‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 67 sur 153 · IX. DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

IX. DE LA PHILOSOPHIE

lant plus spécialement de la vie politique : « Dans les grandes affaires, il est difficile de plaire à tout le monde. »

Cette poésie de courte haleine, si l’on peut dire ainsi, et par là bien appropriée à la musique simple et grave qui en faisait l’accompagnement ordinaire (Voir Théognis, vers 247), a pourtant çà et là des inspirations plus fécondes, qui donnent au vers élégiaque, alors d’invention nouvelle, une force et une chaleur dignes de Callinus et de Tyrtée ; on en peut juger par le morceau suivant de Solon :

« Nobles filles de Mnémosyne et de Jupiter Olympien, Muses du Piérius, écoutez mes prières : Faites qu’avec le bonheur qui vient des Dieux j'obtienne l’estime qui vient des hommes ; que, doux envers mes amis, dur à mes ennemis, je sois aimé des uns et redouté des autres. Je souhaite la richesse, mais je ne veux pas jouir d’une richesse injuste : tôt ou tard viendrait le châtiment. La richesse que donnent les Dieux repose et grandit sur une base inébranlable; celle que poursuit l’homme, celle qu’il acquiert par la violence et malgré la loi, suit à regret l’injuste qui l’attire à lui. Bien vite le malheur s’y mêle, petit d’abord comme l’étincelle qui commence un incendie; mais, un jour, vient l’amertume. Les œuvres de la violence durent peu ici-bas. Jupiter veille pour que tout ait sa fin. Quand le zéphyr du printemps dissipe soudain les nuages, et qu’après avoir soulevé jusqu’au fond les flots de la mer bondissante, il vient ravager les belles œuvres de l’homme sur la terre nourricière du blé, et que, s’élevant au ciel jusqu’à la demeure des Dieux, il rend à nos yeux la pure couleur de l’éther, alors éclate et brille le souffle ardent du soleil, et l’œil ne découvre plus un nuage. Telle est la justice de Jupiter, non pas cruelle pour un seul, comme celle de l’homme. Jamais ne lui échappe celui qui cache au fond de son cœur une mauvaise pensée ; tôt ou tard, il faut qu’elle voie le jour; seulement, l’un paye aujourd'hui, celui-ci dans un autre temps. Ou bien il échappera lui-même, et la ven-

geance des Dieux qui le poursuit ne l’atteindra pas, mais elle arrivera pourtant à son heure, et la peine méritée tombera sur ses enfants ou sur leur postérité. » C’est la docrine même de Plutarque dans son livre célèbre sur les Retards de la vengeunce divine , dont quelques pages semblent dérobées a la prédication chrétienne. Un trait, au commencement de cette magnifique tirade, montre des mœurs encore bien voisines de la barbario héroïque. Théognis répète avec Solon le conseil de rendre à notre ennemi haine pour haine : « Sache tromper l’ennemi par les paroles; une fois sous la main, sache le punir sans écouter d’excuses » (vers 431). Et il revient plusieurs fois sur cette sauvage maxime dont il varie seulement la forme (vers 605, 795, 829). Heureusement pour l’honneur de la Grèce, parmi les sentences attribuées aux sept Sages, il y en a de plus humaines sur le même sujet. Déjà Théognis semble revenir à des sentiments moins cruels, quand il nous commande de ne point rire d'un ennemi, s’il est honnête, et de ne point louer un ami malhonnête (vers 672). En général, il ne veut pas qu’on se moque des malheureux (vers 427). Avec tous les hommes de son siècle, il reconnaît d’ailleurs la souillure originelle de l’esclavage, et n’admet point qu’un fils libre puisse naître d'un père esclave (vers 845). Incrédule, nous l’avons vu, à Wgard delà providence de Jupiter, il croit à la divination (vers 229, 230); doutes et préjugés qui remontaient bien haut dans l’histoire et qui devaient durer bien longtemps encore. Telle est aussi la doctrine du tyrannicide, si souvent discutée chez les modernes, et qu’on s’étonne de voir encouragée par un distique de Théognis que contredit, il est vrai, un distique voisin *. 11 est un autre mal, ignoré de la Grèce héroïque, et dont Solon parle avec une

1 Voyez vers 1147-1 ISO; M. Welcker range ces sortes de contradictions parmi les napuîiou. Qui sait si la pensée du politique philosophe n’a pas un peu hésité sur ce point comme sur quelques autres?

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