‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 26 sur 153 · III. APERÇU DES ORIGINES · texte numérisé non relu

III. APERÇU DES ORIGINES

qui ne les aurait lus que dans des traductions. Nous analyserons les divers poëmes qui portent le nom d'Homère et d’Hésiode, dans les traductions les mieux autorisées par le jugement public, en tâchant de tirer de cette lecture, outre la connaissance des mœurs et de la civilisation héroïque, quelques notions précises sur l’âge des deux poètes et sur le mérite littéraire de leurs compositions. La traduction plus d’une fois nous forcera de recourir au texte, et nous conduira à chercher s’il u’y a pas dans la langue de Y Iliade, par exemple, quelques nouveaux indices historiques dont nous puissions faire notre profit. Ce sera le temps, alors, d’aborder les anciens commentateurs et de recueillir ce qu’ils nous disent de.l’artiüce qui a présidé à la composition de cos poëmes, ce qu’une tradition quelquefois fabuleuse leur avait appris delà transmission des vers d’Homère par la bouche des rhapsodes et par les manuscrits des collaborateurs de Pisistrate. Parvenus peu à peu, par ces transitions naturelles, en pleine antiquité, nous examinerons les récits qui nous sont parvenus sur la vie d’Homère et d’Hésiode. Nous nous serons ainsi préparés lentement et mûrement au devoir de la critique, et nous aborderons sans plus de retard la discussion du problème que j’ai plus haut essayé de résumer sous vos yeux. Nous pourrons reprocher à l’opinion vulgaire sa complaisance excessive pour certains écarts de la poésie homérique, trop de condescendance pour les jugements d’un esprit systématique comme celui d’Aristote. Nous remarquerons qu’elle néglige trop l’histoire de l’épopée grecque, après l’âge d’Homère, et, en général, qu’elle méconnaît les conditions dans lesquelles se développe chez tous les peuples la poésie historique. Il y a tout un ordre de faits que Wolf signala presque le premier, et qui, depuis Wolf, ont pris dans l’histoire littéraire une grande importance. En étudiant aujourd’hui les premières phases de la poésie dans l’Orient et dans des époques, jadis à peine connues, du moyen âge, on

a observé des Iliade* et des Odyssées, bien inférieures sans doute quant à la composition et au style, se formant avec des chants épars, par le travail de quelques arrangeurs, et selon le génie du peuple qui les a produites; d’autres poésies héroïques, arrêtées par divers accidents dans ce progrès vers uneforme vraiment épique, et ne présentant aujourd’hui que des éléments poétiques non pas sans lien secret, mais sans unité'. De telles observations nous entraînent, il est vrai, hors des limites habituelles de nos études ; mais elles abondent en leçons que nous ne saurions négliger ; elles élargissent beaucoup la sphère où s'agitaient, sur le sujet de l'épopée grecque, les anciennes disputes, elles en renouvellent vivement l’intérêt. A l’exemple de quelques esprits aussi sages qu’élevés, nous oserons tirer de l’examen des épopées populaires qui se sont produites en dehors de la Grèce certaines lois générales trop longtemps méconnues des critiques, mais qui doivent désormais avoir une place dans toute appréciation de la vieille littérature des Hellènes.

A Wolf, de son côté, il faudra bien reprocher des excès de subtilité et certaines préventions dans l’étude des faits ; mais surtout aux exagérateurs de son système l’ambition de ro-

1 Voir, entre autres écrits auxquels on peut renvoyer sur ces divers sujets : Uorrcsio : Inlroduzionc al testo sanscrito del Ramayana, Paris, 1813 ; Fauriel : De l'origine de l'épopée chevaleresque, 1834, et Histoire de la poésie provençale, 1810; Villemain, Littérature du moyen âge, 15" leçon; P. Paris, dans l'Histoire littéraire de France, t. XXII; Ampère. Sigurd, dans la Revue des Deux- Mondes des t«r et 15 aofll 1834 ; les Siebelungen, traduits par M* Moreau de la Meltière, avec une introduction par Fr. Riaux, 1810 ; Bergmann, S'ur l’origine et la signification des romans du Saint-Graal, 1811; le Romancero espagnol, traduit par M. Danias- Hinnrd, 1841; Chronicà del famoso cavellero Cid Ruy Dias Campeador, nueva edicion cou una introduccion liist. lit/., par Huber. Marburg, 1814, in-Ro; le Poème du Cid, texte, traduction française, avec introduction, etc., par Damas - Hinard, 1858, in-i“; la Finlande, avec la traduction complète de sa grande épopée , le Kalewala, par Léouzon Le Duc, 1845, in-8°, elc.

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