‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 141 sur 153 · XXI. EXAMEX DES FABLES · texte numérisé non relu

XXI. EXAMEX DES FABLES

me l’apprend; deux éditions des Nuées d’Aristophane, làdessus encore j’ai le témoignage du poète -, deux éditions des Argonuutiques d’Apollonius, j'ai sur ce point le témoignage explicite et les citations de son scholiaste. Mais puisque Babrius a partagé le sort de tous les fabulistes de l’antiquité, puisqu’on ne sait pas mieux son histoire que celle d’Esope, que celle de Phèdre ou d’Avianus, rien ne m’empêche de supposer que le mérite même de son ouvrage en aura fait un livre classique au sens moderne de ce mot, et que d’habiles maîtres l’auront plusieurs fois retouché, sans effacer le nom du premier poète. Bien des chefs-d’œuvre ont subi, dès une haute antiquité, dans les écoles où on les étudiait, de ces altérations souvent fâcheuses pour la renommée des auteurs. A ce point de vue, je m’expliquerais facilement dans nos fables le mérite inégal des diverses rédactions. Pourquoi, en effet, le premier Babrius, le vrai Babrius, n’aurait-il jamais rien laissé à faire à ses successeurs "? On peut être heureux après La Fontaine sur les sujets où ce dernier reste au-dessous de luimême. D’un autre côté, personne ne s’étonnera qu'avec la décadence du goût et l’affaiblissement des études, les plus belles fables de Babrius aient déplu, ne fût-ce que par leur longueur, et que, soit complaisance pour la paresse des écoliers, soit vanité de versificateur, quelque maître ait cherché à les abréger au risque de les rendre méconnaissables. Ainsi les vingt-cinq vers originaux de la fable du Rossignol et l’Hirondelle seront devenus les treize vers jusqu’ici attribués à Babrius, en attendant que le moine Ignatius Magister les réduisît au cadre de ses misérables quatrains '.

Nous louons donc, en définitive, la prudence de M. Boissonade, lorsque, dans une édition princeps et nécessairement précipitée par l’impatience mémo qu’avait fait naître une

1 Voir, sur Ignatius, que La Fontaine laissait à juger aux experts, le jugement sévère et spirituel «le Coray, p. 26 de sa Préface d’Esope.

DE BA.BBIUS.

aussi belle découverte, il n’a pas voulu résoudre ces difficultés d’histoire et de critique, ni proscrire ou corriger trop vite des vers, des tirades entières. Depuis quatre siècles bientôt, on travaille sur le texte des grands écrivains de l'antiquité, et bien peu de ces textes satisfont aujourd’hui les connaisseurs. Ne croyons pas que Babrius ait eu le privilège de paraître, dès la première fois, sans tache et sans erreur aux yeux de tous ceux qui sauront le lire et l’apprécier. Ce sera beaucoup déjà qu’il ait eu pour premier éditeur un philologue tel que M. Boissonade, et provoqué, dès son apparition, des critiques aussi autorisées que celles de M. Dübner.

Ainsi que nous l’avons laissé voir plus haut, on ne doit pas s’attendre à trouver dans les cent onze fables qui nous sont rendues de Babrius, déduction faite do celles dont le texte ïambique était déjà connu, autant de sujets complètement nouveaux. Loin do là, neuf sujets seulement1 (sans compter les deux prologues) ne nous étaient connus par aucune rédaction publiée jusqu’ici, soit en vers, soit en prose ; dix-huit se retrouvent dans Avianus, dix-neuf dans Phèdre, deux dans Avianus et dans Phèdre, deux dans P Appendice des fables de ce dernier auteur’; toutes les autres so lisent, jusqu’à deux ou trois fois, sous diverses formes, dans les recueils en prose

1 Fables s, 8,48,54,60,61, 110,112, 116, auxquelles on peut ajouter la 26e dont il ne restait que deux vers, cités dans Suidas, et que M. Knoch, par une erreur alors bien excusable, rapportait 5 une autre fable (Fragm. 35).

1 L’appendice aux fables de Phèdre, fort indigne d'ailleurs du style de ce fabuliste, se trouve, eutre autres éditions, dans celle de Schwabe, de Lemaire et dans la petite édition stéréotype du Tauchnilz. Les deux fables en question sont la 30e et la 31', répondant aux labiés 103 et 84 de

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