‹ Mémoires de littérature ancienneChapitre 95 sur 153 · V|. SUR 1* COLLECTION · texte numérisé non relu

V|. SUR 1* COLLECTION

exemple, lorsque Valère Maxime et Servius1 nous apprennent que les orateurs des premiers temps commençaient tous leurs discours par une prière aux dieux , n’avons-nous pas là une image de cette piété vraie, quoique souvent grossière, quiso mêlait alors aux mœurs et aux institutions. Ces magistrats, en même temps augures ou pontifes, gardaient comme orateurs le souvenir de leur double caractère. On rougit plus tard des pieuses obervances consacrées par les Caton et les Graechus. Cicéron n’invoqua plus les dieux, au commencement de ses plaidoyers et de ses harangues; il écrivit le Traité de la Pir i/ination. Bientôt l'incrédulité sera de bon ton à Rome; plus on bâtira de temples et moins on croira aux dieux.

Quelques lacunes et quelques fautes de détail peuvent donc être encore relevées dans le travail de M. Meyer. La chronologie même n’y est pas encore irréprochable, par exemple, en ce qui concerne la condamnation des deux orateurs libellâtes, Cassius Sévérus et Labiénus, p- 530, et le classement des ouvrages de Messala Corvinus et d’Agrippa (Agrippa devait précéder par l’ordre des dates). Mais ce qui surtout y manque, c'est la raison historique, si je puis ainsi dire. Une foule de fragments et de témoignages, méthodiquement rapportés a leurs dates et à leurs catégories respectives, ne forment pas une histoire de l'éloquence romaine, que M. Meyer,* en effet, n’a pas voulu nous donner. En France nous aimons les recherches patientes, mais après l’érudition, nous voudrions dans un tel livre, la peinture des hommes et des temps, l’explication des vicissitudes de l’art oratoire. On trouve quelques traits de cette histoire raisonnée dans les livres d'EUendt et de Westermann, dans un mémoije, déjà ancien, de Burigrijr sur le même sujet ’ ; çà et là dans les leçons de nos critiques,

1 Valère Maxime, Préface; Servius, adÆn., xi, 301. Cf. t’exordedu Panégyrique de Trajan, par Pline le Jeune.

* Mémoires de l’Académie des inscriptions, t. XXXVI, p. 34-18. U est juste d’ajouter à ces esquisses partielles ou incomplètes les mo-

de La Harpe et de M. Villemain. M. Vict. Le Clerc et ses deux habiles suppléants à la Faculté des lettres, M. Charpentier et M. Berger; au Collège de France. M. Havet, ont successivement traité diverses parties de ce sujet. M. Charpentier a même publié dans un livre récent 1 quelques pages de ses appréciations. Mais, en somme, c’est un sujet qui, dans son ensemble, reste encore presque intact et qui mériterait de tenter le zèle d’un bon humaniste. L’histoire de l’éloquence grecque laisse peut-être encore plus à désirer dans les livres où nous l’étudions jusqu’ici. Ni l'abondance un peu diffuse et souvent inexacte de Belin de Ballu *, ni l’exactitude savante, mais trop sècho, de M. Westermann * ne satisfont à l’idée que nous nous ferions d’une bonne histoire de l’éloquenco grecque. Des mémoires spéciaux do M. Havet sur Isocrate de M. Jules Girard sur Lysias , sur Démosthène et sur Hypéride*; deM. Albert Desjardins*, représentent, avec des mérites divers, autant de chapitres du livre que nous souhaitons. La collection des fragments des orateurs attiques, collection sans cesse améliorée depuis un demi-siècle et tout récemment enrichie par la découverte des discours et des fragments nouveaux d’Hypéride, offre maintenant à l’historien des matériaux

nographies comme celles de Luzac sur Hortensius, de Van Bolhuys et de A. Lion sur Caton, de Wiese sur Messala Corvinus, de Van Heusde sur Ælius Stilon.

1 Les écrivains latins de l'Empire, Paris, 1861. in-tï.

* Histoire critique de l'éloquence chez les Grecs, Paris, 1813.

5 Geschichte der griechisclien Beredtsamkeit, Leipzig, 1833 ; volume auquel s’ajoute naturellement l’édition de la Vie des dix orateurs attiques, que l’on attribue à Plutarque, publiée, ta même année, par le même savant.

* Ouvrage cité plus haut, p. 373. noie 3.

* Des caractères de r Atticisme dans l'éloquence de Lysias, Paris, 1845. — Hypéride, sa vie et son éloquence, Paris, 1861.— Un procès de corruption chez les Athéniens, Démosthène dans Caffaire d'Harpcde, Paris, 1862.

6 Ouvrage cité plus haut, p. 376, note t.

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