‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 140 sur 153 · XXI. EXAMEN DES FABLES · texte numérisé non relu

XXI. EXAMEN DES FABLES

nastie des empereurs syriens, dont l’un du moins, Alexandre Sévère, n’était pas indigne de protéger les lettres grecques. Ainsi, ce poète serait postérieur à Phèdre, qu’il surpasse ordinairement par la précision élégante de son style, toujours par la régularité de sa versification. D’ailleurs, ce serait un Romain de naissance, dont le nom complet, Valerius Babrius, aura été successivement altéré et confondu avec celui d’un méchant écrivain du moyen âge, de Gabrias.

A tant do vraisemblances on voudrait joindre une preuve assurée. M. Dübner, dans sa Lettre à Fréd. Jacobs, n’ose pas lion plus se prononcer rigoureusement sur ce point. Voici seulement ce qu’il conclut d’un examen attentif de la métrique particulière aux fables de Babrius : ■

1° Babrius avait profondément étudié l’art de mettre en vers les apologues ésopiques; il traitait deux et trois fois le môme sujet jusqu’à ce qu'il eût atteint la plus heureuse mesure d’élégance et do brièveté.

2° Le manuscrit de Sainte-Laure représente une des dernières rédactions de Babrius, la dernière peut-être.

3° Cette rédaction a, malheureusement, traversé les mains d’un ou de plusieurs interpolateurs. ot souffert par là des altérations nombreuses, soit dans le style, soit dans la métrique.

4“ Le véritable choliambe, ou ïambe scazon de Babrius, suit moins la règle des poètes grecs que celle des poètes latins , par exemple, de Martial. Quelquefois il est plus libre quo celui de Catulle, et semble, par conséquent, accuser une époque plus récente que ce dernier écrivain.

6° On peut considérer comme fort suspect tout ce qui, dans les choliambes de Babrius, blesse les règles des grammairiens (p. 29 etsuiv.).

Ces conclusions, en partie préparées par le travail de restitution et de critique auquel M. Boissonade a soumis le

DE BABRICS.

texte de Sainte-Laure’, en partie dues à d'heureuses observations de M. Dülmer, impliquent, sans le résoudre, un problème très-délicat que nous essayerons de faire comprendre. Qu’on nous permette pour cela de rappeler quelques principes.

Pour instituer solidoment la recension d’un auteur ancien, d’après les manuscrits, qui sont presque toujours plus ou moins altérés, il faut d’abord connaître l’époque où il a vécu, afin de se conformer dans le choix des variantes et des restitutions conjecturales aux habitudes du style, aux formes grammaticales en usage dans le siècle auquel l’ouvrage appartient.

A défaut d’un document chronologique assez positif sur l’âge do l’auteur , on peut , comme l’a fait récemment M. Slruve 3 pour le roman de Lougus, comparer les divers * manuscrits, les ranger en famille, distinguer celui qui offre le plus d’unité, de correction dans la langue et en faire la base d’une recension à laquelle les autres manuscrits ou les conjectures no contribueront plus que dans les cas désespérés. Alors, en général, les interpolations deviennent faciles à découvrir ; alors on a droit de les exclure avec sévérité. Un peut encore, en s’aidant, s’il y a lieu, du témoignage explicite des grammairiens, passer avec confiance un niveau inflexible sur certaines irrégularités de langage, qui ne sont pas du siècle dq l’auteur, mais bien du siècle do ses copistes.

Mais quand ou ne sait d’un poète ni son âge ni sa patrie, quand on n’en possède qu’un seul manuscrit, et encore un manuscrit incomplet, où trouver une base solide pouf la

* Voir, par exemple, la lettre de M. Dülmer, p. 9, et comparer les passages cités par M. Uoissonade, dans son index alphabétique, sous le mol Babrius, pour constater le Tait d’une double recension du texte de ces fables dans l’antiquité.

1 Journal philologique de Darmstadt, 183i, u«* 08 et suiv. Cf. Longi Pastoralia grœce et latine , edidtl Ern. Ed. Seiler, Lipsise, 1853, in-8.

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recension des poèmes qui portent Son nom ? Le Babritls Si heureusement rendu au jour par la découverte de M. Minolde Minas est dans ce dernier cas, à ce qu’il nous semble. Quelques lignes relatives ô sa personne sont aujourd’hui imprimées pour la première fois et nous laissent incertains sur le siècle où il a écrit. Si M. BoisSonade voulait refaire, en 1844, l’élégante et discrète notice qu’il consacrait à Babrius, en 1813, dans le Journal de l' Empire il affirmerait peutêtre encore moins qu’il n'osait alors sur l’âge do ce personnage mystérioux.

Que fait pourtant M. Dübner, qui vient de soumettre le fabuliste à un nouvel examen? Signalant avec une rare finesse de savoir et de goût toutes les fautes de grammaire ou de métrique, toutes les imperfections de style que peuvent offrir Ces fables nouvelles, il distingue deux ou même trois parts dans le recueil : l'une, celle de Babrius, et c’est la meilleure, comprendra tous les vers irréprochables; l'autre, les vers médiocres ou qui seulement font double emploi ; la troisième enfin, la mauvaise prose cousue au bout de plusieurs fables et que M. Minas a fidèlement transcrite comme tout le reste. Il se forme ainsi l'idée d’une perfection d'esprit et do talent dont il fait honneur à Babrius ; puis, comme cette perfection se rattache à certaines conditions déterminées dans l’histoire de la métrique grecque et latine ‘, il est per là conduit à placer Babrius après Catulle, et tout près de Martial.

Pour notre part de tels résultats nous séduisent, et nous souhaitons fort qu’ils puissent être démontrés. Mais le moyen de Jes démontrer dans l'état actuel de nos connaissances? Tous les lecteurs do Babrius accordent facilement que les

1 Celle notice a été réimprimée dans quelques éditions du Lycée Av la Harpe; eu télé de la Brévia e.vplicatio de M. Dübner, qui ïera Citée plus bas, et dans le tome 1er, n“ xix, du volume annonce ci-dessus, p. 15.

s Vuir G. Ilermann, Btemmta doctr. mr(r., H, tj, ei Epitome doctr . metr ., § ICA, edit. sec., l.ips., 18ii.

DE BAMttUS.

morales en prose sont indignes de l'auteur des ch 'i >mbes, et M. Boissonade n’a pas hésité à les retrancher dans l’édition destinée à nos collèges. Il avoue môme que plusieurs des morales en vers lui inspirent de sérieux doutes. Là-dessus encore M. Dübner nous trouvera aussi sévère que lui et nous supprimerons volontiers, sur son avis, quelques ïambes d’une facture évidemment trop grossière pour appartenir à l’antiquité classique. Mais s'il s’agit de choisir entre un vers de Babrius conservé dans Suidas et le vers correspondant du manuscrit de Sainte- Laure ; s’il faut remplacer l’autorité de ce manuscrit par celle des paraphrases, ou de la copie en prose conservée dans le manuscrit Bodléicn, dont nous parlions plus haut ; alors la discussion s’engage sur un autre terrain et nous ne reconnaissons plus au critique tous les droits dont il a si bien usé dans la recension des Œuvres rfïverscs de Plutarque ou des Dissertations de Maxime de Tyr *. Pour montrer par un seul exemple les dangers de cette périlleuse méthode, nous demandons qu’on veuille résoudre le problème suivant : Puisque le manuscrit de Sainte-Laure contient la meilleure rédaction, qui est aussi la plus brève, des apologues ïambiques de Babrius, comment se t’ait-il que la deuxième fable de ce manuscrit (Le Rossignol et f Hirondelle. la plus anciennement connue et pdbliée du Recueil de Babrius) ait précisément vingt-sept vers au liou de trei/.a, c’est à-dire quatorxe vers de (dus que dans le texte reproduit depuis Nevelet jusqu’à M. hnoch ? Suffit il du mélange de deux recensions pour expliquer cette singulière différence?

Que dire maintenant, si, pour expliquer do telles divergences, au lieu d’un seul Babrius corrigeant et remaniant sans cesse une œuvre de prédilection, on voulait admettre le travail successif de plusieurs poètes? Je sais bien qu’il y a deux éditions des Académiques de Cicéron, l’auteur lui-môme

i bibliothèque des auteurs grecs, publiée pur M. Firmin Didul.

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