‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 48 sur 153 · VI. ARISTARQLE · texte numérisé non relu

VI. ARISTARQLE

poser la première édition de son dictionnaire, une liste des auteurs classiques et jugés dignes d’en fournir les matériaux. C’était un bibliothécaire, qui, sous l'autorité sans doute et avec l’avis de ses confrères, dressait le Canon des poètes épiques, lyriques, dramatiques ou comiques, celui des historiens et des orateurs. Un grand respect semble s’être attaché à ces décisions que nous ne pouvons pas toutes contrôler aujourd’hui1 ; celles de notre Académie n’ont pas toujours rencontré la même obéissance chez les contemporains, ni obtenu la même consécration dans le jugement de la postérité.

On voit ce qu’était la société littéraire d’Aloxandrio. Il est temps d’apprécier l’homme qui, dans ce monde élégant et érudit, se plaça au premier rang par le savoir et le bon goût.

Aristarque était né dans l’ile de Samothrace, d’un père qui portait le même nom que lui. Il vint sans doute assez jeune à Alexandrie où il eut pour maître Aristophane de Byzance, savant bien oublié aujourd’hui, quoiqu’il soit le principal inventeur des signes que nous employons encore dans l’orthographe française, de nos accents 3. L’usage était alors que le grammairien conservateur dos bibliothèques eût pour successeur le plus distingué d’entre ses auditeurs, ou au moins quelque élève do l’école alexandrine. C’est ainsi qu’à Zénodote avait succédé Callimaque, à Callimaquo, Eratosthène,

1 Les principaux témoignages sur ce sujet sont réunis par Ruhnkenius à la lin de son Histoire critique des orateurs grecs, plusieurs fois réimprimée.

1 Notice dans Suidas, corrigée, quant aux dates, par les calculs de M. Ritsclil, I. c.

5 Voir Arcadius, De Accentibus, publié par M. Barker (Llpsi*, 1890), p. 186.

AR1STABQUK.

puis Apollonius, à celui-ci Aristophane, dont l’héritage fut recueilli par notre Aristarque. De même aussi qu’Aristote avait élevé Alexandre, et Zénodote, les fils du premier Ptolémée, Aristarque devint le précepteur du fils de Philométor. Jadis les Pharaons subissaient, en quelque sorte, une instruction toute sacerdotale, et entendaient chaque jour la leçon de morale contenue dans les livres sacrés1. Les Ptolémées, sans renier complètement les souvenirs de celte éducation officielle imposée aux Pharaons par le sacerdoce égyptien, voulurent, à ce qu’il semble, laisser sous la tutelle de l'esprit grec les jeunes princes de la maison royale. Ils ne pouvaient, ■ sur ce point, mieux concilier les intérêts do leur politique avec le respect dû aux vieilles traditions qu’en s’adressant h quelqu’un de ces graves érudits qui présidaient aux travaux du Musée et des bibliothèques. Cela n’a pas toujours assuré à l’Egypte des souverains bien dignes du trône; mais il ne faut pas juger trop vite l’instituteur d’un roi par l’élève qu'il a formé. Pour réussir glorieusement dans celte tâche difficile, il ne suffit pas d’être Aristote, il faut rencontrer un Alexandre. Un prince, d’ailleurs, est bien rarement l’élève de son seul précepteur. Tout, autour do lui, concourt à le former, souvent à le corrompre. C’est du moins une dignité qui ajoute au crédit des savants que ce partage de la vie intime du palais. Le musicien Stratonicus parlait de son art devant un Ptolémée; le roi crut pouvoir jeter son mot dans la discussion, il le fit impoliment : « Prince, lui dit alors Stratonicus, autre chose est un sceptre, autre chose une lyre » (mot à mot, un plectre, un archet ; il jouait sur 1 assonnance des deux substantifs). C’est ainsi que Boileau osait soutenir contre toute la cour son droit de déclarer mauvais des vers que le roi trouvait bons*. On aime à rencontrer si loin do nous ces traits

1 Diodore de Sicile, i, 70'; Clément d'Alexandrie, Stromales, vi, 1.

3 Atlienée. viii, p. 340 (d’après Capiton d’Alexandrie). Comparez,

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