‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 142 sur 153 · XXI. EXAMEX DBS FABLÉS · texte numérisé non relu

XXI. EXAMEX DBS FABLÉS

grecque. Quelques-unes môme sont déjà familières à nos élèves, pour le fond du récit, puisqu’elles faisaient partie* sous leur ancienne forme, du Recueil classique des fables d’Esope en usage dans les collèges1. Il faut avouer néanmoins que, surtout dans les rédactions grecques, l'apologue csopiquo de Babrius est souvent méconnaissable. Voici, par exempie, la fable de Mercure et les Arabes , telle qu’on la connaissait jusqu’ici ’ :

« Mercure, ayant un jour mis sur un char des mensonges et des rusos, se promenait ainsi par lo monde. Arrivé au payl des Arabes, il y brisa son ohar vide3 do marchandises, Les Arabes no lui permirent pas d'aller dans d’autres lieux... » (Ici une dernière ligne que Goray déclare inintelligible et que nous n’essayons pas de traduire) ‘.

Lisons maintenant le conte malicieux par lequel Babrius se venge de quelque mésaventure qui lui était arrivée dans un voyage en Arabie.

« Mercure, ayant rempli un char de tous les mensonges, de toutes les tromperies et les ruses qu’il y a au monde, parcourait la terre, allait de peuple en peuple, distribuant à chacun une petite part de sa marchandise. Parvenu au pays des Arabes, on dit qu'en chemin son char se brisa et s'arrêta court. Les Arabes, croyant la proie belle, pillent le marchand et vident le char, si bien qu’il dut rester là, faute de

babrius. Quant à là 95* ,1e BâbrlüS, elle ne se rapprlhë que par là réSsblnhlabob Un titre bu n6 30 rte ['Apftenélce dé Pbèdrtti

* Ce sont les fables C, 7, 15, 21, 46, 80, 81, 92 et 121 du recueil de babrius, répondant aux fables 24, 23, 29, 38, 86, 82, 3 1 , 38 et 8 du recueil classique.

* Coray, II* 408, p, 264, n» 349, iull, duFuria.

3 Ktvr.v çcfTiwv. il est évident que le cbar devait êlro plein au Uiomeal de l'accident. Aussi M. de Kuriu a-t-il traduit en dépit du grec : lia til obus om«e rteciderrl.

* OùSi t» asîvi t«î; stvàpr'i.Tttç ixirtAsîv Suvaarnt. — 1)0 Fui t» : rrrleo M gens MPC quoi rommunia sunl huminihus facere pûtes!.

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provisions, non faute d'hommes à visiter. Depuis ce temps, les Arabes sont (j’en sais quelque chose) fourbes et menteurs; il n’y a pas sur leur langue un seul mot de vérité. »

Cette prose rond mal la précision élégante des vers grecs; mais elle sufGt à faire voir quo la pièce de Babrius pouvait passer pour vraiment inédite. Puissent les deux autres fables de l’ancien recueil, où les Arabes sont mis en scène1, avoir appartenu au recueil primitif de Babrius et nous être un jour restituées avec le mémo bonheur I Comparé aux texte* de Planude ou d’Ignatius, Babrius n» garde pas toujours le même avantage. Il n’a guère d’autre nouveauté que celle du mètre, quand on le rapproche do certaines rédactions faites d’après ses vers, comme dans la fable intitulée le Lion malade , la plus longue et la plus belle du recueil. Quelques traits sont affaiblis ou omis dans la fable en prose, l’ensemble du récit a conservé une couleur antique, et cet atticisme ingénieux que les ïambes de Babrius nous rendent aujourd'hui dans toute sa pureté. Mais tel était lo discrédit des rédactions en prose, qu’après le petit choix ex* pliqué dans nos classes élémentaires, on ne lisait guère le* apologues ésopiques. C’est à peine si quelque commentateur de La Fontaine les rappelait, au bas d’une page, comme la source où avait puisé notre inimitable fabuliste. On laissait oubliées, dans les gros volumes de Furia et de Coray, bien des grâces de style et d’invention, précieux témoignages d’un siècle élégant. Tout cela va renaître à la lumière par la publicité rendue aux vers originaux de Babrius. Avianus y perdra beaucoup; son vers emphatique et souvont barbare mal approprié d’ailleurs aux sujets qu’il traite, soutient rarement la comparaison avec les ïambes corrects et simples du poète

1 N* 1 18 et 40», Cor«y.

* llttdi latini/at* compoiilat, dit-il lui-même dans «l préface; Fabulator rtaticùsimus, dit son dernier et lialiite éditeur, VI. FrOhner (Lipsiæ, ISG2;.

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