DU BARON FERDINAND D’ECKSTEIN
Messieurs, les consolations suprêmes et les prières de l’Eglise sont assurément l’adieu qui convenait le mieux à l’àme toute chrétienne de celui dont nous déposons ici les restes. Et pourtant je ne me résigne pas à quitter cette tombe sans y jeter aussi les adieux de la terre, les regrets et les hommages de l’amitié.
Si mon cœur m’y engage, il faut aussi que votre deuil à tous, Messieurs, m’y autorise ; car, dans ce concours d’amis pieux et désolés, je suis un des derniers venus. Je n’ai connu que bien tard l’homme éminent dont nous pleurons la perte. Mais sa vieillesse avait conservé, sous les infirmités du corps, une telle vigueur d’intelligence, un si généreux besoin d'affection, qu’il me semble que je l’ai connu jeune. Il fallait si
1 Ces paroles furent prononcées le 27 novembre 1861 sur la tombe du baron d’Eckstein. Celui à qui elles sont consacrées ne prit jamais soin de l'avenir, mime pour ses idées et ses livres, ce qu'il avait de plus cher au monde après ses amis. Je crois remplir un devoir en contribuant ici, modestement et pour ma part de reconnaissance, à prolonger du moins le souvenir des services qu'il a rendus à la science. Pour plus de détails sur la vie de M. d’Eckstein, on pourra lire une notice publiée par M. Foissel dans le Correspondant du 25 janvier 1862; M. Henri Martin, le célèbre historien de la France, prépare en ce moment une exposition et une appréciation de ses vastes travaux.