‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 47 sur 153 · VI. ARIST ARQUE · texte numérisé non relu

VI. ARIST ARQUE

poète et un poète lauréat. Ainsi, Callimaque, Apollonius, d’autres encore, avaient uni la science et la poésie. Le premier, que l’on ne connaît guère aujourd’hui que par ses hymnes, avait laissé des commentaires, des tablettes de chronologie littéraire ; c’est, à vrai dire, le père de là bibliographie. Apollonius quittait le rôle de commentateur et de bibliothécaire pour écrire les Argonautiques, et il donnait de son propre poème une seconde édition, la seule des deux qui soit parvenue jusqu’à nous. Mais les devoirs du* grammairien suffisaient à une vie tout entière, même à une vie ambitieuse de gloire. Il n’y a rien d’exagéré dans l’éloge que la douleur arrache au fils du professeur uéapolitain. On y pourrait même ajouter quelques lignes pour achever le portrait idéal d'un grammairien critique. Stace n’a pas dit (sans doute il craignait de déparer ses vers par de tels détails) que l’examen et la correction des manuscrits comptaient aussi parmi ses fonctions, qu’il devait savoir à fond la géographie, l’histoire et la mythologie, pour expliquer les vieux auteurs, pour décider à l’occasion sur l’authenticité d’un ouvrage suspect. Voilà une véritable encyclopédie.

Avant l’école d’Alexandrie, la Grèce n’avait ni histoire littéraire, ni dictionnairas de sa vieille langue ou de ses divers dialectes, ni grammaire méthodique ; tout cela fut l’œuvre des Alexandrins, œuvre qui mérite d’honorer leurs noms auprès de là postérité1. Toute littérature largement développée a ses écoles de grammairiens et de critiques. Henri Estienne, Casaubon, Gabriel Naudé, Vaugelas, sont les Alexandrins de notre littérature. Tel savant du Musée, comme Henri Estienne, amassait les matériaux d’un vaste lexique ; tel, comme Casaubon, examinait les titres douteux d’un ouvrage que des faussaires ou des commerçants avides offraient, pour un grand prix, à la munificence, souvent aveugle, des Ptolémées ; tel

‘ Yarron, cité par Diomède, u, p. 421. Cf. Gràfenhan, iv, p. 54-55.

Digiti.

ARlSTARQl'E.

autre, comme Naudé, voyageur intelligent et négociateur bibliophile, obtenait, sur garantie, du peuple d’Athènes, l’exemplaire officiel des tragédies d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide, exemplaire dû aux soins de l’orateur Lycurgue, et précieusement conservé dans l’Acropole, où, pour le dire en passant, il ne rentra jamais1 ; un autre fixait, comme Vaugelas, les lois de l'atticisme par l’exemple des bons écrivains et la discussion des locutions contestées. Je trouve même, sous le règne do Ptolémée Philadelphe, une poétesse, femme et mère de savants, qui me rappelle en vérité la fameuse M»' Dacier, fille de l’helléniste Lefèvre, et femme d’un philologue dont elle partagea les travaux. Myro ou Mœro, native de Byzance, eut pour mari le philologue Andromachus, et pour fils Homère le tragique, un des sept poètes qui composaient à Alexandrie une sorte de pléiade secondaire après celle des grands poètes d’Athènes. Elle avait écrit en vers héroïques un poème intitulé Mnémosyne, outre divers morceaux élégiaques et lyriques ; enfin, des épigrammes dont il reste quelques fragments2. Comme Anne Lefèvre, il parait qu’elle avait aussi commenté le vieil Homère, et on lui fait honneur d'avoir, la première , expliqué certain passage obscur de l 'Odyssée ’. Tous ces illustres académiciens d’un autre âge avaient aussi leurs séances, où ils débattaient dos questions littéraires, et où ils étaient partagés en deux classes, selon leur aptitude à poser des problèmes et à les résoudre. Nous avons les procès-verbaux de quelques séances de ce genre, qui font plus d’honneur au zèle des grammairiens qu'à la gravité de leur esprit et de leur science1. Quelquefois pourtant la critique prenait à Alexandrie un rôle plus solennel encore, et qui rappelle notre Académie française, rédigeant pour com-

• Plutarque, Vie de l’orateur Lycurgue.

* Fabricius, Btbl. Grœca, t. II, p. 131.

3 Scholies sur le chaut xii, vers 63.

‘ Voir Dugas-Montbel, Histoire des poésies homériques, p. 115.

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