XII. INTRODUCTION A L'ÉTUDE
cités, depuis la constitution d’Athènes jusqu’à celle de Carthage, c’est-à-dire, notez-Je bien, jusqu’à celle d’un peuple étranger par ses origines à la race des Hellènes et qui lui resta si longtemps étranger par sa vie politique et religieuse. Cicéron, qui avait ce livre sous les yeux, y trouvait toute l'histoire politique du monde grec et du monde barbare, non Grteciœ solum , sed etiam Barbariœ'. Quelle variété d’expériences présentaient tant de races, tant de génies divers dans le développement du municipe ou du grand Etat ! Quelle richesse de faits cette compilation n’avait-elle pas rassemblée sous l’œil de l’observateur ! Et n’était-ce pas là une préparation bien solide au grand ouvrage du môme auteur, que nous lisons encore, à la Politique , véritable esquisse de la science que notre siècle est si jaloux de constituer sous le nom de philosophie de l’histoire?
Si la tradition de la science et de l’art grecs transmis à nous par les Romains forme le véritable fond et fixe comme la discipline de l’esprit historique chez les modernes, s’ensuit-il que ces derniers ne doivent rien à leurs propres efforts et qu’il no leur reste rien de mieux à faire que de suivre docilement la trace des historiens grecs? Nous sommes loin de le croire.
Et pour la connaissance des faits et pour l’art, l’histoire a fait ou tend à faire entre nos mains quelques progrès.
Pour la connaissance des faits, de vastes horizons se sont ouverts devant nous, dans l’ancien monde mieux connu, dans le nouveau monde découvert, enfin dans l’étude, devenue historique, de la planète que nous habitons.
> De Finibus, V, 11.
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DES HISTORIENS GRECS
J’ai dit dans le monde ancien mieux connu. Et, par exemple, faire entrer les langues parmi les témoignages réguliers de la vie des peuples, les étudier méthodiquement à ce point de vue, c’est une grande nouveauté dont s’honore avec raison la science moderne de l'histoire. Après l’extension, chaque jour plus féconde, de nos connaissances géographiques, c’est une grande nouveauté que la critique savante qui, parmi les ruines amonçelées sous la terre que nos pieds foulent, dégage chaque jour les débris de générations perdues, et les interprète comme autant de médailles frappées à l’empreinte des antiques révolutions de la nature avant l’apparition de l’homme.
De tout cela, sans doute, les Grecs et les Romains ont su bien peu de chose : tel voyageur avait observé avec surprise dans les carrières de Syracuse l’empreinte du corps d’un poisson, et il y avait admiré un jeu singulier de la nature ; tel autre, voyant déterrer des ossements énormes, ne trouvait d'explication à ce mystère que dans las fables qui donnent pour contemporains à nos premiers pères des monstres de forme bizarre et de taille gigantesque.
Quant aux langues, les Grecs se sont à peine essayés dans l’art délicat de les comparer entre elles pour en déduire quelque vérité philosophique ou historique. Ni les différences profondes entre deux idiomes ne paraissent les avoir séduits à un parallèle entre le génie des peuplas qui les parlaient, ni les ressemblances ne leur avaient révélé, si ce n’est en de bien rares occasions, la parenté des races par celles des lexiques et des grammaires’. Encore la Grèce, à cet égard, n’at-elle péché que par négligence ; les torts de Rome sont plus graves encore. Dans l’histoire des conquêtes et des colonies helléniques, on ne trouve rien de pareil à cette oppression systématique des nationalités qui caractérise l’occupation ro-
1 Voir noire Mémoire sur Apollonius Djscole, chap. h, § I.