INTRODUCTION A L'ÉTUDE DES HISTORIENS GRECS
elle a subi le contact et l’influence d’un esprit étranger \ Là ce sont les Chinois, esprits singulièrement jaloux d’exactitude, habiles et scrupuleux à compiler et à classer des souvenirs, mais qui n’ont jamais pu s’élever au-dessus d’un certain art de compilation et de sèche classification par ordre chronologique, au point que nul savant européen n’a jamais cru qu’il fût possible do nous faire supporter, dans une traduction proprement dite, la lecture de quelqu’une de ces encyclopédies historiques composées par les écrivains chinois ’.
Entre ce luxe d’une poésie qui envahit tout et cette sécheresse d’une exactitude qui n’admet ni l’explication philosophique, ni la peinture animée des caractères et des événements, les Grecs seuls, et d’après eux les Romains, nous ont appris à tenir un juste milieu ; seuls ils nous ont appris à considérer l'histoire comme l’union de la science et do l’art dans l’expression des faits successifs de la vie de l’humanité.
Du fond môme des temps fabuleux, Hésiode fait luire pour nous cette idée dans un poème qui résume les plus anciennes phases de la nature animée. La Théogonie est le tableau d’une série de générations divines et de révolutions par lesquelles le monde est sorti du chaos primitif pour s’organiser sous des dieux et des héros de plus en plus dignes, par leur intelligence comme par leur force, de gouverner la race humaine. Si grossière encore que soit l’unité de ce
i Voir là-dessus un excellent résumé des opinions des plus habiles indianistes (dans le Journal des Savants d'août 1861, p. 463 et suiv.J par M. Barthélemy Saint-Hilaire.
* Voir, sur l'historiographie chinoise, les observations de M. Ed. Biot, dans la Hevue française de février 1838, et surtout V Examen critique des Annales chinoises , par M. de Guignes (t. XXXVI du Recueil de l'Academie des belles-lettres), mémoire dont une partie est reproduite dans la préface de l'édition française du Chou-King, par le même savant, Paris, 1770.