XII. INTRODUCTION A U’ÇTUWÎ
poëmo, et si troublée qu’elle nous semble par des interpolations de dates fort diverses, on n’y peut méconnaître, au moins à l’état de vague intuition, ce qui sera un jour le vrai génie de l’histoire. Pour que ce génie apparaisse avec toute sa force, il faut encore que la civilisation hellénique se développe et s’affermisse par la réflexion et par l’acquisition de ces instruments d'étude et de publicité sans lesquels nulle science ne s’organise et n’assure ses progrès. Le sixième siècle avant Père chrétienne est l’époque la mieux caractérisée du débrouillement fécond qui fit passer la science d’abord toute poétique des Hellènes à un état plus réfléchi, bion que poétique encore. C’est durant cette période que l’on voit apparaître les premiers écrits en prose et, sous cette forme, les premiers systèmes philosophiques vraiment dignes d’un tel nom. Un peu après, la géographie et la chronologie deviennent des sciences distinctes et précises, au service de l’his-, toire ; bientôt elles s’appuient elles-mêmes sur les premières conquêtes de l’astronomie. La période qui voit s’accomplir ce changement dans la vie intellectuelle des Hellènes, voit paraître aussi toute une écolo d’écrivains qui rédigent en prose les vieilles traditions et qui, en même temps, les contrôlent et les épurent déjà par une sorte de critique. La science dq ces logographes s’appelle histoire, et l’histoire, au sens primitif de ce mot dans la langue grecque (iqTepi*), c’ost l’information, c’est la recherche intelligente de la vérité. Ouvrons le livre d’Hérodote, et, dès la première page, constatons, sous la naïveté de cette prose encore un peu inhabile, l’importante nouveauté qu’elle inaugure dans les annales de l’esprit humain.
' « Hérodote d’Halicarnasse raconte ici ce qu’il a appris, afin quo les actions des hommes ne soient pas effacées par le temps, et que les grands et merveilleux faits accomplis tant par les Grecs que par los barbares ne restent pas sans gloire;
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DES HISTORIENS CRKCS. 319
puis aussi la raison pourquoi ils se sont fait la guerre entre eus.
« Or, les habiles d’entre les Perses disent que les Phéniciens, etc. »
Et le voilà qui poursuit l’oxposé de tous ces dires, recueillis par lui dans ses voyages, pour en dégager de son mieux la vérité sur les hommes et sur les choses. Rien de plus simple pour le style, rien de plus sérieux pour le fond que la méthode et l’art de celui qu’on appelle à bon droit le père de l'histoire. Observer et interroger, puis juger la valeur des observations recueillies et des témoignages, l’histoire est là tout entière. Elle va prendre une sorte d’autorité plus sévère sous la main de Thucydide, co contemporain d’Hérodote, qui semble si loin de lui par la science du langage et par une profondeur d’analyse philosophique déjà voisine de l’affectation.
« Thucydide d’Athènes a écrit la guerro qui eut lieu entre les Lacédémoniens et les Athéniens; il avait commencé dès qu’elle prit naissance, comptant bien qu’elle serait importante et plus digne de souvenir qu’aucun événement antérieur, et fondant cotte conjecture sur ce que les deux peuples s’y trouvèrent en tout au plus haut de leur puissance ; voyaut, d’ailleurs, le reste de la Grèce ou déjà se partager entre eux ou s’y préparer ; et, en effet, ce fut le mouvement le plus considérable qui ébranla les Grecs, plusieurs peuples barbares et, pour ainsi dire, la plus grande partie du monde. Car les événements précédents ou plus anciens encore étaient difficiles, il est vrai, à bien connaître, à cause de la distance des temps. Mais si je dois me fier à des conjectures, en portant le regard aussi loin que je puis, il n’y avait jamais rien eu do Considérable ni dans la guerre ni dans le reste.,... » Après plusieurs pages d'un examen des faits qui est uu vrai chefd’œuvre de critique, l’auteur se résumo ainsi ; u D'après les preuves qui précèdent, on ne se trompera guère en jugeant k