‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 18 sur 153 · III. APKRÇlî DES ORIGINES · texte numérisé non relu

III. APKRÇlî DES ORIGINES

des citations éparses dans les autres écrivains grecs et latins. Cependant l’auteur de ces beaux ouvrages est bien peu connu. Il n’a rieu dit de lui-même dans les vers qui portent son nom, et il paraît qu’on n’a songé que fort tard à recueillir sur sa vie quelques traditions, traditions incertaines et contradictoires. De tout temps on a disputé sur la date et le lieu de sa naissance; quant à sa personne, Pline l’Ancien déjà signale comme purement imaginaire le portrait d’Homère, dont plusieurs copies sont parvenues jusqu’à nous et sont demeurées classiques1.

La morale et la théologie d’Homère, comme l’autorité historique de ses poèmes, ont soulevé aussi bien des disputes. Déjà dans l’antiquité, de grands philosophes se révoltaient contre ces fictions qui semblent autoriser tant de crimes et de désordres par l’exemple des dieux, et pour sauver l’honneur du poète, ils lui prêtaient de subtiles allégories.. D’autres, comme Platon, le condamnaient, non sans regret, mais sans réserve. Quelques beaux esprits se jouaient moins sérieusement des invraisemblances de la vieille épopée, comme Dion Chrysostome, quand il essaye de prouver que Troie ne fut jamais prise; comme Julien, lorsqu’il trace un parallèle ironique des héros do Y Iliade et do l’empereur Constance. D’un autre côté, la science des grammairiens, s’exerçant sur le détail des textes homériques, y signalait des incorrections et des inconséquences, hasardait quelques suppressions, allait jusqu’à prêter à Homère des collaborateurs. Certains critiques enfin, assez nombreux pour avoir formé une école, osaient croire que Y Iliade et l'Odyssée appartiennent à deux auteurs différents.

Ce scepticisme ancien ne resta pas sans écho chez les modernes. Dès le .seizième siècle, Scaliger doutait de l’unité des

1 Hist. nat., xxxv, S. « Eliam qui non sunt liugunlur, pariuntque desiduria non iraditi vuttus, sieiu in Horaero evenit. » Cf. Visconti Iconogr. Gr., I, I.

compositions homériques ; à la fin du dix-septième, d’Aubignac et Perrault attaquent, sur ce point, l’opinion vulgaire avec plus d’audace que de bon sens. Vers le même temps. Bentley tranche la question en trois lignes1 * * *. La Motte , en 1714, n’est pas éloigné des mômes doutes. Voltaire, que l’on rencontre partout où il faut douter, et môme où il ne faut pas douter, écrit avec insouciance dans son Essai sur le poème épique : « Quand Homère composa l' Iliade (supposé qu’il soit l’auteur de tout cet ouvrage), il ne fit que mettre en vers une partie de l’histoire et des fables de son temps. » Le fondateur de la philosophie de l’histoire, Vico, par une sorte d’intuition savante dont ses devanciers ne doivent pas lui ôter le mérite, car il les connaissait à peine de nom, découvre que le véritable Homère n’est autre chose que la Grèce héroïque racontant ses exploits; il reconnaît volontiers autant d’Homères qu’il y avait de villes grecques se disputant l’honneftr d’avoir produit le poëmo de Y Iliade et do Y Odyssée*. Enfin, le voyageur Robert Wood, qui avait visité, Y Iliade en main, la plaine de Troie, livre à la critique des arguments dont elle abusera un jour contre Homère, lorsqu’il démontre que cet auteur ne connut pas l’écriture, ou du moins ne put s’en servir pour rédiger ses lohgues épopées5. C'était encore sur ce sujet l’opinion de J. -J. Rousseau, opinion qui serait d’ailleurs mal recommandée par l’autorité seule de cet éloquent mais paradoxal génie.

Néanmoins, depuis Platon jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, par-dessus tout ce bruit de controverses, s’élève et do -

1 Voir Wolf, Prolegomena ad Homervm, p. «lit, et VHi/loire des poésies homériques, par Dugas-Montbel, p. 185 et suiv.

* Science nouvelle, liv. III, p. 298-3IT de la traduction publiée par

l'auteur de l’Faaaf sur la formation du dogme catholique (181*, Jules Renoua rd).

1 Essai sur le génie original di Homère, trad. fr. de Demeunler, Paris,

I7TT, ln-8*.

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