‹ Mémoires de Louis-Auguste Le PelletierChapitre 9 sur 49 · T. III, 3» éd., p · texte numérisé non relu

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2. D'Houville (Bernardin du Pré), brigadier le 30 mars 1"03, tué à Turin en n06.

CA.MI'ACNKS Dlv SON l'IlHi:. i'.ï

Peu d'inslanls après se (Idiiiia l;i hahiillc de l'iicdrlinoii;' ' (l'ri(Mllin<>;(>ii). M. de Villiirs l;i ^;ii^ii;i parla honiu^ coiidiiilc de M. de Ma^nac, maicsc liai de cami), (iiii coinriiaiidoil la proniirni lij^iio tic la cavallcric. l/iidanlcric avoil hicn d(! la peine à gai^ner les liauleurs où cloil colle des ennemis, eslanl obligée de passer tiu travers des vignes et des échalas, el la position des Allemans éloii si avantageuse, qu'ils crioient aux nôtres : w Au Ilhin, au Rhin! » voulant leur dire qu'ils alloient les y jeler. L'infanlerie avoil reculé au commencement IKMulant (jue l'ennemi reculoit de son costé.

Mais M. de Magnac monta la montagne fort doucement avec sa cavallerie, et cstans parvenu sur la hauteur sans mettre ses chevaux hors d'haleine, il fonça sur la cavallerie ennemie et la mil en déroute, puis retournant sur l'infanterie, il la fit plier.

Le Pelletier aida autant qu'il put à reformer les troupes lorsqu'elles dcscendoient la montagne en s'enfuyant, et à leur refaire une leste et une ligne.

Le marquis de Villars coucha sur le champ de bataille dans le manteau de Pelletier à qui il demanda, tant il étoit incertain du succès : « Hé bien, monsieur, nous avons gaigné la bataille? — Je vous le dirai demain, mon général, répondit Le Pelletier, parce que je viens d'un tel costé où, si les ennemis se reforment, nous pouvons bien encore être battus. » M. de Villars eut attention d'y remédier, el l'ennemi ne revint pas étant en déroute.

Il est parlé de cette bataille dans l'histoire des campagnes de Louis XIV, mais peut-être moins naturellement qu'icy.

Le lendemain, Le Pelletier fui chargé de prendre le fort de l'Etoile que les ennemis avoient construit, il l'enleva en 24 heures à coups de canon mis à barbette et tirés à ricochet *,

1. Certificat du maréchal de Villars, daté du 15 décembre 1702. Voir aux Pièces justificatives.

2. Le tir à incochet était alors une nouveauté, Vauban venait de l'inventer.

sans ouvrir la tranchée, ce qui luy fit honneur. Il y fut blessé estant toujours à cheval pour courir d'une batterie à l'autre et tout animer. M. de Villars lui envoya dire plusieurs fois de se retirer parce qu'il s'exposoit trop.

Ce général fut fait mareschal de France après la campagne et il prit le commandement de toute l'armée de M. de Catinat qui se retira.

Le 26 février 1703, Le Pelletier eut ordre* d'assembler à Metz, pour l'armée de la Moselle, un équipage d'artillerie dont il eut le commandement sous les ordres du mareschal de Tallard.

On fit d'abord le siège de Brisach, qui se rendit au duc de Bourgogne après 14 jours de tranchée ouverte, le mareschal de "Vauban conduisoit les travaux. Le comte d'Arco, gouverneur, fut trompé par la feinte qu'on luy fit d'en vouloir à Fribourg, il fit sortir 10 hommes par compagnie de sa garnison pour les jetter dans Fribourg. Il eut la teste tranchée et le comte de Marsigly, commandant en second fut dégradé de noblesse.

De là on donna la bataille de Spire à l'occasion du siège de Landau, où l'équipage d'artillerie de l'armée du Rhin, commandé par M. le marquis de la Frezellière, fut joint à celui de la Moselle commandé par le chevalier Le Pelletier, qui ne se trouvoit plus qu'en second. Mais le prince de Hesse-Cassel venant pour secourir Landau s'arresta à Spire, et le jour qu'il célébroit, dans son camp, la St-Léopold, feste de l'Empereur, le mareschal de Tallard marcha à luy. Il laissa le marquis de la Frezellière au siège de Landau, et emmena avec luy l'équipage que Le Pelletier commandoit -. La manœuvre étoit dif-

1. Ordre du marquis de Nagu Yarenne, lieutenant général des armées du roi et commandant en chef dans les Trois-Évèchés, aux régiments de Bourgogne, de la Baume-Cavalerie et de Hainaut-Infanterie d'escorter l'artillerie, le tout commandé par M. Le Pelletier, lieutenant d'artillerie. Daté de Saarlouis, 18 mars 1703.

2. Certificat du maréchal de Tallard, aux Pièces justificatives, 20 novembre no3.

r.AMPAr.NHS l)K SON PKIIK. H

(icilc, cal" on iiiarclia loiilf la iniil cl le iiialiti, sur pliisicms colomics. dans un hiouillard r|>ais, mais loul se lit avec Intil (l'ordre (|U(' l'arnirc IVancoise se Irouva loul ciilirn^ en jjivsoMcc des (Mincniis ([ui ne son^i^oiciil qu'à célélu'oi' la l'eslc. La colonne de l'arlillcric arriva à son posic au lenis manjucz, cl le brouillard se dissipant, Le Pellelicr vit les autres colonnes à sa droite et ii sa gauche à mcsmc hauteur. Les é.inemis lurent battus, on leur tua (jualre mille hommes, on leur en prit I rois mille, 30 pièces de canon el une partie du bagage.

A celle bataille, Le Pelletier fut en riscjne d'être tué par un officier allemand (jui le lournoit pour luy casser la teste d'un coup de pistolet, mais un gendarme de la garde l'avertit assez à lems pour qu'il mit à son tour le pistolet à la main el courut sur son ennemi qui se retira au grand galop et se Irouva bien d'estre des mieux montés. Cette façon de se détacher de sa troupe pour aller en escarmouche et tuer quelque officier de marque, éloil alors ordinaire parmi les Allemans.

Le fils du comte de Frise, gouverneur de Landau, se rendit prisonnier à Le Pelletier qui, après cette campagne, fut fait chevalier de Saint-Louis le 9 mars 1704.

Au mois d'aoust de l'année 1703, le Roy avoit créé en charge les offices d'artillerie. Quelque préjudiciable au service que fut cette vénalité dans un corps oii il falloit être instruit de longue main pour bien servir, le besoin des finances l'emporta sur toute autre considération. Le Grand Maître, M. le duc du Maine, éloil celuy qui pouvoit le mieux s'opposer à cette mesure et faire voir combien elle éloil contraire au service; le mareschal d'Humières, de son lems, n'avoit jamais voulu y acquiescer. Mais les traitans de ces charges donnèrent un gros pot de vin à Mme la duchesse du Maine qui fesoit une très grande dépense à Sceaux pour ses fesles el ils réussirent. On obligea en quelque façon les officiers qui éloient en place d'achepler leurs emplois, en leur faisant sentir qu'ils les perdroient s'ils ne finançoienl; mesme on nomma un chacun pour faire la soumission pour son employ dans son déparle-

ment. Le chevalier Le Pelletier fut désigné pour financer pour le département de la Meuse et de la Moselle, dit des Trois- Eveschez. Il fut du lems à se déterminer à faire sa soumission; enfin, plutôt que de se trouver sous le commandement dun acquéreur nouveau venu, il se résolut à donner les 60 000 livres dont les charges de lieutenant général étoient taxées. Mais on avoit profité de son retard pour satisfaire M. le marquis de Ouincy \ parent de M. de Ghamillard, ministre de la guerre; on donna le département de la Moselle au chevalier Le Camus des Touches*, qui avoit le département de Normandie, et celuy de Normandie à M. de Quincy. Le Pelletier se trouva fort picqué de la précipitation avec laquelle on avoit nommé à son employ, il s'en plaignit un peu trop vivement à M. le Grand Maître, qui d'abord s'en fâcha, puis après fit créer pour luy, au mois de may 1704, un 8* département général d'artillerie en Bretagne.

Cette charge lui rapportoit 9000 livres d'appointements et 1 000 de logement et de plus, en tems de guerre, le commandement d'un équipage sur les costes qui pouvoit valoir un millier d'écus, mais cela lui cassoit le col pour les honneurs militaires, en l'éloignant de commander l'artillerie aux armées, comme il l'eut fait seurement au département de la Moselle, qui luy donnoit de droit le commandement du second équipage d'artillerie.

Il eut une lueur de fortune à l'occasion d'une guerre que le Pape étoit menacé d'avoir avec ses voisins; le Saint-Père avoit demandé au Roy un ingénieur, un commandant d'artillerie, et deux généraux d'infanterie et de cavallerie. Le Pelletier étoit désigné pour passer à Rome, on devoit faire ces officiers mareschaux de camp à leur retour, mais le Pape

1. C'csl celuy qui a fait VUistoire mUitaire de Louis XIV el l'Art de la guerre. (Note de l'auteur des Mémoires.)

2. Chevalier des Touches (Louis Le Camus), brigadier, 10 février 1704; lieutenant-colonel de Royal-Bombardiers, 20 janvier 1706; maréchal de camp, 8 mars 1718.

(;a.miv\(.m;s dk son i'i:iik. ii»

ayani l'ail sa paix, ils en riirciil pour les idrcs llallciiscs (ju'ils avoicnl pu se l'aiic.

En ilO.'J, le cliovalier Le P<^llelier eut \c commandeincnl d'un équipap;e d'arlillerio pour le sorviec des cosles dc^ Hre- Iaj4;iie, où les Anj^lois avoient fail une descenle à Coinorrel, près de Brest, mais ils avoient été repoussés avec grandes pertes et n'y revinrent plus. L"é<|uipai^e subsista sur pied jusqu'à la paix conclue avec l'Angleterre en 1712.

Laurent-Michel Le Pelletier avoit épousé, en 169i, à Mont- Royal, Geneviève de Grésillemont •, fille de. lean-Chrysostome de Grésillemont, escuyer, seigneur d'Attilly, commissaireordonnateur des guerres, cy-devant lieutenant-exempt des Gardes-Suisses, et de Marie-Magdeleine des Prez, dont le père et le grand-père éloient conseillers à la cour des Monnoies de Paris.

Je vais reprendre icy le récit d'une avanture qui n'a pu être placé plus haut.

Laurent-Michel Le Pelletier revenoit, après la campagne terminée par la paix de Nimègue, lorsque se trouvant près de Laon, il laissa ses équipages suivre la grande route avec ceux de ses camarades, et alla seul à Notre-Dame de Liesse, à laquelle il avoit toujours eu beaucoup de dévotion. S'en retournant ensuite à la Fère, il vit par hasard des grives dans une haye, chargea ses pistolets de petit plomb et s'amusa à tuer une grive d'un coup qu'il ne rechargea point. Plus loin il rencontra un cabaret nommé l'Ange gardien, à la porte duquel 8 ou 10 cavaliers buvoient. 11 y avoit une mare d'eau en avant du cabaret, et il y fit entrer sans défiance son cheval pour le faire boire. Mais à peine y étoit-il, qu'il entendit derrière lui un cheval entrer dans l'eau, et se retournant il vit le cavalier qui, tirant de dessous son manteau un pistolet de ceinture, lui demanda « la bourse ». Le Pelletier qui étoit fort vif lui dit : « Tiens la voilà ! » En même temps il lui tire dans

1. Contrat du 7 mars 1694, reçu Werner, notaire à Mont-Roval.

le ventre le seul pistolet qu'il avoit de chargé à petit plomb, puis il franchit la mare en deux coups d'éperons et enfile le chemin de la Fère.

Au bruit du coup de feu et aux cris du blessé, ses camarades se mettent à la poursuite de Pelletier de toute la force de leurs chevaux, tirant sur luy toutes leurs armes, pistolets et mousquetons, lesquelles ils rechargeoient et tiroient encore. Mais ny lui ny son cheval ne furent touchés, et comme il étoit bien monté il fut au bout d'un certain temps hors d'atteinte.

Il sçut depuis que ces hommes étoient des cavalliers de plusieurs régiments qui s'étoient attroupés pour voler.

Laurent-Michel Le Pelletier est mort à Paris le 27 avril 1714, après avoir servi quarante-cinq ou quarante-sept années et s'être trouvé à vingt-neuf sièges, cinq grandes batailles et plusieurs autres occasions de guerre. Il fut enterré à Saint- Étienne-du-Mont, près de la sacristie.

Il laissa 4 enfants, Louis-Auguste Le Pelletier (l'auteur des Mémoires), né en 1696; Michel-Laurent, le chevalier Le Pelletier, qui fut lieutenant général des armées du Roy, né en 1697 ; Marie-Geneviève Le Pelletier, née en 1699, mariée en 1720 ' à Joseph Le Féron, chevalier, seigneur de Troly, Breuil et l'Hermite, maistre des eaux et forests à Compiègne et qui avoit servy longtemps aux mousquetaires ; enfin Joseph-Félix Le Pelletier de Prévalon, né en 1700, qui fut d'abord officier d'artillerie, puis prestre de l'Oratoire.

Ce fut un coup terrible pour sa famille que cette mort; avec cet excellent père elle perdoit tout son soutien. Quand sa femme et ses enfans voulurent aller demander la protection de M. le duc du Maine, ce prince leur fit dire, par son escuyer, qu'il étoit à Sceaux à une partie de plaisir, mais qu'il les protégeroit toujours. On trouva pareil accueil de bien des grands, qui cy-devant se disoient amis du père. Il n'y eut guère que le mareschal de Chateaurenaud, vice-amiral

1. Contrat, reçu Jean Bergeron, notaire à Verberie, le 20 juillet 1720.

CAMPAGNFS DE SON PKUE. 2!

cl ({iii coinmaïKldil en l'.rrl.it^iu^, (jni s'inlôrcss.i h eux. Il les piH'SÔnl;! an Roy F.oiiis \IV, <iiii reçut celle veuve cl ces ciirnus avec houle, se souviut du i)cre, incsuie de ses services daus ijuelqucs occasious particulières qu'il nouima et leur promit d'avoir l'gard î\ leur situation.

Age de 9 ans en ijoj lorsqu'il fut nommé enseigne au Rég' de Royal-Roussillon.

SON ENFANCE, SON E N T R l': E AU SERVICE

Incident à son baplènie. — Son grand-père, M. de Grésillemonl, commissaire-ordonnateur des guerres. — L.-A. Le Pelletier est nommé enseigne au régiment de Royal-Roussillon à l'âge de neuf ans (1705) et officier pointeur à dix ans. — Il fait ses études au collège de la Marche. — Singulière variété de précepteurs. — A la mort de son père, il est pourvu de la charge héréditaire de lieutenant général d'artillerie dont l'exercice est confié au chevalier de Jaucourt (1714). — Il obtient les grades de commissaire extraordinaire (1708) et de commissaire ordinaire (1716). — Difficulté pour obtenir un emploi. — Réponse à M. Le Boiteulx, secrétaire général de l'artillerie. — Départ pour la garnison de Mézières. — Suppression des charges d'artillerie et leur remboursement en billets de banque. — Les conséquences du système de Law.

Louis-Auguste Le Pelletier, chevalier, seigneur de Glatigny et de Liancourt, lieutenant général des armées du Roy, inspecteur général du corps royal de l'artillerie, est né à Mont-Royal le 19 mars 1696.

Comme c'est luy qui a escrit ces Mémoires, il va rapporter les événements de sa vie en parlant en son nom.

J'ay eu pour parrain* Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine et d'Aumale, comte d'Eu, Grand Maître de l'artillerie,

1. Extrait baptistaire signé du duc et de la duchesse du Maine.

et pour marraine Louise-Bénédicte de Bourbon, duchesse du Maine ' .

Comme on tira le canon de la place de Mont-Royal à l'occasion du baptême, les villes tenues par les Allemans dans le voisinage prirent l'alarme et envoyèrent chacune de son costez des détachemens reconnoistre vers le Mont-Royal. Leur apparition troubla la feste que M. de Grésillemont, mon grand-père, qui aimoit la dépense, avoit fait préparer; chacun courut aux armes et alla à son poste; les détachemens allemans aïant sçu qu'il nétoit question que d'un baptême se retirèrent et on se remit à table.

M. le duc du Maine me fit inscrire dès l'ûge de 15 jours sur l'état des Commensaux et dOl privilégiés du corps d'artillerie.

Comme Louis XIV n'avoit fait bâtir le Mont-Royal dans un endroit extrêmement avantageux que pour tenir en bride toute l'Allemagne, une des premières conditions de la paix de RysAvick, en 1697, fut de démolir cette place, ce qui fut exécuté; on n'y laissa pas pierre sur pierre et ce lieu n'est plus couvert aujourd'hui que de ronces et d'épines.

Mon père se relira à Saarlouis, puis à Verdun, qui devint le chef-lieu du département d'artillerie qu'il commandoit, nous y restâmes de 1700 à 1703, mais pendant ce tems-là mon père faisoit toutes les campagnes à l'armée.

Son beau-père, M. de Grésillemont, étoit commissaire-ordonnateur des guerres à Mont-Royal où il fesoit les fonctions d'intendant, il fut nommé à Luxembourg. La tendresse de mon grand-père pour sa famille lui aïant fait désirer de lavoir avec luy. ma mère, quatre fils et deux filles qu'elle avoit alors, et ma grandmère Le Pelletier vinrent s'établir à Luxembourg pendant que mon père suivoit son service.

M. de Grésillemont étoit porté à rendre service et il ne fut jamais cœur si généreux, sa maison étoit nombreuse en équi-

1. Fille de Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé, et d'Anne de Bavière, et petite-fille du grand Condé.

SON KM-'ANCi;. 25

|);i|^(' cl (l<)m('sli(|ii('s (le loiilc csprec, si Iticii (|n i'i sa mort il s'en lr(tii\a 27 à j)ay(M" cl (iiToii l'iil ohli^^c (](' renoncer à sa succession H avuil l'ait venir clic/, lui, uon senlcincnl sa fille <^l ses pclils-cnranls, ce (pii éloil assez nalui'cl, mais je ne sais c(»inl)i(Mi de parents, neveux, cousins de lous les côlcs, «le sorte «lu'on (lis()il<|uesa maison ressendiloil ass<îz àlarclK^ de Noé.

Xous trouvAmes chez lui : sa seconde fille Lucrèce d«; Grésillcmout ' ; le lils de son Ircrc, M. de Grésillemont de Caufry, officier au réi;"inicnl de lîcrwick, cl ses sœurs ; la demoiselle de (^^avauac, s(eur de leur nu're, Irlandoise de «grande naissance, mais l'orl |)auvre; un cousin, M. d'Armancourt, et quckpiesunes de ses steurs. Bref, mon grand-père rasscmbloit chez lui lous les parcns qui vouloient bien y venir ou avoient besoin de luy, lous d'ailleurs étoient aimables et bien élevés, rien en particulier n'étoit plus plein d'esprit et de mérite que la famille Grésillemont de Caufry.

Par son crédit mon grand-père fit avoir des emplois à bon nombre de ses parents et de ceux de sa femme.

Mais s'il étoit bon et généreux, il sçavoit aussy se montrer ferme à l'occasion.

Un colonel petit-maître de la Cour, passant en revue devant luy, ne voulut mettre ny hausse-col ny uniforme, il s'éloit vantez qu'il n'en mettroit pas, exprès. M. de Grésillemont le porta absent quoyqu'il fut à son régiment, et la Cour luy en sçut gré.

Après la démolition de Mont-Royal, les gens du pais qui étoient luthériens firent abattre la croix, comme à peine les François étoient sortis; il revint avec un détachement et la leur fit relever. Il est mort à Luxembourg en 1709.

Nous avions, mes frères et moi, pour précepteur M. Reith, de Maïance, qui nous montroit le latin et l'allemand, il nous

1. Mariée depuis à M. Boileau de Saint-Pau, dont la famille a fourni de nombreux officiers d'artillerie.

quitta pour être secrétaire de mon père quand il passa au département général de Bretagne, puis il le quitta à Brest pour se faire corsaire, et, par le plus grand hazard, mon frère le reconnut à son œil de verre, en 1735, au camp de Dalheim; il étoit alors officier de justice de l'Électeur de Maïance, il nous fit mille caresses et nous dit dans une extase d'amitié allemande qu'il désireroit que nous fussions prisonniers ou blessez à Maïance pour nous recevoir chez luy comme ses enfans. Il fit plusieurs voyages pour nous venir voir à notre camp en nous apportant des jambons et des meilleurs vins du pais.

Ce fut dans notre séjour à Luxembourg, en 1703, que M. le marquis de Ximène, colonel de Royal-Roussillon, me nomma à l'enseigne colonelle de son régiment, j'avois alors environ 9 années. Mais les veues de mon père étoient de nous mettre dans l'artillerie, et nous fusmes faits, mon frère le chevalier et moy, officiers pointeurs ad honores dans l'équipage qu'il commandoit en Bretagne. Nos commissions sont dattées du 30 mars 1706.

Mon père nous mena à Brest avec luy, nous donnant pour espèce de gouverneur M. Loliveau, qui quitta le petit collet pour prendre l'épée, ne convenant guère d'avoir un abbé pour servir de précepteur à des officiers. Comme nous étions toujours en voyage il ne nous apprit que très peu de chose. C'étoit un fort honnête homme et très propre à estre gouverneur de jeunes militaires. Je n'oublie point que pour nous donner l'horreur delà passion du jeu, il nous mena à Rennes, à l'académie où Ton jouait les jeux de hazard, oi^i les fureurs, les jurements et les contorsions d'un abbé qui perdoit beaucoup, me donna plus d'aversion pour les jeux de hazard que toutes les leçons qu'il m'eut pu faire. Il est vray que me dégoûtant de toute espèce de jeux, je les ay si peu appris que, quand j'ay été obligé de les jouer par nécessitez, pour pouvoir cultiver les bonnes compagnies, j'ay souvent perdu mon argent en dupe, faute de sçavoir le deffendre.

SON KNFANCE. 27

Noiis lisincs (les toiinircs avec mon |K''it' dans pliisicms places (le la Hivla^nc ot rcvininos par la Icire de M. de Baiidincau de Meslay, près de Vendosnie. Il éloil iiiaîlre des eaux et forets, mon père avoit mis dans l'arlillerie son fils, qui est morl maréehal d(î camp •, et a eu un fils, nommé de la Pelleterie, colonel d'une brigade dans le corps royal, mort en 1762; la sœur de celui-( y avoil épousé M. Bigot de Morogue, aussy colonel, chel' d'une brigade d'artillerie de la marine.

Au retour, mon père nous mit au collège de la Marche, externes. Nous demeurions tout près, dans notre maison de la Montagne Sainte-Geneviève, et nous fismcs ainsi notre sixième et notre cinquième ; nous avions pour précepteur un fort digne ecclésiastique, bachelier de Sorbonne, nommé M. Robin.

Ouoyque nous fissions nos études au collège, nous fusmes toujours employés sur l'état de l'équipage d'artillerie que mon père commandoit en Bretaigne, de sorte que je fus fait officier pointeur en pied en 1707, et commissaire extraordinaire en 1708 et nous continuâmes ainsy jusqu'en 1713 que cet équipage fut licencié à cause de la paix qui se fit avec l'Angleterre. Celte paix, qui devint ensuite générale, fit que, quoyque toujours officiers dans le corps, nous ne fusmes point employés dans aucune place ni résidence qu'en 1718, ce qui nous donna le loisir de poursuivre nos études.

On voit par ce qui est dit cy-dessus combien alors on procuroit de facilités aux fils des anciens officiers.

Nous fismes encore, mon frère le chevalier et moy, notre quatrième en 1709 et notre troisième en 1710 au collège de la Marche, mais ensuite mon père nous fit aller tous à Sainl- Sàuveur en Picardie, les tems estans devenus très malheureux, parcequ'on ne touchoit point un sol des appointe-

1. Bodineau, briron de Meslay (Urbain-Pierre-Louis), brigadier le 1" jan vier niO, maréchal «le camp le 2 mai 1744.

Bùdin';au de la Pelleterie (Urbain-Pierre-Louis), officier pointeur en 1732, brigadier le 25 juillet 1762.

menls et biens de chez le Roy. Xotre précepteur, qui éloit alors M. Michel, nous faisoit continuer nos études. Le père de M. Michel avoit été deux fois fermier général et avoit culbuté aussy deux fois, il s'étoit retiré en Hollande et y faisoit <les livres, entre autres Pliiton mallôlier et autres de cette espèce. Ses enfans étoient restés misérables en France, et mon père, par bon cœur, recueillit celuy-là qui étoit Faisné et vouloit se faire bénédictin. Tant que M. Michel a été avec nous il étoit dans la plus grande dévotion, il nous fesoit garder la moitié de notre déjeuner, pendant le grand hiver de 1709, pour nourrir un pauvre étudiant et une vieille femme qui étoit dans la dernière misère.

Depuis, par la protection de M. de la Jonchère, trésorier général de l'extraordinaire des guerres, qui le prit dans son bureau, il devint trésorier à la Rochelle, puis dans le tems des actions, c'est-à-dire de l'agio, il gaigna si prodigieusement qu'il achepta la charge de receveur général des finances de Montauban, le marquisat de IMontpezat, une belle maison rue de Richelieu, etc., il maria son fds aisné à la fille de M. Chopin, un des plus fameux advocats de Paris. Mais il se livra à tant de faste et de dépense que sa fortune en fut culbutée et qu'il fut obligé d'aller dans le païs étranger et de tout abandonner.

Nous revinmes faire deux années de rhétorique au collège de la Marche; elles furent interrompues en ce que mon père me mena, en 1712, avec luy en Bretaigne. Il eut l'idée de m'y marier, quoyque je n'eusse encore que seize ans, avec la fille d'un riche habitant de Saint-Malo, nommé M. de la Fosse du Hamel, qui avoit achepté une charge dans l'artillerie. M. de Bonneveau, commandant l'artillerie à Saint-Malo, ancien camarade de mon père et qui avoit été un de ses seconds au duel qu'il y eut entre les officiers du régiment de Champagne et de l'artillerie, luy avoit donné cette idée, mais ma trop grande jeunesse et la mort de mon père quelque tems après rompit le projet.

SON KNTilKK AU SKUVICK. 2'.i

Je rcloiiriuii à l';iris, oi'i je restai avec; mes deux IVèi'es el (Jeux doinesliciues pour conliiuier mes éludes, cl j'y (is niu lofj;i(|ue, loujouis an collèfz^e de la Marelie, sous M. Poirier, alors reeleur de l'Universilé. 11 y avoil heaueoup de ^ens de (|iialilé dans sa elassc^ : MM, de Gcsvres, dont l'un a été cardinal el éves(jne i\c, Beanvais, l'abbé de la Uochc-Aymon, aujourd'liuy ^rand aumônier el arclievesquc de; Reims, etc.

Mon père, ù ce moment, pril beancou]) de chagi-in de la réduction des rentes de la ville au denier (juarantc; il tomba malade d'une lluxion de poitrine dont il mourut, ainsy qu'il est dit cy-dessus, le 27 avril 171i.

Celte perte causa le dérangement total de notre élablis- ,sement à Paris et de nos affaires; ma mère, chargée de quatre enfans, alla s'établir à Saint-Sauveur, loua son appartement à Paris, vendit son caroce pour en avoir un de campagne el fit valoir ses terres.

La charge de lieutenant général d'artillerie étoit héréditaire, et je fus pourvu du titre étant l'aisné ; nous en demandions aussy pour moy l'exercice, mais on manqua cette grâce, parceque je n'avois que dix-sept ou dix-huit ans el que plusieurs personnes avoienl envie de celte charge.

Elle rapportoit 9 000 livres de rente et de plus 1 000 livres de logement payées par les Étals de Brelaigne. Je n'en eus que le titre el l'exercice fut donné au chevalier de Jaucourl \ brigadier des armées el ancien lieutenant d'artillerie; on laissa 5 000 livres à la famille, el M. de Jaucourt eut, pour l'exercice, 4 000 livres avec les cent pistoles de logement.

Il y avoil encore une charge de commissaire provincial d'artillerie, dont la finance étoit de 15 000 livres, sur la teste de mon frère le chevalier.

Comme mon père mourut dans le moment que l'on publioil la paix avec l'Angleterre el qu'il n'y avoil plus besoin d'équipage d'artillerie pour la défense des cosles, nous nous trou-

\. Jean, chevalier de Jaucourt, brigadier le 3 avril 1721.

vames, mon frère et moy, réformés. Les charges que nous avions Tun cl l'autre et les services de notre père et de notre aïeul sembloient nous devoir faire espérer d'estre employés des premiers en notre qualité de commissaires extraordinaires, car nos charges, dont nous n'étions que titulaires, ne nous donnoient aucun rang, elles dévoient être exercées par d'autres officiers jusqu'à ce que, successivement, nous en attrapassions le grade, qu'en conséquence d'elles nous devions avoir bien plus promptement que d'autres, à mesure que nous avancions en aage. Mais ces charges furent supprimées peu après et remboursées en billets, on n'eut guère d'égard à la perte que nous faisions ny aux services de nos pères. Je fus seulement fait commissaire ordinaire le 1" novembre 1716, mais sans pour cela être employé en résidence dans aucune place.

Nous restâmes, depuis la mort de mon père arrivée en 1714, jusqu'en 1718 à la campagne, à chasser beaucoup, à lire un peu, et à nous ennuyer extrêmement d'être toujours à attendre notre remplacement. Ma mère, par le conseil de M. de Sainl- Hilaire, fit la dépense de nous envoyer à la Fère, pour y voir travailler à l'arsenal et y apprendre notre métier, car il n'y avoit pas alors d'école d'artillerie. Enfin, outrée de voir tous les jours des officiers de remplacés qui ne l'auroient pas du estre de préférence à nous, ma mère nous envoya à Paris, nous y fit décemment habiller, et nous dit de plaider nous-mesmes notre cause.

Lorsque nous nous présentâmes à AL de Saint-Hilaire ', lieutenant général des armées et de l'artillerie, grand croix de Saint-Louis, et qui étoit alors conseiller au conseil de régence, et à M. le chevalier des Touches, mareschal de camp, et lieutenant général d'artillerie, ces deux messieurs se mirent en colère et en indignation contre M. Le Boiteulx, secrétaire

1. Saint-Hilaire (Armand de Mormès de), commissaire extraordinaire en 1665, brigadier des armées le 30 mars 16'J3, maréchal de camp le 29 janvier 1702, lieutenant général le 26 octobre 1704.

SON KNIUllK AU SKKVICH. :i|

«^riKM'iil (le r.ii'lillcric, de ce (|iril nous li'.'iiloil si injuslciiicnl , cl lui (Ml liicul les plus vifs l'cproclics, de soilc (juà l;i iiu il soulil (■(»uil»i(Mi incsuic cela IVsoil peu (riiouncur au corps cl à son ininisici'c. .le lui p;ulay assez, vivcnicnl cl comme le Iloy vcnoil. (le <'réer alors des liculenanls ou second, je luy dis ([u'il éloit bien singulier qu'on nous oITril do remploi parloul et <pio nous n'en pussions oblonir dans un corps où nous avions le service de nolri^ père el fj^rand-père depuis plus d'un siècle dans les premiers emplois du corf)s, el do plus, près de HO 000 livres on cliarj^es.

Ce p(Mil minisli-e oui le i'roul de répondi'c à cela (pie, puisqu'on nous olVroil de l'emploi ailleurs, nous estions les maislres d'accepter. Je r(îpliquay, tout jeune que j'(''tois alors, que sa réponse eut été à peine convenable dans la bouche d'un Grand Maître, mais qu'elle étoit très indécente dans la sienne. Ma mère et M. de Lorme \ capitaine de mineurs, qui se trouvoit là, se mirent à la traverse, le secrétaire général prit cela de moy comme d'un jeune homme, et par la suite il devint notre plus zélé protecteur.

Nous faisions d'ailleurs régulièrement notre cour à M. le duc du Maine, Grand Maître de rarlillerio, et ce fut dans ce tems-là que M. le duc d'Orléans régent, luy ôta la surintendance de l'éducation du Roy et qu'il fut obligé de se retirer à Sceaux. Cette révolution, et les suites qui firent exiler ce prince et Mme la duchesse du Maine, nous fit bien voir que les vicissitudes du sort n'épargnent pas plus les grands que les petits.

Le 1*"' avril de l'année 1716, la famille essuïa encore une infortune, les charges d'artillerie furent supprimées et réduites au denier vingt-cinq jusqu'à leur remboursement. Par là je perdis les chances d'avancement que ma charge me donnoit et la famille 2 600 livres de revenu. Ce qui fui pis encore c'est

1. De Lorme (Simon), capitaine (Je mineurs en 1712, ijriga(^iici' le 1'' janvier 1740, maréchal de camp le 2 mai 1744. Tué à Berg op Zoom en 1747.

que le remboursement se fil deux ou trois ans après en billets de banque. Je reçus en espèce de dédommagement le brevet de commissaire ordinaire le 1" novembre 1716.

Au mois d'octobre 1718, je fus enfin employé en résidence à Mézières. Ma mère et toute la famille m'accompagna jusqu'à Notre-Dame de Liesse, afin que moy et mon frère, qui venoit de recevoir ses ordres pour la résidence de la Fère, obtenions du Seigneur les grâces nécessaires pour notre état, d'autant que c'étoit la première fois que nous étions l'un et l'autre abandonnés à notre conduite. Nous fimes tous nos dévotions à Notre-Dame de Liesse, et la piété de ma mère à cet égard est bien respectable, je crois pouvoir dire qu'un pareil commencement nous a porté bonheur à l'un et à l'autre.

Je me rendis ensuite à Mézières, où je restai deux ans en garnison, y estans toujours continué d'un semestre à l'autre par grâce spéciale, car on étoit alors ordinairement relevé, ou tous les cinq mois, ou tous les sept, et on ne recevoit d'appointements qu'autant que l'on étoit employé. J'avois de tems en tems des congés de M. de Ruby, lieutenant d'artillerie, pour aller passer quelques jours dans ma famille.

C'est dans l'année 1719 que M. le duc d'Orléans régent déclara la guerre à l'Espagne, et qu'on fit les sièges de Fontarabie, St-Sébastien, Roze et Urgelle. Mon frère le chevalier et moy estions sur l'état de la Cour pour faire cette campagne, quand l'influence d'un cy-devant secrétaire général de l'artillerie fit servir à notre place M. de Clugny, son parent, et un autre. On donna une action de la compagnie des Indes par gratification aux officiers de mon grade qui firent cette guerre.

Ce fut dans ce tems là -qu'on créa les billets de banque, système de l'invention de M. Law Anglois, pour rembourser les debtes du Roy et les actions de la compagnie des Indes.

Ma mère prit de ces dernièi'es pour plus de 30 000 livres, dont par la suite nous ne retirâmes en tout que 3 000 livres, après des supplémens appelés nourritures qu'on fesoit donner

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«le Icins (Ml Iciiis aux ad ioiiiiain-s. (le liil aussi dans ce Icins là (|ii(' nous fumes renihoui'sés, en hillcls, (U\ lous les «'(Tels <|ue nous a\ ions clie/. \c Hoy, <|ui se nioiiloienl , lanl en cliarj^cs <|u"('n rouirais de renie sni" IIhMcI de ville, inlri'rls de nos eliarfi;es cl appoinlenienls de renies, à la somme de !.')() 000 livres. De lout cela je ne vois d'exislant aujourd'hui (|uc 000 livres de rente sur l'hôlel de ville el 30 000 livres doniK^es en billets, en mariage, à Mme Le Féron, ma sœur, qui les a placés, dans la suite, par Tacquisition du fief de Grand Outreval, à Pierrefond en Vallois.

Il eut fallu, lors du remboursement de tous ces etTcts en billets, se presser d'achepter des terres, mais ma mère ne seul prendre son parti. Je luy demanday de me donner ma légitime de mon père en billets, pour achepter une petite terre en Thiérarche, nommée Ardoncelle, que j'avois été voir estant près de Mézières, mais elle ne voulut pas. Mes frères et sœur comptoient si bien faire une grande fortune sur les actions des Indes, qu'ils se moquoient de ce que je me bornois à cette petite acquisition.

Tout cela m'a fait prendre la résolution de ne remplacer aucun remboursement qu'en fonds de terres [et de ne ,vouloir point entendre parler ny d'argent placé sur le Roy, ny sur les particuliers qui peuvent vous rembourser un jour en billets ou à la veille d'un décri d'argent.

Ma mère se borna à vouloir achepter de Mme la mareschale de la Ferté, la terre de Jeaux, près Compiègne, où étoit attaché alors Armancourt et partie de Venelte. Mme la mareschale la luy fesoit fort cher, ma mère luy demandoit ii ou 15 jours pour consulter, elle y retournoit et Mme la mareschale augmentoit son prix à chaque fois, parce qu'effectivement tous les fonds augmentoient à mesure que les] billets se multiplioient. A la fin Mme de la Ferté dit que sa terre n'étoit plus à vendre, M. Law luy aïans fait présent d'actions pour payer ses debtes. Car M. le Régent en donnoit comme des images à tout le monde, c'est ce qui les discréditoit, et

3i MÉMOIRES DK L.-A. LK PELLEÏIEH.

elles commencèrent à baisser le lendemain mesmc du jour (jue ma mère eul pris les siennes.

Ce lut dans le mois de juillet 1720 que ma mère maria noire sœur, Marie-Geneviève Le Pelletier, à M. Joseph Le Féron, chevalier, seigneur de l'Hcrmite, Troly et Breuil, chevalier de St-Louis et maitre des eaux et forests à Compiègne '. Cette charge n'éloit guère alors possédée que par des gentilshommes, et celle de la forest de Compiègne étoil une des plus belles, avant qu'il y eut une capitainerie royale des chasses, le maitre des eaux et forests aïant cette juridiction que M. le marquis d'Humières fît établir et en fut le premier capitaine. Mon beau-frère étoit le 1" maistre de sa famille, et ses pères tenoient un bel état. Ils s'illustrèrent à Choisy, bourg au confluent de la rivière d'Aisne et de l'Oise, et repoussèrent l'ennemi, ils en eurent la vicomte de Choisy, apparemment par engagement, qui leur fut ôtée pour la donner au marquis d'Uumières et en former son duché. Une branche de la famille de ^L Le Féron, qui a eu plusieurs conseillers et présidents au Parlement de Paris, a de très belles alliances avec la maison des ducs de Chaulnes, du marquis de St-Mégrin, etc.

M. et Mme Le Féron ont toujours eu pour nous beaucoup d'amitié; par intérest pour notre avancement, ils ont toujours logé chez eux les secrétaires ou petits ministres de l'artillerie, dans les voïages du Roy à Compiègne.

Le mesme jour que ma mère maria ma sœur à St-Sauveur. elle reçut les ordres de la Cour pour ses trois fils, pour estre employés à l'école d'artillerie de la Fère, que M. le Régent venoit d'établir, moy en qualité de commissaire ordinaire, mon frère le chevalier en celle de commissaire extraordinaire, et mon frère de Prévalon en celle d'aide de parc, qui étoit alors le 1" degré d'officier dans l'artillerie. De sorte qu'elle fut débarrassée de ses quatre enfants tout à la fois.

1, Contrai du 20 juillet 1720, rcru Bergcron, notaire à Ycrborio.

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