‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 19 sur 153 · III. APERÇU DES ORIGINES · texte numérisé non relu

III. APERÇU DES ORIGINES

mine un concert de louanges. Homère est demeuré le poêle par excellence, toujours nouveau dans sa gloire qui vieillit toujours, semper florens, selon la belle expression d’un ancien. « Il n’est rien, dit Montaigne, qui vive en la bouche des hommes comme sa vie et ses ouvrages : rien si cogneu et si receu que Troye, Helene et ses guerres qui ne furent à l'advanture jamais. Nos enfans s’appellent encore des noms qu’il forgea il y a trois mille ans *. » Contre un Zoïle et un d’Aubignac, Homère compte cent amis dont l’admiration complaisante va quelquefois jusqu’à l’aveuglement. A l’exemple d’Aristote, tous les auteurs de Poétiques ont vu dans ses poèmes le type de l’épopée. On a réduit en préceptes, dironsnous en recettes, tous ces secrets de l'intérêt épique si naïvement appliqués dans Y Iliade, bien avant les théories, et, depuis, studieusement usurpés par Virgile, le Tasse, Arioste et Milton ’. Comme savant aussi, Homère a retrouvé parfois, sous la lumière des sciences modernes, quelque chose de Son antique et presque religieuse autorité 3 : on a fait maint ef-

' Essais, U, 36. Fabriciusèt Baillel ont donné une énuméraliou trèslongue et pourtant incomplète des jugements portés sur Homère. Sur de tels sujets, il faut se résoudre à choisir les autorités les plus importantes; on ne finirait pas si l'on voulait citer seulement tous les éloges poétiques dont Homère a été l’objet. *

* Voir les beaux vers d’André Chénier, qui répondent si bien à notre pensée, dans les fragments du poème sur V Invention :

Hais, 6 la belle palme et quel trésor de gloire Pour celui qui, cherchaot la plus noble victoire.

D’un si grand labyrinthe affrontant les hasards,

Saura guider sa muse aux immenses regards ! etc.

Voir encore un admirable morceau de M. de Lamartine, dans le Dernier chant du Pèlerinage d'Harold, n. xxu.

3 II y a là-dessus une magnifique page de Montaigne {Essais, H, 12), qui, selon son droit de sceptique, commence à douter de celte universalité de connaissances attribuées à Homère. C’est dans un tout autre esprit qu’on a traité de la Minéralogie homérique (Diss. de Miüin. Paris, 1790, 1816), île la Psychologie (thèse ”de M. Hamel, soutenue en 1832 à la Faculté des lettres de Paris), des Idées d’Homère sur Cimmor-

fort pour établir qu'il avait voyagé en Palestine et lu les livres saints ; et ce fut un jour une question, parmi les philologues, de savoir s’il ne connut pas l’Amérique

C’est à la fin seulement du dix-huitième siècle que commencent les hostilités sérieuses contre la personne d’Homère. Cette fois encore la France eut l’initiative, comme au temps de d’Aubignac, mais d’une autre manière. Elle fournit des armes, et ce fut l’Allemagne qui s’en servit !.

En 1781, D’Ansse de Villoison retrouva dans la biblior thèque de Saint-Marc, à Venise, un manuscrit dont l’importance avait longtemps échappé aux érudits. Dans ce manuscrit, le texte de Y Iliade est accompagné des signes dont les grammairiens d’Alexandrie notaient les passages douteux ou suspects, et d’un long commentaire, rédigé vers la fin du troisième siècle de notre ère d’après les ouvrages des mômes Alexandrins. Plus de deux cents auteurs y sont cités, dont quelques-uns étaient jusque-là inconnus ou presque inconnus dans l’histoire littéraire. Cette belle découverte, signalée d’abord au monde savant par une annonce 3 qui excita la plus vive curiosité, fut bientôt l’objet d'une publication qui reproduisait, pour ainsi dire, un vieil exemplaire de Y Iliade avec

lalil? de l'dme et sur la vie future (thèse de M. P. Willems. Louvain, 1860, in-8), de l’Anatomie et de la Physiologie d’Homère (Mémoire de M. Malgaigne, inséré au Bulletin de l’Académie royale de médecine, l. VII).

1 Un des plus grands critiques de ce siècle, M. A.-G. Schlegcl, préludait, en 1788, aux travaux qui l'ont depuis illustré, par une solide et sérieuse dissertation De Geographia Homerica (llauovre, 198 p., in-12). On pense bien qu’il n’y parle pas des voyages d'Ulysse en Amérique.

1 Voir plus bas, dans ce volume, le morceau sur Aristarque.

3 Dans les Anecdota grœca de Villoison, publiés en 1781, t. II. L’attente du grand travail annoncé par Villoison décida Harles à suspendre la publication qu'il préparait alors d'une nouvelle édition de la Bibliothèque grecque de Fabricius, le premier volume de cet ouvrage devant contenir l’article Homère qui s’est, en eflet, singulièrement enrichi par les détails puisés dans le scholiaste de Venise.

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