APERÇU lits ORIGINES
poêle natif de Belgique, conjecture qui mène tout droit son intrépide inventeur (Belge aussi de naissance, comme on le devine,) à placer les champs Elysées dans les îles du Bas- Rhin *. Wolf n’a rien de commun avec ces rêves d’une érudition qui n’est pas la science. Avec lui il faut discuter les textes à la main. Quelqu’un que je révère, surtout en songeant de quelle place je vous parle, après avoir lu les Prolégomènes, a dit avec le vieillard d’Aristophane : a Tune me persuaderas pas, quand même tu me persuaderais *, «ingénieuse façon d’éconduire poliment la critique sans lui répondre. A nos risques et périls nous accepterons le débat que la modestie d’un maître éminent a voulu éluder.
Le sort en est jeté, écrivait Wolf, en laissant échapper les dernières hardiesses do son système :jacta est aléa; c’est le mot do César. La critique, en effet, venait de passer le Ru-
* I.es auteurs de ces diverses conjectures, excepté la première el la dernière, sont cités et quelquefois analysés par Fabricius, t. I, p. 514 et suiv., édit. Harles. L'hypothèse de l’Ulysse-Homère a pour auteur Lecbevalier (le même qui a publié uu utile Voyage dans la Troaie), sous le pseudonyme de Constantin Koliades ; voir la Revue française de 1819, t. XII, p. 281, et le piquant article de M. Lelrouuc, dans le Journal des savants de décembre 1829. L’honneur d'avoir trouvé dans Homère el Hésiode deux poètes originaires de Belgique appartient à M. Jos. Grave, ancien conseiller du Conseilde Flandres, membre du Conseil des Anciens, etc. , dont l'ouvrage posthume fut publié à Gand en 1 SOU, 3 vol. in-8°.
a Homeri opéra, curante Jo. Fr. Jloissonade, t. I, p. vin : « Novi qui- « dem viri primarii Prolegomena, in quibus milita leclio elucet, ac in- « genli vis acerrima, summaque scribendi facilitas et copia; sed tamen,
• quuni mirari solearn, non rapit ussensum, et subinde inter legendum,
• libro e manibus deposito, verlia Chrcmyli [ I'lutus , v. 600] susurro : « Où -yif ictiaeiç, cùî’ b weiini;. Celerum audio a viro e nostralibus doc- « triuæ uon vulgaris illas de Homero et llomeridis quæstiones pleno v opéré mox tractalum iri: inde lubens,si quid noverit auctor reotius, « saniora edocebor. » Viiistoire des poésies homériques, par M. Dugas- Monlbel, publiée en 1831, el à laquelle parait faire allusion M. Boissonude, n’a pas, ce uous semble, répondu complètement à cul espoir du savant philologue.
bicon. On était alors, en Allemagne, dans toute la ferveur d'une rénovation des études philologiques. Une réaction assez vive commençait à se manifester contre certaines traditions de l’histoire littéraire. L’authenticité de plusieurs dialogues de Platon était mise en doute, quelques ouvrages môme de Cicéron subissaient l’examen d’une critique excessive dans ses prétentions comme dans ses procédés. L’audace de Wolf dépassait toutes ces nouveautés, éclipsait toutes ces disputes savantes. Cependant elle ne produisit pas dès l’abord une aussi vive sensation qu’il avait pu l'attendre. Ce fut pour lui une sorte de désappointement. David Ruhnken, un philologue du premior ordre, auquel il avait dédié les Prolégomènes, n’y approuva guère que les règles posées par l’auteur pour la correction des textes homériques. Un autre esprit fort distingué, G. Heyne, lui aussi éditeur d’Homère, et l’un des premiers protecteurs de Wolf, n’eut pas le courage d’applaudir sans rancune au brillant travail de son ancien disciple '. L’opinion relative à l’écriture provoqua surtout de vives répugnances. Peu à peu s’engagea ainsi une polémique qui devint chaque jour plus active et qui dure encore. Wolf avait touché en maître tous les points de son sujet, mais il n’avait pas sur tous épuisé les recherches, et, soit pour l’attaque, soit pour la défense de ses doctrines, les dissertations se multiplièrent, môme les gros volumes.
Par exemple, il avait esquissé à grands traits la vie et le caractère des rhapsodes. Ce chapitre seul des Prolégomènes a fourni la matière d’un volume où l’on trouve laborieusement, exactement relevés et transcrits, tous les témoignages des anciens relatifs aux chanteurs de poésies héroïques ’. D’après les Scholies de< Venise, Wolf avait essayé de montrer l’esprit
1 Voyez Wyltenbach, Vita Davidis Ruhnkenii, p. 2U, et la Vie de Wolf, par Koerte, t. I, p. 288-289.
* J. Kreuser : Hvmerische Rhapsoden oder Rederiker der Allen. Cologne, 1833, in-8.