I. APKRÇr GENERAI
dir un peu sur l'immensité de sa tâche, de la chérir sain la mesurer, de compter beaucoup sur vos sympathies pour l'ancienne Grèce, et plus encore sur votre indulgence pour son trop indigne interprète.
S’il est, messieurs, un grand spectacle pour l’esprit de l'homme, c’est celui de la vie d'une langue, de ses transformations, et des influences diverses qu’elle a pu exercer ou subir.
S’il est une création vraiment neuve dans nos littératures, c’est celte histoire môme.
Enfin, s’il est une langue dont les destinées soient à jamais intéressantes pour la critique européenne, et surtout pour la critique française, c’est celle d’Homère, de Démosthène et de saint Basile.
Ainsi considérée sous tous les points de vue, l'étude de la langue et de la littérature grecques abonde en intérêt comme en difficultés de tout genre, double sujet pour moi de craintes et d’espérances.
J’ai dit, messieurs, que l’histoire philosophique et littéraire des langues est une création dont l’antiquité n’a pu fournir le modèle. En effet, la Grèce elle-même, cette patrie de toutes les sciences, ne compte pas, avant les temps modernes, un seul historien, ni de sa propre langue, ni des langues étrangères.
La Grèce pourtant avait vu périr autour d’elle bien des nations et vieillir bien des idiomes, mais sans tirer de ce spectacle les enseignements qu’on y cherche aujourd'hui, Si elle gardait encore un lointain souvenir des Pélasges, premiers habitants du sol hellénique, elle méconnaissait leur langue et les rangeait parmi les Barbares. Plus près des temps historiques, elle avait vu naître, s’élever et tomber le royaumo de Cyrus, l’un des plus grands et des moins éphémères que mentionnent les annales de l’Asie. Mais sur le tombeau de la dynastie Achéménide. une langue avait-elle
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survécu avec la religion «dont elle était l’interprète, ou hien tout s'était-il éclipsé devant les triomphantes lueurs du génie macédonien? A quelle source remontait celle sagesse des mages, où puisèrent, dit-on, quelques-uns des fondateurs de la philosophie grecque? Leurs contemporains même n'auraient pu nous l’apprendre. L'esprit de nationalité élevait de trop fortes barrières entre l’Orient et l’Occident. L'érudition des Ctésias s'arrêtait presque au littoral du continent asiatique et comme à la superficie de ses traditions indigènes : elle ne voyait dans la Perse et dans l’Inde que la matière des triomphes d’Agésilas ou d'Alexandre. .
Même indifférence pour l'Egypte, après comme avant la conquête macédonienne. Il semble que tout dut engager les philologues «l'Alexandrie à comparer la savante simplicité de leur alphabet avec les procédés si multiples de l’écriture égyptienne. Eh bien , qu’a produit ce continuel mélange des deux peuples durant huit siècles, toute cette industrie grammaticale et philosophique du Musée? A peine quelques manuels, quelques traités purement pratiques à l’usage des curieux ou des traducteurs. Que n’eussent pu faire cependant les ingénieux disciples d'Aristarque et d’Ammonius, si, au lieu d’étendre par des subtilités le domaine de leur science, ils eussent cherché à pénétrer quelques-uns de ces mystères historiques dont la clef n’était pas encore perdue !
Plus cruel peut-être et plus imprévoyant, le patriotisme romain ne recueillait sur les champs de bataille que les armes utiles à ses futuros victoires Après avoir inscrit sur les fastes triomphaux les noms de tant de villes florissantes, il proscrivait leur langue et laissait dormir sous la poussière les monuments de leur civilisation, oubliant que plusieurs de ces peuples avaient contribué pour une part à la langue, au culte, à la poésie primitive de leurs vainqueurs, et que les frapper ainsi, c’était attenter à sa propre gloire. Ni la religion. ni l’intérêt politique ne purent lutter efficacement