XIX. HISTOIRE DE LA I.ITTÉBATCRE GRECQUE
bercés. daBs les écoles, de son éloquence un peu emphatique, Quinte-Curce, est précisément le plus ancien aujourd’hui de ces écrivains, par qui le roman se substitue peu à peu à i’histeire. Il nous fournira l'occasion naturelle d’observer, dès ses commencements, ce travail qui s’accomplit déjà dans l’imagination païenne, et qui prépare aux chanteurs de l’Occident chrétien les éléments poétiques d’innombrables légendes.
Le genre historique, à son tour, en se corrompant sous l’influence du principat, nous avertit d’un changement plus général et plus grave survenu dans les idées comme dans les institutions. La libortéde penser et celle d écrire ont eu, dans l’antiquité, des phases très-diverses, mais souvent analogues à celles que nous observons dans les temps modernes. La découverte de l’imprimerie n’a pas modifié aussi profondément qu’on le crojt d’ordinaire une liberté inséparable de touto grande civilisation. L’écriture, avant l’imprimerie, avait des ressources qu’elle a en partie perdues, depuis l’invention des procédés typographiques. 11 le faut bien, pour qu’elle ait pu suffire, six siècles durant, à la rédaction d’un Journal qui, après avoir été le Journal de la République, devint celui de l’Empire. Sans avoir jamais été une tribune ouverte aux discussions de doctrines, sans avoir jamais eu pour rédacteurs des politiques publicistes, ni même de véii* tables hommes de lettres, ce recueil, par la nature des nouvelles qu'il enregistre et commente, paF ses emprunts aux procès-verbaux du forum ou du sénat, offrait une piquante image des mœurs et des temps. L’histoire seule de cotte espèce de Moniteur, restaurée avec tant d esprit et d'érudition parle savant doyen de notre Faculté, M. V. Le Clerc, résume, en quelque façon, les principales vicissitudes de la liberté de penser et d’écrire, depuis le tribunat des Gracques jusqu'à la chute de la puissance romaine en Occident.
Nous ne craindrons pas de nous arrêter quelque temps sur
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un sujet aussi riche en leçons morales qu’en révélations piquantes.
. Un des auteurs que j'ai déjà cités, mais en passant, un des rares auteurs de ce siècle dont il nous reste aujourd'hui dos ouvrages nombrcui et complets, Phiion, méritera aussi d'occuper longuement notre attention, llislorien. polvgraphe. interprète de la Bible, métaphysicien et moraliste, ù tous ces titres il réclame une place à part dans l’histoire des lettres et de la philosophie grecques. Né juif, il semble à peine connaître la synagogue de Palestine, et il est très suspect de n’avoir pas même su l’hébreu, quoiqu'il laisse voir, dans ses commentaires sur les livres saints, quoique chose des idées réunies et développées plus tard par l’école éminemment juive des Kabbalistes. Né à Alexandrie, près du Musée où florissaient encore tant d’érudits grecs, près de la Bibüothèque où reposaient tant de trésors de la science hellénique, il explique plus souvent l'œuvre des six jours par les rêveries de l’ancienne philosophie que par les découvertes précises et sublimes de la géométrie astronomique et de l’histoire naturelle. 11 applique à Moïse, avec élégance et subtilité, la méthode d’exégèse qu’Anaxagore et les stoïciens appliquaient à Homère et à Hésiode. En métaphysique, il flotte entre le déisme de la Bible et une sorte de panthéisme oriental, moitié spiritualiste et moitié mystique : sa théologie n’est que l’effort impuissant d’un bel esprit qui ne sait ni concilier les doctrines diverses, ni choisir décidément entre elles celle qu’il voudra défendre. Mais sa morale est d’une élévation et d’une pureté remarquables ; elle annonce l’Evangile, sans le con naître et sans le prévoir; elle prêche avec conviction la vio à venir, l’amour de Dieu, la chasteté, ^t surtout ce dogme de la charité universelle entrevu seulement par les philosophes païens, mais auquel le christianisme allait donner tant de puissance pour la régénération du monde.
Le penseur original et fécond qui nous ouvre de si belles