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IV. CONCLUSIONS

il est permis de le supposer, si l'on peut, en môme temps, indiquer les causes de ce désordre, et si l'on peut admettre que le génie grec, après avoir produit des œuvres d’une composition parfaite, est déchu jusqu’à en méconnaître le

caractère et jusqu’à les laisser ainsi dépérir. Le seul fait qu’on allègue pour prouver ces rédactions de Y Odyssée et de Y Iliade avant -Pisistra te et Solon, c’est ce que Plutarque nous raconte de Lycurgue, lequel, voyageant en Ionie, y aurait fait une copie des poèmes d’Homère et les aurait ainsi rapportés dans sa patrie. Ici encore le sentiment décide, à défaut d’autres secours, que cette anecdote ou ne mérite aucune croyance, ou ne peut être crue que sous la réserve d’une interprétation particulière ; il nous dit que, prise à la lettre, elle s’accorde mal avec tout ce que l'on sait de la civilisation au temps de Lycurgue, et que, par conséquent, la seule vérité admissible sur ce point serait que Lycurgue eût rapporté quelques morceaux écrits de Y Odyssée ou de Y Iliade, ou qu’il eût ramené avec lui quelque rhapsode, de manière à inspirer aux Grecs de, l’Occident un vif désir de mieux connaître cette admirable poésie.

C’est encore de la même manière que nous décidons, sur la simple comparaison de quelques pages, que la poésie d'Apollonius de Rhodes ou do Quintus de Smyrne est de plusieurs siècles postérieure à la poésie homérique. Si quoiqu’un avait besoin, pour s’on convaincre, de fouiller les lexiques et les commentaires, il en serait aux promiers éléments dans l’étude de l’antiquité.

Ces principes reconnus , il y a pour nous à recueillir dans l’histoire do diverses littératures, les unes plus vieilles, les autres plus jeunes que la littérature grecque, des renseignements qui, par analogie, jetteront beaucoup de jour sur l’objet de nos recherches.

Trop longtemps la question homérique a été exclusivement discutée dans la sphère des lettres grecques. Wolf avait

pressenti qu'elle touchait aux lois mêmes de la poésie populaire chez tous les peuples du monde. Aujourd’hui cette vue féconde s'est développée, et il n’est plus permis d’en méconnaître l’importance.

On sait que les traditions historiques et religieuses de l’Inde, d’abord éparses, se sout rassemblées, à des époques très-auciennes, dans deux poèmes principaux, d'uue étendue gigantesque, le Mahabharata et le Ramayana, celui-ci long de quarante mille vers, celui-là de deux cent mille. De ces deux poèmes, le plus analogue à l’épopée grecque, par ses dimensions et par une certaine unité de composition, le Ramayana, nous a été trausmis par deux rédactions d'origines très-différentes faites au midi et au nord de la presqu’île du Gange, et qu’on est convenu d’appeler, à cause de cola, l’une rédaction australe, l’autre rédaction boréale. Entre ces deux textes, les différences sont quelquefois considérables : il ne s’agit pas, comme pour Homère, des Alexandrins, de quelques vers admis ou exclus dans le texte, selon la décision de tel ou tel grammairien; il s’agit de longs morceaux, d’épisodes entiers, longs quelquefois de plusieurs centaines de vers. La critique des indianistes croit pouvoir affirmer que ce poème n’a pas été composé en bloc par un seul auteur; qu'il se forme d’une série de rhapsodies, d’abord confiées à la mémoire, puis successivement augmentées et coordonnées jusqu’au jour où, sur deux points différents du sol de l’Inde, elles ont été rédigées en forme de poème régulier, par deux écoles desavants qui ne se communiquèrent pas leur travail, et dont personne n’a songé plus tard à fondre en une seule les deux rédactions divergentes.

La composition du Mahabharata est encore moins arrêtée, plus flottante, si l’on peut s’exprimer ainsi. La liste des livres et des chapitres, rédigée antérieurement aux plus anciens manuscrits aujourd’hui connus, ne répond plus à l’état actuel du poème : certains vers de la narration témoignent

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