‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 8 sur 153 · I. APEBÇl' GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

I. APEBÇl' GÉNÉRAL

contre cette superbe négligence quUcompromettait jusqu'aux monuments nationaux. Transcrits de siècle en siècle sur le . marbre ou l’airain, les vieux rituels n’étaient plus compris, môme au sein du sanctuaire, et Polybe ne trouvait pas sans peine un Romain assez habile pour lui expliquer les plus anciens titres des relations de Rome avec Carthage. Ce furent les Grecs qui apprirent à leurs maîtres l’art conservateur des lexiques et des commentaires, et lorsque parurent les premiers interprètes des Douze-Tables et des chants Saliens, il était bien tard déjà pour renouer le fil d’une tradition trop longtemps dédaignée. Aussi l'on se demande comment, au dernier siècle de la république, Varron pouvait écrire les Origines de la langue latine, et, malgré le respect qu’inspire , sa vaste érudition, on se surprend à craindre que ce travail ne fût déjà presque impossible le jour où un tel savant osa le concevoir.

Il a fallu, messieurs, d'immenses révolutions ; il a fallu deux mille ans d’expérience, avec quelque chose des pieuses leçons du christianisme et le sentiment de la fraternité humaine, pour créer cette critique moderne qui voit dans les arts en général, et surtout dans l’art de parler, une des plus grandes merveilles de notre nature, dans leur histoire la plus réelle psychologie, la plus véritable image dos vicissitudes intellectuelles et morales d’une nation.

Malheureusement ces grands et nobles principes'n'ont pris possession de la science qu’à une époque où les inondations de la barbarie avaient accumulé d’irréparables ruines ; mais, par une trop juste compensation, à mesure que le temps dévorait les monuments et les livres, la critique s’armait d’une méthode plus sûre et plus rigoureuse, et, croissant de puissance avec les difficultés, elle a fini par tirer des moindres, parcelles d’une langue détruite autant ou plus de lumières que la critique ancienne n'en eût fait sortir des monuments les plus intacts.

DE LA LITTÉBATI RE GRECQIE. 21

Grâce à ces progrès d’une science qui mûrit sous nos yeux avec une étonnante rapidité, le problème des origines et des premières vicissitudes de la langue grecque, longtemps débattu sans succès par l’érudition aventureuse des Saumaise et de leurs successeurs, et qu'avant notre temps un seul homme peut-être, l illustre Fréret, avait su bien comprendre, semble arriver enfin depuis quelques années au moment d’une véritable solution.

Déjà on peut affirmer que sur un fonds unique et pauvre se sont développés les différents dialectes que nous trouvons tous établis sur la terre hellénique à l’époque où commence pour nous son histoire littéraire ; bien plus, on peut établir entre eux un ordre de succession et d’affinité. Nous savons qu’après ce vieil hellénisme, identique peut-être avec l’idiome des Pélasges, il faut placer au premier rang l’éolien, dialecte grave et sévère auquel la langue latine se rattache par les liens d’une intime parenté. La rareté des aspirations, cette conjugaison simple et savante, cette majesté quelque peu monotone des voyelles ouvertes, cet accent qui n'affecte jamais la dernière syllabe, tempérant ainsi par un repos toutes les intonations de la voix, conviennent bien au naïf caractère d’une civilisation naissante, et, avec les débris épars dans les grammairiens, avec cette poussière de lexique, si je puis dire ainsi, l’imagination aime à recréer quelques-uns de ces chants primitifs dont le hasard a sauvé en Italie de précieuses lignes, et dont, sur un autre sol, les Védas de l’Inde nous rendent aujourd'hui les antiques formules.

Déjà plus éloigné de ces formes synthétiques, dont la régularité augmente à mesure que nous approchons du berceau des langues européennes, le dorien joint à cette empreinte des vieux âges celle d'un âge nouveau. Par ses inflexions grammaticales, par l’harmonie de sa prose grave et lente, il rappelle les sévères proportions des temples de la Sicile, il répond aux traits énergiques de la race dorienne, si fortement

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