‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 21 sur 153 · III. APERÇU DES ORIGINES · texte numérisé non relu

III. APERÇU DES ORIGINES

que du reste Wolf ne connut pas d’abord, et aussi avant Bentley, le célèbre abbé d’Aubignac, mort en 1676, avait écrit dans ses Conjectures académiques 1 :

« Nous trouvons... que celui que l’on croit l'auteur de ces poésies et qu’on appelle Homère, n’est qu’un nom d’origine incertaine, qui n’eut jamais de parenté ni de patrie, dont on ne sait pas le temps qu’il a vécu, ni la manière dont il est mort, et de qui la fortune et les aventures n’ont été racontées que par des auteurs nouveaux dans des histoires supposées ;

« Que cet Homère prétendu n’a jamais rien laissé par écrit;

« Que nous u’avons rien eu de ses œuvres que par l’entremise des chanteurs qui nous les ont conservés jusqu’aux âges derniers ;

« Que ces deux ouvrages qui portent ce nom n’ont été formés que par une compilation et un assemblage de plusieurs pièces faites séparément ;

« Que, dès l’origine, elles ont été nommées les rhapsodies d’Homère , c’est-à-dire le recueil des chansons de l’aveugle ;

« Que l’on y remarque plusieurs vers bien différents les uns des autres, et ajoutés en plusieurs endroits par des auteurs d’un génie peu semblable au reste ;

« Enfin, que dans l 'Iliade, que nous avons particulièrement examinée, il se trouve une infinité de choses qui ne peuvent raisonnablement être composées par un même poète ou qui seraient des fautes signalées, indignes de la réputation

« arle tritior dubitatio nequaquam nova est, mi putabatil isti nuper, « quibus ea absurda et ridicula videbanlur. Quid? ijuod eliam inaliis « mullis argumentaiionibus et conjecturis noslris nihil fere aliud vi- « demur egisse, etsi id in uulla de induslria egimus, quam.ul oblille- « ratas dispntaliones veteruni instauraremus. »

1 Cf. Vict. Le Clerc, Journal des Débats du » novembre lSî*.

que eet Homère s’esl acquise par le peu de soin d’examiner ces vérités '... »

Mais ces conjectures, jetées sans jugement e”t sans ordre, dans des livres où les vraies beautés d’Homère sont indignement méconnues et travesties, ne méritaient guère mieux sous une telle forme, que le mépris dont les écrasa Boileau*.

1 Conjectures académiques , ou Dissertations sur i' Iliade, ouvrage posthume trouvé dans les recherches d'un savant. Paris, 1715, p. 351 (d'Aubignac était mort en 1676). Cf. Baillet, Jugement des savants, t. III, p. 330 et suiv., édit, de la Monuoye.

1 Troisième réflexion critique sur Longin : a ... Il (M. Perrault) commence la censure qu'il fait d’Homère |iar la chose du monde la plus fausse, qui est que beaucoup d’excellents critiques soutiennent qu'il n'y a jamais eu au monde uu homme nommé Homère, qui ail composé V Iliade ell' Odyssée, et que ces poèmes ne sont qu’une collection de plusieurs petits poèmes de différents auteurs, qu’on a joints ensemble. Il n'est point vrai que jamais personne ait avancé, au moins sur le papier, une pareille extravagance, et Elien, que M. Perrault cite pour son garant, dit positivement le contraire, comme nous le ferons voir dans la suite de cette remarque.

a Tous ees excellents critiques donc se réduisent à M. l’abbé d’Aubignac, qui avait, à ce que prétend M. Perrault, préparé des Mémoires pour prouver ce beau paradoxe. J’ay connu M. l'abbé d’Aubignac. Il esloit homme de beaucoup de mérite et fort habile en matière de poétique, bien qu'il sceut médiocrement le grec. Je suis seur qu’il n'a jamais conceu un si eslrange dessein, à moins qu'il ne l’ait conceu les dernières années de sa vie, où l’on sçait qu’il estoit tombé en une espèce d’enfance. Il sçavoit trop qu’il n'y eut jamais deux poèmes si bien suivis et si bien lier que l 'Iliade et l'Odyssée, ni où le même génie éclate davantage partout, comme tous ceux qui les ont lus en conviennent, etc.»

Il parait précisément, par les dernières pages des Conjectures académiques (p. 357), que d’Aubignac était vieux et épuisé de fatigues quand il écrivit l’informe pamphlet communiqué plus tard à Perrault et publié en 1715, trente-neuf ans après la mort de son auteur. Boileau avait donc bien deviné, et certes il eût été plus sévère encore, s'il eût pu lire dans tout leur développement les ridicules paradoxes du bon abbé. Zénobie et la Pratique du Ihédtre ne sont pas des chefs-d’œuvre ; mais il y a loin de ces livres aux puérilités qui forment la plus grande

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