‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 32 sur 153 · IV. CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

IV. CONCLUSIONS

sorte, une incroyable variété d’ornements et d’inventions. A côté de tous ces sujets épiques, il y a aussi les héros de l'histoire ancienne qui revivent par la poésie savante d’abord, puis par la poésie populaire. L’histoire en s’altérant, en s’amoindrissant, laisse prise de plus en plus au travail de l’imagination qui, en quelques siècles, l’a bientôt défigurée. De là ces légendes fabuleuses où Virgile et Hippocrate sont devenus des magiciens ; de là ce renouvellement des fables iliaques, qui part de je ne sais quel résumé en vers latins de l 'Iliade d’Homère par un certain Pandarus ou Pindarus, et, d’altération en altération, finit par relier les origines de notre histoire à celle de l’histoire grecque, en faisant, par exemple, d'un Francus, fils d’Hector, l’auteur de la nation française ; de là enfin ce grand cycle populaire d’Alexandre, qui commence par quelque mauvais petit roman en prose grecque ou latine, et aboutit à des épopées de vingt mille vers où la figure d’Alexandro s’est complètement transformée en un idéal d’héroïsme chevaleresque et d’ambition guerrière.

Enfin, comme si rien ne devait manquer aux fêtes de l’imagination, durant le moyen âge, les animaux eux-mêmes ont leur épopée, vingt fois traduite et remaniée dans presque toutes les langues de l’Europe féodale ; je veux dire ce Roman du renard , où le vieil apologue ésopique reçoit de hardis développements, où la satire des vices contemporains se dissimule à peine sous le voile d’une allégorie grotesque.

Les premiers auteurs de cette mervoilleuse poésie, ce sont encore les peuples eux-mêmes, dans la naïveté de leur foi pour de vieilles fables et de leur admiration pour les grands hommes; puis, du peuple sont sortis des chanteurs inspirés qui ont donné une forme vraiment poétique aux inventions du génie populaire. Ce sont les barde* gaulois et germains, les tcaldes islandais et Scandinaves, le rwnoja s de la Finlande, les troubadours de la Provence, les trouvères de la France du

Nord. Après eux, enfin, sont venus les poètes écrivains qui ont rapproché, arrangé les fragments de poésie dus à leurs devanciers, et qui d’ordinaire ont signé de leur nom l’œuvre dont ils n’étaient guère que les derniers rédacteurs.

Si maintenant nous reportons nos regards vers l’épopée grecque, nous verrons que, comme l’épopée indienne, comme l’épopée occidentale, elle a longtemps vécu chez le peuple et pour lui ; qu’elle a été développée et transmise par des écoles de poètes connus sous les noms divers et peut-être successifs A'aèdes, A'homérides et de rhapsodes. Nous remarquons qu’elle avait souvent célébré, à plusieurs reprises et sous plusieurs formes, les mêmes héros, qu’elle otîrait des morceaux d’étendue et de valeur très-diverses , depuis les narrations détachées jusqu’aux plus vastes compositions épiques, depuis la sublimité d'Homère jusqu’aux pâles beautés de la poésie cyclique, jusqu’à la savante élégance des contemporains de Pisistrate. Nous reconnaissons enfin qu’elle est le fond riche et fécond sur lequel s’est formée, en se divisant, la littérature de siècles plus polis, le drame, l’élégie, l’ode, l’éloquence historique , l’éloquence de la tribune et du barreau.

L’épopée grecque rentre donc, par ses caractères essentiels, dans une classe fort étendue de compositions poétiques, que l’on retrouve chez presque tous les peuples de la race à laquelle nous appartenons. C’est, selon nous, une ressemblance bien frappante, une analogie qui vaut presque une preuve directe en faveur des opinions de Vico et de Wolf. Sans doute Ylliade et Y Odyssée sont, pour la beauté des détails et pour l’ensemble, incomparables avec tous ces poèmes de l’Inde et du moyen âge. On citait récemment, à titre de particularité curieuse, dans un do ces vieux romans français qui vient d’être publié, la présence d’une comparaison : cela peut donner, jusqu’à un certain point, la mesure du style épique de nos aïeux. Mais autre chose est le génie qui crée

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