‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 57 sur 153 · VI. AKMTAHOtJE · texte numérisé non relu

VI. AKMTAHOtJE

Quoi qu'il on soit, comme toutes les réactions violentes, celle de Ptolémée Physcon n’eut pas d'effets durables. Alexandrie 96 repeupla bientôt de philologues, de géomètres, de médecins et de philosophes. A défaut d’une postérité digne de lui , Aristarque laissait de nomhreux élèves qui perpétuèrent sa gloire en continuant la tradition de ses doctrines. Les anciens en ont compté jusqu’à quarante : on en peut citer aujourd’hui encore une dizaine, parmi lesquels so placent, au premier rang, Ammonius, qui lui succéda dans la direction de son école; Apollodore, dont il nous est parvenu un bon abrégé démythologie et des fragments dignes d’intérêt; Moschus de Syracuse, poète élégant, qui forme avec Théocrite et Bion la pléiado.des écrivains bucoliques en Grèce.

Lorsque l’auteur du Trait/': sur le sublime écrivait :# La critique littéraire est le dernier produit d’une longue expérience % » il semblait dire, pensant à ^Aristarque, qu’un moment vient, dans les littératures, où la raison et le goût jugent en dernier ressort les œuvres de l’esprit et leur assignent un rôle invariable dans l’estime de la postérité. Ce travail n’est pas aussi simple, et ces jugements sont moins définitifs que les anciens n’aimaient à le croire. Bien des essais avaient préparé l’œuvre d’ Aristarque, et celle-ci, à son tour, a provoqué des contradictions. Le temps a fait naître pour la critique des problèmes nouveaux. L’éloquence, la poésie, ont trouvé d’autres lois, subi d’autres conditions à travers les vicissitudes de la société grecque. Les horizons du goût se sont tour à tour élargis ou resserrés selon les passions littéraires de chaque jour. Les

i ctigp, vi : Û tûv Ao'fuv xsiaic ttgaXt,; ion WRpu ttXwtatr» ifiviTu.*.

ABISTARyi'E.

lettres grecques, puis les lettres latines, ont eu leurs périodes alternatives de fécondité et de lassitude, d’inspiration et de stérile patience, de naturel et de recherche. La querelle, maintenant assoupie, chez nous , des romantiques et des classiques, est plus vieille qu’Aristarque, et s’est plus d’une fois réveillée après lui : ce serait, dans l’antiquité seulement, l’objet d’une élude curieuse, qui remettrait en présence, non plus les droits d’Homère ou de Sophocle jugés plusieurs siècles après leur mort, mais les prétentions d’écoles contemporaines et rivales se disputant l’honneur des bonnes théories et des saines pratiques. Du milieu de ces débats, une vérité ressortirait avec évidence, c’est que tôt ou tard, moins par le génie des hommes qne par le travail des siècles , le bon goût triomphe dans les jugements du public. On raconte qu’un poète épique d’Alexandrie faillit être classé, dans le Canon, auprès d’Homère. Aristophane et Aristarque s'abstinrent toutefois, parce que ce poète était vivant ; il avait des amis sans doute, et de nombreux prôneurs. La postérité l’a laissé soüs le vestibule du temple où brille la statue d’Homère • il se nomme Apollonius de Rhodes*.

1 Quinlilit'u, Inslil. oral., x, l, § 5i ; cf. Weichert, Apollonius von Rhodus (1821), p. 88.

Page 1