XV. SUR QUELQEBS TEXTES INÉDITS
texte plus ou moins complet que celui qu’il commentait luiinême. Toutes les copies dont ces divers témoignages constatent l’existence étaient donc uniformes , sauf d’insignifiantes variétés qu’explique assez l’inattention des copistes ; aucune-de ces copies ne contenait donc les exercices retrouvés par M. Cougny, et dès lors il faudrait plus que l’analogie ou l’identité des sujets, pour nous induire à croire que ces quatre morceaux aient jamais fait partie des Progymnasmata d’Aphthonius.
Mais, sans leur attribuer une telle date et une telle origine, on peut les juger dignes encore d’être recueillis et publiés avec soin. Une fois la méthode d’Hermogène admise dans les écoles, il a dû circuler beaucoup de ces modèles de composition à l’usage des maîtres et même des élèves ; les recueils des sophistes Libanius et Nicolaüs en sont une preuve. Dans les manuscrits même de Doxopatris, il s’est glissé jusqu’à cinq modèles de Progymnasmata qui ne paraissent pas être de la main de ce professeur1. Le même sujet, comme dans les Suasoriœ et les Controversiœ des écoles romaines, était sans cesse remanié par de nouveaux rhéteurs. Les derniers venus dans cette innocente arène n’étaient même pas toujours les plus malheureux. On remarque dans presque tous ces morceaux une élégance d’assez bon goût, et, quand le sujet le comporte, une certaine gravité digne des beaux temps de la Grèce. Aussi le style seul ne suffit guère à dater des écrits de ce genre. Il y en a tel du quinzième siècle qui peut sembler du temps de Libanius ou même d’Hermogène ; on y sent à peine l’effort d’une imitation savante : tant il était facile pour les Grecs lettrés d’écrire purement leur langue antique, surtout quand ils l’appliquaient aux idées les plus banales de la science ou de la mythologie païenne. Ces ré-
1 Walz, tthet. grœci, t. II, p. 3*8, 366, *76, *91, 508. Je m'étonne que M. Walz, dans sa préface, se soit précisément appuyé sur l'un de ces textes pour déterminer l'&ge où a vécu Jean Doxopatris.
DES RBÈTEl'RS GRECS.
flexions m’entraîneraient bien loin si je voulais m’y livrer. Car je pourrais signaler, jusque dans les déclamations de l’école sur des sujets chrétiens *, cette élégance soutenue de l’atticisme ; et comment ne pas suivre avec intérêt ce flot pur de la langue de Démosthène qui traverse ainsi tout le moyen âge, sans presque se corrompre au contact de tant de langues et d’idées étrangères? Comment ne pas chercher sous la perpétuité d’une belle langue quelque chose de la perpétuité de l’esprit grec, de cet esprit qui s’est toujours et partout obstiné à vivre ou à revivre, et qui, aujourd’hui, secoue si énergiquement les souvenirs de la barbarie et de la servitude, pour se rattacher aux plus belles traditions de l’antiquité.
Mais il faut que je m’arrête, car c’est à M. Cougny qu’il appartient de publier avec un juste commentaire les textes qu’il a découverts 1 ; je me proposais seulement ici d’apprécier sa découverte, et de montrer une fois de plus que les bibliothèques de nos villes de province, fouillées avec zèle et intelligence, peuvent fournir encore d’utiles matériaux à l’étude des littératures anciennes.
' Voyez dans le recueil de Waiz, 1. 1, p 494, les chapitres des Progymnasmala de Nicéphore où un discours d’Adrasie. devant Thèbes est suivi d’uu discours de Marie, mère de Jésus, après le miracle de l'eau changée en vin. On trouve, à la suite, plusieurs sujets empruntés à l’ancien et au nouveau Testament.
* Cette publication est commencée dans le journal même qui avait publié les observations qu'on vient de lire (IMS).