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ayant lui saint Jean Chrysostome et Bossuét ; et quand Voltaire, blessé au rif dans la justesse de sa raison par ces paradoxes , défend la cause de la civilisation contre les modernes barbares, en le lisant, c’est encore Lucien que l’on croit lire. Quelques lignes qui terminent le dialogue de Lucien sur la Pantomime, résument à merveille la pensée de Voltaire sur les spectacles. Timon est encore le titre d’une petite pièce charmante où Voltaire persifle l’incorrigible ennemi des sciences et des arts, n’empruntant, cette fois, à Lucien que le nom de son héros. Ailleurs, il ne lui devra que la première idée d’une satire ingénieuse. Le Songe de Platon ne fait guère que développer l’idée d’une fable ésopique citée dans l’ Hermotime (chap. xx). Ici c’est Momus qui critique la création de l’homme et regrette que les dieux ne nous aient pas mis au milieu de la poitrine une fenêtre par où l’on puisse voir si ce que nous disons est mensonge ou vérité. Là il s'agit des mondes, ou au moins des planètes, non point de l’homme qui les habite ; mais la morale est la même, à savoir : que le bien ici-bas, c’est le moindre mal. Les Deux Consolés offrent en quelques pages la meilleure critique de ces Consolations comme se plaisaient à en écrire les anciens philosophes; on dirait Lucien raillant Sénèque ou Plutarque. C’est ainsi que Voltaire imite son devancier, la plupart du temps, sur une donnée très-sommaire. Quelquefois même il se rencontro avec lui sans l’avoir lu. Car, chose remarquable. Voltaire connaissait peu Lucien; il en parle rarement, et cela, à l’occasion des Dialogues des Morts; c’est comme devancier de Fontenelle qu’il le juge, et qu’il le choisit pouf modèle, de préférence à ce dernier ! a J’envoie à Votre Majesté ce dialogue de Marc-Aurèle. J’ai tâché de l’écrire à ltt manière de Lucien. Ce Lucien est naïf; il fait penser ses lecteurs, et on est toujours tenté d’ajouter à ses dialogues. II ne veut point avoir d’esprit. » (Lettre au roi de Prusse, 5 juin 1751.) Et ailleurs : « Je connaissais déjà le projet de traduc-
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tion de Lucien, et j’a vais lu le plus beau de ses dialogues. Ce Lucien-là valait mieux que Fontenelle. » (Lettre à Damilaville, 16 septembre 1756.) Evidemment il ne se doutait pas qu’il eût dans le philosophe grec un aussi proche parent. S’il avait lu les Fugitifs , après avoir écrit son Eloge de la raison; l’ Histoire véritable, après le Micromégas; quelques scènes de YHermotime, après les plaidoyers optimistes du docteur Pangloss, il so fût demandé sans doute, comme le Sosie de Plaute, si quelque autre lui-môme ne l’avait pas prévenu devant le public. C’est la môme philosophie du simple bon sens, la même incrédulité au sujet des spéculations métaphysiques, le môme dédain pour Platon et les rêveurs de cette école. Comme Lucien, Voltaire ne reconnaît d’autre théorie que celle qui se réduit en pratiques utiles à l’humanité : « Après les assertions des anciens philosophes, que nous reste-ilf un chaos de doutes et de chimères. Je ne crois pas qu’il y ait jamais eu un philosophe à système qui n’ait avoué, à la fin de sa vie, qu’il avait perdu son temps. Il faut avouer que les inventeurs des arts mécaniques ont été bien plus utiles aux hommes que les inventeurs des syllogismes. Celui qui imagina la navette l’emporta furieusement sur celui qui imagina les idées innées1. » ( Dictionnaire philosophique.) Lucien a écrit en ce sens tout un volume de dialogues. Bien plus, cette forme môme qu’il se vante d’avoir le premier introduite, ce dialogue d’une espèce nouvelle, n’est autre chose que la parodie du dialogue platonicien; il se personnifie dans le cynique Ménippe, philosophe d’une raison moqueuse et exigeante, qui mesure les doctrines à leurs effets, les hommes à leurs œuvres. Lisez surtout la Double accusation et le Pêcheur, ot» l’auteur a donné sa profession de foi philosophique . Ce
> Vauveuargues se souvenait-il île Voltaire, quand il écrivait: « H Unit en disant qu'un lioinme qui invente un fauteuil plus commode ivnd plus de Services à l’Etat que celui qui invente un nouveau système de pMhMOpbid. » (G*ttACfl!*M, listas ou la Fausse éloquence. )