XVI. SUR LA COLLECTION
autre échantillon de l’éloquence impériale Ces textes ne sont pas, d’ailleurs, les seuls que l’on puisse encore ajouter au recueil. Je trouve encore dans le commentaire d’Asconius, sur la Milonienne de Cicéron, un fragment d’éloquence tribunicienne, emprunté, sans doute, comme tant d’autres du même genre, au Journal du peuple romain. Ce sont quelques mots prononcés devant le peuple après la mort de Clodius, par Q. Pompeius Rufus *, un de ses amis : « Milo dédit quem in Curia cremaretis ; dabo quem in Capitolio sepcliatis » (p. 51 , édit. Orelli). y
Il peut sembler puéril, au premier abord, de rassembler religieusement d’aussi minces débris ; mais leur ensemble offre en réalité un vif et sérieux intérêt. Ils nous font comprendre les formes et les applications diverses du talent de la parole dans une démocratie, sous un gouvernement monarchique.Comment parlait un censeur, comment un consul, comment un tribun, comment un empereur, voilà ce que Cicéron, Pline le Jeune et Symmaque ne nous montreraient pas bien, si à leurs ouvrages on ne joignait, en les classant avec soin, les ligues éparses de tant d’autres orateurs dont nous ne possédons plus un seul discours complet. Les noms même d’orateurs, quand on n’y pourrait rattacher aucun fragment, ne sont pas cependant inutiles à recueillir. Ils marquent la tradition des études et du talent. Fronton, au commencement du deuxième siècle de notre ère, comptait près de trois cents orateurs romains \ Etendue jusqu’à Symmaque, la liste de
i I.. Renier, Inscriptions romaines de l’Algérie, n° 5.
3 Ce Q. Pompeius Rufus est en même temps un nouveau nom pour la liste de M. Meyer. Il faut le bien distinguer de Q. Pompéius Rufus, consul en 666 de Rome (Meyer, n° lvi, p. 337).
* P. 233, ed. Rom. « Omnes universos quicunque post Romain condilam oralores cxsliterunt, ilios eliani quos in Oratore (il veut dire le Brulus ) Cicero eloquenliæ ci vitale gregatim donavil, si mimerare velis, vix irecentorum numcrum complebis. »
M. Meyer reste encore loin de ce chiffre, qu’il ne faut pas prendre à la rigueur, mais qui atteste cependant combien d’esprits distingués à divers titres, combien d’ambitions diversement autorisées, se firent, à Rome, de l’éloquence un instrument de fortune ou de gloire.
A ce sujet, nous signalerons aux philologues une recherche depuis longtemps recommandée par M. Vict. Le Clerc. Le quatrième livre de la Rhétorique à fJérennius contient une foule d’exemples anonymes d'éloquence, qui ne paraissent pas tous de l’invention du jeune rhéteur auquel on doit cet ouvrage. Quelques-uns de ces exemples rappellent des incidents de la guerre civile et s’y adaptent avec une convenance si naturelle, qu’on est tenté de les croire extraits du Journal de Rome', comme tant d’autres morceaux conservés par Asconius.
M. Van Heusde , auteur d’une curieuse dissertation sur Ælius Stilon, publiée en 1839 à Utrecht, et que M. Meyer n’a pas connue, attribue à ce rhéteur la Rhétorique à Hérennius. Or, on sait qu’Ælius Stilon, contemporain des mômes guerres civiles, écrivit beaucoup de discours pour des hommes d’Etat, ses amis, et se fit, par ce genre de service, autant que par son enseignement et son noble caractère, une grande réputation. N’y aurait-il pas là une vraisemblance de plus en faveur •du paradoxe soutenu par le savant Hollandais? Cette question est délicate, mais d’un véritable intérêt, et mérite à coup sûr d’être sérieusement discutée.
Un discours de Messala parait aussi avoir échappé à la diligenco de M. Meyer *.
H y a enfin tel témoignage qu’on ne peut rattacher aux fragments d’aucun écrivain en particulier, et qui peint vivement à nos yeux les mœurs de la grande république. Par
1 Voir M. Vict. Le Clerc, Des journaux chez les Romains , etc., t’a iis, 1838, in-8».
5 Voir Josèpiie, Antiquités Judaïques, XIV, 13, g 1.