me semble, vers la fin de son livre s. Pour grandir Aristote, ou le compromet et on l’abaisse en exagérant devant nous sa responsabilité de précepteur. Par exem-

1 Même onvrsge, IV. T- Cf. Hegel, Df Aristotel? et 4 lewndro, p. 20

el suiv.

s Geier, Alexander und Aristoteles, p. 78 et suiv.

4 Par exemple, celle gui est dans Arriun, ll,chap. *iv,§i,Cf. Quinie- Guree, jv, p. 8.

4 P. 63, où il cite le chapitre xxiv de la Poétique.

d’alexandhk te g»aw. *86

pie, à propos de le prise de Thèbes, nos livres d'histoire ne manquent guère de louer la clémence d'Alexandre cpvers les descendants de Pindare1 *, et de signaler dans ce trait une preuve de la généreuse passion qu' Aristote avait su lui inspirer pour la poésie. Mais quoi! si Aristote avait ainsi formé spn élève an goût des belles choses, eyait-il donc oublié de lui apprendre les plus vulgaires préceptes de l’humanité ? Car enfin cette sanglante vengeance contre Tbèbes, bien qu'elle eût, hélas! pour excuse l’approbation formelle des autres Grecs5, est, en définitive, une des plus honteuses pages de l'histoire; et ce n’est pas malheureusement la seule page qu’on voulût effacer de la vie d'Alexandre le Grand. Et le meurtre de Clitus, et celui de Callisthène, et tant d’autres violences, sans compter de folles orgies, mal excusées par la contagion des mœurs asiatiques ; comment concilier toutes ces misères avec la belle morale de celui qui avait formé la jeunesse du héros macédonien ?

Soyons donc plus modestes, si nous voulons être équitables ; ne cherchons pas dans la vie d’Alexandre cette précision et comme cette symétrie do rapports avec les doctrines d’Aristote. Un ancien a dit que le poète Homère, accompagnant Alexandre dans son expédition, « ne lui était pas un inutile conseiller3 *. » Disons, avec la même réserve, qu’ Aristote put exercer sur son disciple une influence générale et durable, et qu’Alexandre lui dut peut-être, autant qu’à la nature, ce goût des grandes choses qu’il a porté jusque dans les passions, jusque dans les excès où le jeta l’orgueil d’une fortune sans égale. Mais, à la prendre dans son ensemble, l’éducation de

1 Arrien, Anabasis, I, cbap. ix, § 10.

* Arrien, 1, chap. ix; Diodore, Bibl. hist., XVII, IX. Cf. BBhnccke,

Forschungen auf dem Gebiete der atlischen Redner , Berlin, 18i3, in-8, p. 631-635, où sont recueillis les débris des actes officiels relatifs à ce

triste événement.

* Plutarque, Fie d'Alexandre, chap. xxvi.

Page 1