III. APERÇU DES ORIGINES
prospérité que semble vivifier un souffle de la mère patrie et comme une émanation de la vie orientale, les arts commenceront à fleurir, la poésie avant tous les autres. Alors se marquera pour la première fois, par ses traits distinctifs et sublimes, l’esprit d’un peuple qui devait civiliser l’Occident. Talents et vertus militaires, beaux-arts, drame, éloquence, tout l’avenir glorieux de la Grèce est en germe dans Y Iliade et dans Y Odyssée. Le peuple qui dicta de tels vers ne devait pas s’arrêter avant d'avoir donné au monde Miltiade, Phidias, Sophocle et Démosthène.
Bien des controverses embarrassent cette histoire des premiers temps de la Grèce. On a beaucoup discuté sur la marche des colonies asiatiques vers l’Occident, sur les Pélasges et sur la singulière transformation qui nous les montre presque subitement sous le nom d’Hellènes1. Mais les traits que nous venons de saisir par un rapide coup d’œil me semblent d’uno évidence en dehors de toute discussion. Ici point de préjugés, point de systèmes, quelques faits seulement qui se rangent dans un ordre naturel et qui montrent avec clarté un dessein de la Providence. Certes, il y a eu dos poètes sur le continent grec avant Hésiode et Homère, les deux grandes figures qui dominent cette période, et ce n’est point par un caprice du hasard que les plus anciens témoignages placent le séjour des Muses sur l’Olympe, en Macédoine, ou surl’Hélicon, en Béotie. Mais la première école poétique de la Grèce est sans doute l’école asiatique d’Ionie, à laquelle Homère appartenait par sa naissance, Hésiode par ses ancêtres*.
1 Voir parmi les anciens, Hérodote, liv. I et II; Denys d’Halicarnasse, Antiq. Rom., liv. I ; Diodore de Sicile, liv. IV et V ; Slrabon, liv. XIII, etc. ; parmi les modernes, j’ai sous les yeux Fréret, Clavier, Benjatnin-Consiant, Creuzer, Niebuhr (Histoire romaine, 1. 1), un travail récent de M. Dorfmüllcr, rie Grœciœ primordiis (Stutlgard et Tubingue, 1844, in-8); et pour la question des oracles en particulier, la Dissertation de Pabst, de Diis Grœcorum fatidicis. (Berne, 1840, in-8.)
3 Je remarque que la Cbronique de Paros place précisément Hésiode
Ainsi le génie de cette race qui devait produire tant de poêles et d’artistes immortels, presque barbare à son berceau, austère et grave à son second âge, semble ne s’ouvrir aux fécondes impressions du beau que le jour où elle touche pour la deuxième fois le sol natal depuis si longtemps oublié.
Nommer Hésiode et Homère, c’eût - été, naguère encore, dire que l’on quittait les fables pour l’histoire. Depuis longtemps on faisait librement justice des personnages fabuleux, d’Orphée, de Linus et de Mercure Trismégisle, mais on s’inclinait toujours devant les grandes ombres d’Homère et d’Hésiode. En un demi-siècle les choses ont bien changé : nulle part, aujourd’hui, la dispute n’est plus vive que sur le terrain où il semble qu’elle dût cesser.
Homère, on l’a souvent dit, est la Bible des Grecs. C’est peut-être plus encore : on y a trouvé les premiers exemples de la langue grecque, l’origine des sciences et des arts, de la philosophie, comme de la médecine et des mathématiques ; on y a trouvé l’histoire tout entière des temps héroïques et jusqu'à certaines prédictions de l’avenir. Depuis Platon jusqu’aux derniers âges de la littérature byzantine, il est constamment invoqué, imité, commenté à l’envi par les philosophes, par les poètes et les orateurs, quelquefois même par les orateurs chrétiens ; au point que si les manuscrits de l’ Iliade et de Y Odyssée s’étaient perdus, on pourrait presque retrouver ces deux poèmes, moins l’ordonnance, à l’aide
et Homère après la fondation de Salamine, en Cypre, par Teucer, celle de Milet et des autres villes de l'Ionie, et la constitution du Panionium. Mais il faut avouer que le rédacteur de la même Chronique parle d’Orphée, de Musée et de leurs ouvrages, avec une confiance qui fait peu d’honneur à sa critique.