DE LUCIEN ET DE VOLTAIRE
Le parallèle est fort en discrédit chez les historiens et les critiques modernes : c'est qu’on en a fort abusé. A Rome jadis, et, plus tard, chez les imitateurs serviles de la littérature ancienne, le parallèle était devenu un ornement de convention, une pièce de rapport, le purpureus pannus , dont parle Horace, comme les haranyues et les portraits. L’histoire cependant offre naturellement entre certains faits et certains personnages des rapprochements qu’on aurait tort de fuir autant qu’il est puéril d'en chercher là où il n’en existe pas. Le premier de nos maîtres en critique, et le plus ennemi des formes convenues, M.Villemain, a écrit un parallèle de Julien et de Frédéric II ; par quelques points, en effet, la ressemblance de ces deux personnages était frappante et méritait d’être signalée. Cet exemple pourra excuser l’essai auquelnous ont conduit les leçons que nous avons eu occasion de faire sur Lucien. Il est inutile de dire que nous n’espérons imiter ici que les deux plus humbles qualités de notre modèle, la discrétion et l’exactitude.
Voltaire a réuni dans un petit dialogue Lucien, Erasme et Rabelais : c’étaient, avant lui, les trois plus grands satiriques du monde ; il les surpassa tous par la puissance et la variété
1 Publié dans le Journal général de l'instruction publique du to" septembre 1845.