‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 72 sur 153 · XII. INTRODUCTION A L’ÉTUDE · texte numérisé non relu

XII. INTRODUCTION A L’ÉTUDE

peu près comme moi les événements que j’ai parcourus, au lieu de croire ce qu’en répètent les poètes, qui les exagèrent et les embellissent, ou les traditions recueillies par les logographes, plus curieux d’intéresser un auditoire que de l’instruire, traditions sans preuve, et qui, d’ailleurs, altérées par le temps, tournent à l’invraisemblance et à la fable. On pensera que, pour une telle ancienneté, ces événements sont assez bien établis sur les preuves les plus évidentes. Quant à la présente guerre, quoique les hommes regardent d’ordinaire celle qu’ils font dans le moment comme la plus importante, l’examen des faits eux-mêmes suffira pour montrer qu’elle surpassa vraiment toutes les antres.

« Les divers discours prononcés soit avant, soit pendant la guerre, il était difficile d’en rapporter les paroles avec exactitude, soit que je les eusse entendus, soit qu’on me les eût transmis de quelque part ; du moins ai-je fait parler chacun d’après ce qu’il avait dû dire en chaque circonstance, et je me suis tenu le plus près qu'il était possible de la pensée des discours qui furent prononcés. Quant aux actions de ceux qui prirent part à cette guerre, je n’ai pas voulu les écrire sur les témoignages du premier venu, ni comme elles me semblaient probables. Mais, que je les connusse par moi-même ou par d’autres, j’ai voulu les vérifier également avec toute l’exactitude dont j’étais capable; et ces recherches ont été pénibles, car les divers témoins d’un fait ne le racontent pas de la même manière, mais chacun suivant ses inclinations et ses souvenirs.

« D’ailleurs, l’absence des fables rendra mon récit moins agréable à entendre. Mais si ceux qui voudront y chercher la vérité pour le passé, et, autant qu’elle est permise à l’homme, une conjecture vraisemblable de l’avenir, jugent ce livre utile, je serai content. C’est ici un monument à toujours, non pas une pièce de concours, une œuvre de circonstance. »

DES HISTORIENS GRECS. 321

Grande est sans doute la différence entre ce style sévère et l’ingénieuse aménité du ton d’Hérodote; au fond, la doctrine est la môme, et elle changera peu depuis ce temps jusqu’au dernier déclin des lettres grecques. Tel prétendra, comme Ephore, à embrasser dans le plan de son histoire une plus grande partie des nations connues ; tel autre, comme Diodore, ne craindra pas d'appeler son livre une Bibliothèque, c’est-à-dire une sorte d’encyclopédie historique. Par une autre innovation dont il est bien fier, innovation pourtant plus apparente que réelle, Polybe voudra donner à l’histoire un surcroît d’intérêt politique et philosophique, en creusant, pour ainsi dire, dans les choses humaines avec une conscience plus inquiète, mais non plus attentive ni plus pénétrante que celle de Thucydide. Après avoir longtemps abandonné aux rhéteurs le soin de donner des préceples sur Part historique on écrira sur ce sujet des traités spéciaux *; on en écrira sur les mensonges de l'histoire 9, sur les choses que les orateurs ont dites conformément ou contrairement à t histoire *. La science sera mieux constituée, plus méthodiquement armée, si je puis dire, contre l’erreur; mais, au fond, rien ne sera notablement changé dans la manière de rechercher, de comprendre et d’exprimer la vérité des faits. Nous pouvons descendre plus loin encore et jusqu’à la veille des temps modernes. Au temps de Dante et de Pétrarque, un annaliste byzantin, un écrivain d’ailleurs médiocre de cette école où lutte, en une confusion bizarre, la rudesse des

1 Cicéron, de Oratore, il, 15. Cf. Spengel, Artium scriptores, p. 185.

s Ouvrages perdus de Démocrile. de Métrodore de Scepsis, de l'raxipbane, de Théodore de Gadare, antérieurs (excepté le dernier) à Denys d’Halicarnasse, qui d'ailleurs atteste ( Jugement sur Thucydide, cbap. l) avoir eu des prédécesseurs.

3 Apollonide ou Apollonius. Voyez Muller, Fragmenta Hisl. grœc., iv, p. 312.

4 Ouvrage de Cécilius, rhéteur sicilien, contemporain de Denys d’Haücarnasse, et qui avait aussi' écrit un livre sur l'Histoire.

Page 1