VI. AUSTARQUB
core si, comme le Voyage d' Anacharsis, le gros volume de Villoison n’eût paru la veille de la révolution française. L'Allemagne, moins rapidement émue dans la paix de ses écoles, continua l’œuvre de VilloisoR, et même elle la continua tout autrement qu’il n’eût voulu; car elle tira de son livre de graves arguments contre l’unili du personnage d’Homère. On assure que Villoison, dans la sincérité de son orthodoxie, ne se consola jamais d’avoir fourni des armes à un pareil scepticisme. Wolf, l’auteur de tout ce désordre ( nous parlons le style d’alors), entra pourtant un jour, comme associé étranger, dans 1 Académie des inscriptions et belleslettres ; mais la mort avait épargné à Villoison le voisinage d’un si belliqueux confrère
A l’aide des nouvelles richesses que contient le commentaire de Venise, Wolf avait restauré à grands traits la figure d’Aristarque, considéré surtout comme éditeur critique des œuvres d’Homère. Cette esquisse, fort juste dans sa brièveté, n’a pas satisfait à la curiosité de l'érudition allemande. Bientôt après Wolf, il s’est trouvé un patient philologue qui a réuni et mis en ordre, avec une grande exactitude, tous les fragments, toutes les remarques, et jusqu’aux plus petites notes relatives au travail d’Aristarque sur Homère a. Aristarque voit donc son héritage s’étendre et s’assurer chaque jour. Peut-être même allons-nous y ajouter encore en rapprochant ici quelques documents restés épars chez les biographes et les érudits, et en essayant d’offrir un ensemble de la vie d'Aristarque et de ses travaux.
Mais notre étude serait imparfaite si nous ne remontions
1 Voir la Notice de Dacier sur M. de Villoison, 1806.
1 De Arislarchi studiis humericis ad prmparandum homericorum carminum texfum arislarcheum scripsit K. Lehrs, Kôuigsberg , 1833; qu’il faut compléter aujourd'hui par l’utile dissertation d’Osanu : Anecdotum romanum de notis veterum crilicis, imprimts Arislarchi Homericis, Giessen, 1831, in-8.
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un pou plus haut pour replacer ce critique au milieu de son siècle et de l’école dont il fut le plus glorieux représentant.
Ce fut sans doute une grande chose que la fondation d’Alexandrie, de son Musée, de sa bibliothèque. Une politique habile se montre à chaque pas dans cette histoire des Ptolémées que nous recomposons aujourd’hui, faute d'écrivains originaux, avec des débris d’inscriptions, des fragments de manuscrits mutilés. Athènos achevait sa tâche littéraire. Plus de grand poêle tragique ou lyrique ; la comédie se continuait encore avec honneur, mais sans originalité, par les successeurs de Philémon ; en philosophie, plusieurs écoles secondaires se partageaient l’héritage de Platon et d’Aristote. Alexandre conçut le projet de déplacer le centre de la Grèce, d’ouvrir un autre Pirée à l’activité commerciale des cités grecques, et do dérouter, si j’ose ainsi dire, le patriotisme hellénique, que tant d'exemples immortels avaient habitué à considérer Athènes comme sa véritablo métropole. Il fonda Alexandrie, sur les bords du Nil, pour servir de rendezvous à toutes les nations du monde civilisé : c’était uu véritable coup d’Etat, et qui ne manqua pas son effet. En quelques années, Athènes eut une rivale, une rivale dont la splendeur devait l’éclipser et lui survivre. Il est vrai qu'avec les coups d’Etat on ne fondo pas une littérature. Grâce à l’énergique volonté de ses princes; Alexandrie posséda bientôt un beau port, un Musée, des bibliothèques ; elle appela, elle accueillit libéralement tous les poètes, tous les savants de la Grèce qui voulurent y chercher fortune. Ce fut, dit-on4,
1 Voir le document précieux publié d’abord en latin par M. Ritschl, dans son ouvrage sur les bibliothèques d’Alexandrie, «t dont te texte