‹ Mémoires de Louis-Auguste Le PelletierChapitre 10 sur 49 · EN · texte numérisé non relu

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Uivalilé entre l'ancien Corjjs d'artillerie et le régiment de Royal-Art ilierie. — Uniformes. — Le cours de mathématiques de M. Bélidor. — Ardeur extraordinaire des ofliciers i)our l'élude. — Brevet de souslieutenant des chasses de la capitainerie de Compiègne. — Une culotte de peau au temps de Louis XIV, le capitaine des Prez. — Louis- Auguste Le Pelletier est nommé à la résidence de Ham, puis à celle de Saint-Quentin. — Blessure à la chasse. — Mariage. — Il est nommé commandant en troisième de l'École de Grenohle. — Le budget d'un commissaire provincial (lieutenant-colonel d'artillerie) en 1732.

Nous arrivâmes, mes frères el moy, à la Fère le mesme jour, moy par une porte, eux par l'autre. C'était M. Tufreau qui commandoit cette école en chef, M. le chevalier d'Aboville *, en second, et M. le Cerf, en 3", et nous y trouvâmes le bataillon de Royal-Artillerie de M. de Romilly. Ce corps et le nostre étoient souvent en discussion pour le rang et le commandement, ce qui procuroit des ordonnances de la Cour qui tendoient aies rejoindre. On changea l'uniforme de Royal-Artillerie, qui étoit blanc et parements bleus, auquel corps on avoit rejoint le régiment royal des bombardiers, les mineurs et les compagnies de canonniers détachez et d'ouvriers.

t. Chevalier d'A/joviUe (Antoine-Julien), volontaire dans Royal-Artillerie en nOo, brigadier le 1" janvier 1740, maréchal de camp le 2 mai 1744, lieutenant général le 10 mai 1748.

L'uniforme des troupes d'artillerie fut décidé alors pour estre bleu, parements rouges et boutons de cuivre. On obligea les officiers du corps d'artillerie de porter le mesme uniforme; il y avoit longtems qu'ils n'en portoient plus, l'ancien uniforme, qui étoit d'écarlate avec parements de velours noir, l'habil garni de brandebourgs formés de galons en boutonnière dont la queue se terminoit en trois fleurons ou trèfles 7, coûloit trop et étoit mal conçu pour un métier où on est toujours dans la fumée de la poudre à canon. Mais comme l'ordonnance ne s'expliquoit pas sur le hausse-col, les officiers des bataillons en tiroient un sujet de mépris de ce que les officiers du corps d'artillerie n'en portoient pas quand ils étoient commandés. C'étoient par de pareilles petites misères que les deux corps s'ergotoient souvent, et de ce que les uns n'estans qu'officiers d'artillerie, et les autres faisans soi-disans le métier d'artillerie et d'infanterie, les officiers des bataillons prétendoient en cette dernière qualité commander dans la ville où il n'y avoit pas d'état-major.

Cependant les uns et les autres suivoient exactement les salles de mathématique, dont M. Belidor * étoit le professeur, lequel a trouvé le moyen, par la réputation qu'il s'est faite, de se procurer le grade d'officier, qui paroissoit peu compatible à son état de professeur, et enfin de devenir colonel, brigadier et inspecteur des cinq compagnies de mineurs.

Quand il commença à nous enseigner, il sçavoit p?u de chose et étudioit les propositions qu'il nousmontroit le lendemain. Mais à force de s'appliquer, il a fait imprimer tous les livres qu'on a de luy. Son défaut a esté de ne les avoir pas assez travaillés, du moins les premiers, et d'avoir voulu être trop tost autheur. Gomme personne alors ne sçavoit rien, et que luy en sçavoit un peu plus, on le croioit le plus grand

1. Bd/îrfo?' (Bernard de Foreste de), brigadier le 10 février 1759, membre de l'Académie des sciences en nb6.

iiiiilliriiiiiliticiHit' ruiii\('rs lorstin'il ne l'iiisoil (|ii(' (•(>iiiiiicii<;(M", cl les (•(•iniiiaml.ins le }^AIoi<'iil un peu.

Ce (|ui éloil dii^iic (rjulniiralioii, c'rloil de voii- (|ii(', loiil ;'i coup, un noiuljrc dOliiciers aussy considérable que l'éloil ccluy ({ui se Irouvoit à chacune des o écoles, dont presque tous avoienl l'ail la guerre, el éloienl déjà d'un cerlain aage, dont le plus grand nombre n'avoil point d'éludé, cl dont (juclques-uns porloienl déjà des lunellcs el plusieurs déjà chevaliers de Sl-Louis, s'applicpioient avec beaucoup plus de docililé (pu; les enfans el écoliers des collèges. Tous zélés par léninlalion de s'avancer en lems de paix par celte voie de science en géométrie, comme les ordonnances l'annonroienl. Les portes, les contrevents, les assiettes d'étain des auberges, étoient jonche/ de figures de mathématique, car si tost que l'un de nous avoil saisi la proposition qui avoit quehiuefois esté superficiellement démontrée le malin à la salle, si losl tous les camarades couroienl comme au l'eu autour de luy. el avec de la craye il la Iraçoil el la démontroil, el on lapprenoil de mesme aux auberges où ces figures se traçoient avec la poinle d'un couteau sur tout létain de la vaisselle, enfin partout.

Si tost qu'il arrivoil des surnuméraires à l'école on alloil au devant d'eux aux portes de la ville, pour les retenir, afin de leur montrer les mathématiques, en vue de s'y fortifier en les enseignant aux autres, tant étoit grande l'émulation de ces tems là.

Il est vray que les officiers du corps de l'artillerie étoient toujours plus nombreux en sçavans que ceux de Royal-Artillerie, mais il y en avoit beaucoup de ces derniers aussy. Les examens avec des nottesdu progrès de chacun qu'on envoïoil à la Cour tous les mois, éloienl les grands mobiles de ce zèle. On ne s'appliquoil pas seulement aux mathématiques, mais aussy à l'artillerie, au dessin, à la physique, sur laquelle on avoil établi des espèces de conférences du litre d'académie, ainsi que sur l'attaque et la défense des places, à lever des

plans, enfin à la construction des mines. L'on fit un simulacre de siège en règle, à un polygone qu'on avoil établi, et on recommença toutes les années dans Tété. Les ambassadeurs du congrès de Cambray s'y trouvèrent en 1724 et furent très contents de tout ce qui s'y exécuta.

Mes frères et moy estions tous trois des plus forts de l'école, et surtout le 3". Mon frère le chevalier emporta le prix que le Roy donna, qui étoit un étui de mathématique. J'étois commissaire ordinaire et en ce grade supérieur je ne concourus pas avec les autres au prix.

La proximité où nous étions de St-Sauveur nous occasionna d'avoir de tems en tems des congés pour y aller. Ce fut dans un de ces voïages que je levai le plan du château de St-Isve et que j'en fis présent à M. le marquis de Vieux-Pont, seigneur duditlieu, lieutenant général des armées du Roy et gouverneur de Douay, qui aimoit beaucoup notre famille. Il fut si touché de ce petit travail qu'il me pressa de luy dire en quoy il pourroil me rendre service. Je luy demanday une sous-lieutenance des chasses ad honores de la capitainerie de Compiègne, comme M^L de Chevreuse et de Lorme, gentilshommes du voisinage en avoient. Il ne tarda pas à m'envoyer la commission, datée du 28 octobre 1724, qu'il obtint de M. le duc d'Humières, oncle de Mme de Vieux-Pont, gouverneur et capitaine des chasses de la forest de Compiègne. Je dus à ce talent de lever et dessiner le plan, l'agrément de la chasse que j'eus depuis dans cette forest, qui dans ma jeunesse fesoit la félicité de ma vie. Ce n'est pas que sur une permission par escrit du mesme duc d'Humières accordée à mon père, la chasse ordinaire ne nous fut permise dans la forest, mais les gardes qui comptoient nos coups de fusil en fesoient des rapports au lieutenant des chasses et mettoient sur noire compte ceux qu'ils tiroient eux-mêmes. Il y avoit toujours à craindre quelque tracasserie de ces gens là sur lesquels nous n'avions aucune authorité, et au 1" voyage du roi à Compiègne c'eut été un

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