‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 144 sur 153 · XXI. EXAMEN BE9 FABLES · texte numérisé non relu

XXI. EXAMEN BE9 FABLES

pièces excellentes, on en remarque certaines qui font peu d’honneur au bon goût de Babrius et qu’on eût volontiers laissées dans la prose de Planude; telles sont : l’Enfant qui a mangé des entrailles d’une victime (n° 34), le Chameau (n° 40), te Cheval devenu vieux (n° 29), la Statue de Mercure (n" 1 19). Je sais que l’esprit et la plaisanterie n’ont pas môme mesure dans tous les siècles. Horace et, avec lui, la meilleure société de Rome s’amusaient aux quolibets grossiers de deux bouffons :

Prorsus jucunde cœnam produxigms islam *,

Mais ce qui n’est nulle part un mérite, c'est la recherche, c’est l'obscurité du langage, c’est la subtilité des conclusion? morales à la fin d’une fable. Or, quelquefois ces défauts tiennent si bien au fond des nouvelles fables, qu’il est difficile d'en absoudre l’auteur. Et certes, on pourrait, sans trop de hardiesse, trouver là aussi une raison de distinguer entre les fables du prétendu Babrius quelques pièces qui ne méritent pas de porter ce nom. Je proscrirais d’abord un conte licencieux, qui n’est pas même, à vrai dire, un apologue, puis certaines descriptions trop naïves, bien des fables dont la moralilé obscure ou fausse se rattache pourtant d'une manière Intime au récit qui les précède ; je demanderais surtout s’il n'est pas singulier de trouver dans un recueil si court, à trèspeu de distance l'une de l'autre, deux et même trois fables différentes, consacrées à la même idée morale ? La grenouille qui veut devenir aussi grosse que le bœuf, le lézard qui veut devenir aussi long qu’un serpent, et le milan qui perd sa voix naturelle pour avoir voulu imiter celle du cheval *, sont-ce là trois jeux du même poète, ou les essais de trois poètes différents sur un seul thème ? J’en dirais autant des deux apo-

1 Satire, j, 5, v. 70.

> Fables S», 41, 73,

DK BABHIU3.

loguos, le Chêne et le roseau , le Sapin et la ronue *, que jo vois aboutir à une seule et même moralité.

La Fontaine a quelques exemples de ces rodites, mais où nous sommes formellement avertis do son intention.

Jusqu’à plus ample informé, jusqu’à découverte nouvelle, ne vaut-il pas mieux réserver ces questions délicates et suspendre tout jugement absolu sur le caractère de Babrjus? Ce qui est certain, c’est que nous possédons aujourd’hui la moitié d’un des anciens rocueils de fables en vurs sur lesquels les moines du moyen âge ont composé leurs froides paraphrases ou leurs informes abrégés. Lo manuscrit, unique et incomplet de ce recueil, e6t d'ailleurs fort incorrect, et il faut le corriger, soit par une étude comparative des textes mêmes qu’il contient, soit par le rapprochement des rédactions en prose, soit au nom de la métriquo ou de la grammaire, par des restitutions conjecturales. Voilà ce qu’a fait M. Boissouade, avec lu savoir ut la sagacité que nous lui connaissons. Tantôt, par de très-faciles changements, il répare les fautes du copiste, comme dans la fable xvm [Dorée et le Soleil), où de (iàÀXcv, il fait f.-ûXvt, une toison, une tunique s, du S/>.y,v ou ijj.ru, k\ixi, lu chaleur ; dans la fable xxxi (la Belette et Vénus, c’est-à-dire la Belette changée en femme), où de ti SaiTi Jrôuro, leçon inintelligible du manuscrit, il a tiré fioiu îà Sairti Wx-jto, le festin de noces fut interrompu; dans la fable exix (la Statue de Mercure), où il restitue à la fois le mètre ot le sons en remplaçant Ai-.ii par 3; tantôt il s’aida aveo bonheur des leçons que lui offrait Suidas, où

> Fables 36, 6t.

* Ct. fable 93, v. 7, ou la méuie taule se retrouve, niais dt-jâ corrigée à la marge du manuscrit.

5 La faute provenait de la confusion des deux sons ai et s, devenus identiques dans la prononciation du grec dès uno époque fort ancienue. M. Dübtver remplace de mémo et fort à propos i^oXûtxi par dans

la fable 61, {a Chasseur et le fée Iteur.

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