‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 43 sur 153 · VI. AR1STARQUB · texte numérisé non relu

VI. AR1STARQUB

celui-ci nous paraisse avoir raison'. » Les élégants écrivains de Rome y importèrent de bonne heure cette superstition pour un nom tout-puissant à Alexandrie : Fiel Aristarchus, a dit Horace. Arislarque a personnifié chez nous, comme au siècle d’Auguste, la perfection du goût unie à cette franchise délicate du caractère qui donne à la raison toute son efficace et son autorité dans l’appréciation des œuvres de l’art. Et pourtant, il y a un demi-siècle à peine , celui qui aurait voulu justifier par des faits une si grande renommée n’aurait guère trouvé à recueillir dans beaucoup de livres qu’un petit nombre de notules grammaticales sans importance et sans intérêt a. On se souvenait bien qu’un de ces héroïques aventuriers qui, lors de la prise de Constantinople, sauvèrent les débris de la littérature grecque au milieu de l’inondation barbare, Jean Aurispa, annonçait à ses amis deux volumes tout pleins des commentaires d’ Arislarque sur Y Iliade; mais la promesse était restée sans effet3, et Bayle, écrivant son article Arxstarque, no trouvait guère plus d’une ou deux pages de renseignements authentiques sur ce grand personnage; il n’a rien moins fallu, pour allonger son travail, que la discussion des erreurs et des doutes accumulés sur ce sujet par les biographes modernes *.

C’est la France qui a eu l’honneur d’exhumer sous des ruines oubliées une partie au moins de l’œuvre d’Aristarque. Des érudits avaient déjà remarqué, dans la bibliothèque de Saint-Marc, à Venise, un vieux manuscrit de Vlliade d’Ho-

1 Scholies de Venise surf Iliade, iv, 235. Comparez, u, 316.

* C’est apparemment tout ce que l’on trouverait dans la dissertation de Maltbesius De Aristarcho grammatico (Jena, 1725), que je n’ai pas encore pu rencontrer.

s Fabricius, BOA. gr., 1. 1, p. 365 et 506. Ed. Harles.

* L’article Aristarque, dans l'Encyclopédie allemande d’Erscb et Gruber, écrit par un bien savant et bien ingénieux philologue, ne nous a pas semblé digne du sujet. L’auteur n'a pas voulu donner autre chose qu'une courte biographie.

ARISTARQCE.

mère enrichi de notes, où le nom d’Aristarque était souvent cité. En 1781, un Français, d’Ansse de Villoison, envoyé par le gouvernement en Italie pour y fouiller les bibliothèques, retrouva ce trésor. Il en comprit toute la valeur et ne se donna pas de repos qu’il n’en eût procuré la publication*. Grâce à son zèle, l’Europe posséda bientôt une édition de Y Iliade annotée, non plus par quelque professeur de l’université d’Iéna ou d’Oxford, mais par les grammairiens d’Alexandrie, une espèce de variorum, comme diraient aujourd’hui nos bibliographes. Il n’y manquait môme pas les signes jadis consacrés parmi ces savants hommes pour marquer les vers apocryphes, ou obscurs, ou difficiles. Les noms de Zénodote, d’Aristophane, de Cratès, d’une foule d’autres auteurs, dont quelques-uns renaissaient pour la première fois à la lumière depuis dix-huit siècles, se pressent dans cette curieuse compilation. Aristarque seul y est plus de mille fois cité. A Herculanum ou à Pompéi, le miracle n’eût pas étonné. On avait cru, un instant, retrouver sous la cendre du Vésuve une antiquité tout entière ; mais le sort, qui se joue de nos prévisions et de nos espérances, avait voulu qu’à Herculanum on ne déterrât que d’insipides écrits de l’école épicurienne, avec quelques lambeaux d'un médiocre poème en vers latins, tandis qu’une bibliothèque, sans cesse visitée par les curieux et les savants, nous rendait, après plusieurs siècles d’oubli, l’inventaire de tous les travaux des écoles anciennes sur le plus beau chef-d’œuvre de l’antiquité. Aussi, l’éclat de cette découverte fut grand parmi le monde, et il l’eût été plus en-

* Venise, 1788, in-folio, avec de savants prolégomènes. Une nouvelle édition du Commentaire, avec des tables alphabétiques fort utiles, a été publiée à Berlin, en 1825, par M. Imm. Bekker; 1 vol. in-4. On y peut Joindre utilement les deux dissertations de G.-G. Pluyggers, De Carminum H omericorum veterumque in ea scholiorum post nuperrimas codicum Uarcianorum coliationes relractanda édition* , Lugd. Bat., 1847; et de Th. Beccard, De Sclwtiis in Hotneri Iliadem Venetis, Berolini, 1850.

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