‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 51 sur 153 · VI. ABISTAKQL’K · texte numérisé non relu

VI. ABISTAKQL’K

Une tradition encore plus oubliée rattache au nom d’Aristarque une idée qui a pu être bien puissante pour l’avenir des lettres en Occident. Selon des auteurs du moyen âge1, ce fut lui qui donna au roi Ptolémée le conseil d’envoyer du papyrus à Rome, en d’autres termes, d’autoriser l'exportation de cette précieuse denrée vers l’Italie, sans doute au préjudice de quelques autres nations de la Grèce, et particulièrement des rois de Pergame, qui organisaient alors leur bibliothèque. Selon les mêmes auteurs, Cratès do Mallos, chef des grammairiens de Pergame, aurait, à cette occasion, engagé ses maîtres à perfectionner, faute de papyrus, la fabrication du parchemin ( charta pergamena), et deux savants nous apparaîtraient ainsi comme les promoteurs d'une concurrence commerciale qui devait tourner au profit de la civilisation, en multipliant, dans le monde conquis par les Romains, les matières les plus commodes et les plus durables que l’on ait connues pour la transmission de l’écriture jusqu’à la découverte du papier. Si tout cela n’est qu'une fable, avouons qu’il y a des fables qu’on aimerait à croire sans discussion.

Il est certain que, sur un terrain plus scientifique, Cratès et Aristarque représentent l’opposition des écoles de Pergame et d’Alexandrie. Cratès n’était pas un rival indigne d’Aristarque. U voulait que la critique fût la science do tout ce qui tient aux œuvres de l’esprit; il réservait le nom de grammaire pour cette connaissance toute matérielle du langage qui s’attache aux mots et aux syllabes. Le grammairien , disait-il. c’est le manœuvre; le critique, c’est l’architecte*. Ce qui nous reste aujourd’hui de Cratès3 ne répond pas à ces prétan-

( Paris, 1831), et l’excellent livre de M. G. -F. Schfimann, Die Lehre von dm Redttheile n nacK dm AUm, Berlin, 186i, tn-8».

1 Voir Boissouade, Anecdo/a (Irœca, I, p. 420; Tzelzès, Chlliades, XII, 347, 318.

* S. Empiricus, Contre les grammairiens, 1, 3, p. Ï3Ï, éd. de Fabricius.

* Voir le* prolégomènes de Villoison Mirl'/üade; le livre de Tbtersch

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lions. Dans la grande controverse sur l’antorité de l'usage et de l’analogie, controverse qui dure encore parmi les grammairiens , il avait pris parti pour l’usage, avec le stoïcien Chrysippe, contre Aristarque, défenseur de l’analogie; mais Varron lui reproche de n’avoir pas mieux compris la doctrine de Chrysippe que celle de sou adversaire1. On aperçoit plus d’érudition que de bon goût et de bon sens dans les fragments des autres ouvrages de Cratès et de son école, et ou ne peut guère s’empêcher de sourire quand un interprète d’Homère met gravement en présence, au sujet d’une variante légère dans le texte de Y Iliade, les deux phalanges commandées par Cratès et par Aristarque1. C’étaient là de graves intérêts dans les cours savantes où l’on chantait la chevelure de la reine Bérénice métamorphosée en astre, et où Lycophron devait sa fortune à son talent pour les anagrammes s. Croirait-on même que les puérilités ingénieuses qui , en Grèce , défrayaient quelquefois les cercles et les écoles, faillirent gagner un instant la gravité romaine? Cratès avait été envoyé par son maître en ambassade à Borne; il s’y cassa la jambe, et profita du séjour forcé qu’il dut faire dans cette ville pour y donner quelques leçons selon la mode des maîtres grecs de l'Orient. Il expliquait et corrigeait les ouvrages des grands poetes ; l’expérience réussit assez bien, et produisit même quelques imitateurs, aliis exemplo fuit ad imitandum, nous dit Suétone.

sur l’Age el la patrie d' Homère, où il défend l'opinion de Craies sur ce Sujet ; enfin te recueil des fragments de Cratès dans Wegener, livre cite, p. 132, el suivantes.

’ De Lingua lalina. IX, l, éiiit. de Müllcr. Comparer, le livre de Lersch, cité plus haut, première partie.

* Scholies de Venise sur l 'Iliade, lit, 175 : I.’Ecole de Cratès lisait “*a, les autres, w*.

3 lliographie anonyme de Lycophron. Dans le nom nroXijuis; il avait trouvé àm u.emto; (du miel ou de miel); dans celui d’ÀpmvoV,, Uv fipa; (violette de Juuon). Ne dirait-on pas qu’il y avait dans quelque faubourg d'Alexandrie du liOtel de Rambouillet ?

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