‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 65 sur 153 · IX. DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

IX. DE LA PHILOSOPHIE

l’expression élémentaire et primitive de cette science qui s’appela plus tard la morale. Comme l’observation du caractère des hommes et la sagesse pratique se développent, chez un peuple, dès ses premiers progrès dans la civilisation, on ne s’étonnera pas de rencontrer déjà dans Homère l’usage assez fréquent de ces sentences philosophiques. Mais ce n’est qu'à un second âge de la poésie grecque, dans Hésiode, que les sentences deviennent à elles seules la matière de poèmes distincts; les Œuvres et les Jours sont le plus ancien exemple d'un poème didactique. Dans l’ouvrage môme d’Hésiode se trouvent encore réunis deux éléments de nature fort différente, les règles relatives à la vie matérielle et les conseils moraux. Ces derniers, à leur tour, formeront plus tard le poème, à proprement dire, grtomique, illustré par Solon, Phoeylide et Théognis. Avec quelques autres écrivains moins célèhres, ces trois poètes représentent pour nous une école qui s’étepd depuis le septième siècle jusqu’au commencement du cinquième avant notre ère, et à laquello il faut rattacher, quoiqu’ils n'aient pas tous été des écrivains ni même des philosophes pratiques, les sages de la Grèce, espèce de magistrats ou législateurs qui nous offrent de la sagesse primitive une image à la fois aimable et sévère.

Renfermée dans les limites que nous venons de tracer, la philosophie sentencieuse embrasse encore un domaine assez large. Elle louche à plusieurs autres genres, à l’hymne religieux, à la politique, à la haute physique, à la satire. Ainsi il y a daDS Solon une invocation aux Muses; dans Théognis, une prière à Jupiter, une à Phébus, une à Castor et Pollux, prières ordinairement terminées par des pensées morales, mais dont quelques vers rappellent encore cet élan de poésie religieuse qui distinguo les hymnes homériques. Les dieux d'ailleurs n’y sont pas toujours invoqués avec confiance ; c’est quelquefois le doute, ou même un sentiment voisin du désespoir qui a inspiré ces naïves invocations. Quelquefois

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aussi le scepticisme des gnomiqups s’exprimo moins directement par une explication toute rationnelle des phénomènes dp la nature et des événements du monde. On voit que les grands poèmes cosmogoniques de Parménide et de Xénophano vont bientôt inaugurer en Grèce cette philosophio qui, sans nier ouvertement les dieux païens, no voyait plus en eux que des symboles populaires des forces de la nature. Tout se débrouille et s’organise en quelque sorte, dans ce siècle de science et d'activité curieuse : naguère confondues dans l'unité épique, les connaissances humaines n'ont pas encore de limites bien définies ; la division des genres commence pourtaut à devenir sensible, et l’on devino que dans deux siècles Platon et Aristote la pourront analyser dans leurs savantes théories des œuvres de l’esprit.

D'un autre côté, la poésie gnomique se rattache bien souvent à la politique. De leurs préceptes généraux sur les conditions du bonheur public, Solon et Théognis, hommes d’Etat, mêlés gux événements publics de leur patrie, passent bien vite à des souvenirs personnels; et ce que, par habitude, flous appelons toujours leurs sentences, ressemble fort à des fragments de mémoires en vers. Voilà comment Théognis est pour nous un témoin précieux des révolutions de Mégare, pay exemple lorsqu’il résume en quelques traits énergiques la loi trop fatale qui fait passer les peuples de l'extrême licence au joug d’un tyran : « Cyrnus, cette ville est grosse, et je tremble qu’elle n’enfante quelque redresseur de nos foljes passions. Car les citoyens sont encore sains d’esprit ; mais les chefs sont hommes à donner dans toute espèce dp crimes , etc. 1 ; » ou lorsqu’il insiste à plusieurs reprises sur les avantages de la modération, du juste milieu ?. Voilà comment Plutarque a pu puiser dans les vers mêmes de Solon

1 Vers 699 et suiv., qui rappellent une célèbre page de Platon sur les dangers de la démagogie et de la liberté sans frein.

* Vers 675,681, 690.

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