‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 134 sur 153 · XX. DE LCGIKX · texte numérisé non relu

XX. DE LCGIKX

d’Epicure, le grand athée ; sur celle de Zoïlo, le fléau d'Homère, et même sur celle d’Euripide.

Dans cet adversaire d’une religion puissante et vénérée encore, dans ce héros de l’impiété railleuse, est ce bien Lucictt que nous venons de poindre, ou Voltaire? on ne le saurait dire, tant les rôles ot les personnages se ressemblent. Il h’y manque pas mûmo ce dernier trait d’une vengeance puérile ; on sait comment de nos jours était racontée, dans certains livres, la mort de Voltaire. Voltaire, du moins, avait bien mérité, par ses implacables satires , l’antipathie des vrais chrétiens qui ne mentent point, et, surtout, celle des faux dévots qui savent mentir. Pour lui, le christianisme n’est plus guère qu’un autre paganisme, matière à comédie, précisément ce qu’était, aux yeux de Lucien, la religion de Jupiter. Comme Lucien attend tout de la Philosophie, Voltaire attend tout de la Raison ; et il est vrai que la raison lui a quelquefois inspiré de nobles invectives contre les abus du pouvoir religieux, contre des pratiques inhumaines de la justice ; il est vrai que, par une heurousO contradiction, la raison lui a quelquefois appris à commenter dignement des maximes do l’Evangile. On ferait un recueil édifiant des bonnes pages de Voltaire sur l'existence de Dieu, l’immortalité do l'âme et les lois éternelles de la morale *. Mais enfin la raison n’a pas détrôné son ennemie tant maudite ; et, d’ailleurs, onde tels débats, qu’est-il besoin de notre jugement? L’histoire a répondu mieux que nous ne pourrions faire à Lucien par le triomphe de la religion chrétienne, à Voltaire et à la Révolution française par le Concordat.

Avec un esprit indépendant et frondeur comme celui de nos deux sceptiques, on doit avoir beaucoup d’ennemis. Les ennemis ne manquèrent ni à ^Lucien ni à Voltaire. Seul des

1 Depuis que ceci est écrit, ce recueil a été fait pir M. K. Befsot (Philosophie de Voltaire , l’aris, 1818).

Et DE VOLtAlKE.

deux, celui-ci fut persécuté, et il a souvent relevé avec amertume cette différence des mœurs anciennes et des modernes. La tolérance des païens surtout en matière de philosophie et de religion, tolérance que, d’ailleurs, il s’exagérait un peu, lui semblait un bon exemple à offrir aux inquisiteurs do l’Europe chrétienne. Tous deux ont souvent perdu dans la vivacité de luttes passionnées la sagesse et même le bon goût dont ils étaient si fiers. On ne reconnaît plus Voltaire dans In Guerre de Genève, ni Lucien dans ses pamphlets pleins d’une bile amère contre un grammairien demeuré anonyme (ott pense que c’était Julius Pollux, auteur de YOnomasticon qui nous est parvenu, et l’un des précepteurs do Commode), contre Timarquo, contre un biblioinane qui l’avait insulté. Cela me ferait presque douter s’il n’a pas chargé de couleurs trop odieuses le charlatan Alexandre, ridicule fondateur d'un oracle qui fit maintes dupes chez, les Asiatiques et mômé parmi les Romains.' Mais la vie d’Apollonius de l'y âne par Philoslrate et l’histoire plus sérieuse des philosophes néoplatoniciens prouvent que le paganisme, en ce siècle, Se relevait par une sorte de fièvre maladive, usant de ses derniers prestiges pour frapper les imaginations et satisfaire Ce besoin de fol religieuse auquel la prédication chrétienne faisait un si noblô appel. Pérégrinuset Alexandre brillent par leur extravagance au milieu de ces sophistes jongleurs dont les vanités misé=rabies se réunissent dans le héros de Philoslrate. Sans prendre au mot Lucien sur toutes les folies qu’il leur attribue, on ne peut, même là, méconnaître en lui le peintre sincère de* mœurs contemporaines. Notre dix-huitième siècle n’a-t-il p*i sérieusement discuté les miracle* des convulsionnaires? Nou* savons, d'ailleurs, que Lucien no se plaisait pas, malgré sa malice, dans la satire de tels ridicules s on ne peut tracer une plus belle et plus douce image do la vertu qu’il ne l’a fait . dans le recueil d’anoedotes intitulé Démonax, ou dans le petit dialogue qui nous représente, au milieu de la corruption do

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