‹ Mémoires de Louis-Auguste Le PelletierChapitre 13 sur 49 · D'AUarl (Hugues Charles), brigadier le 10 mai · texte numérisé non relu

D'AUarl (Hugues Charles), brigadier le 10 mai

3. Pagan (François, comte de), ingénieur et astronome, né près d'Avignon en 1604, mort en 1603, a écrit un Traité des fortifications: on a encore de lui une Théorie des planètes et des Tables astronomiques.

CAMI'ACM: D'IIAMK. 53

<(iiillAiiM's cl iii;ist|iiAiii('s ;iii jour, ne croiaiis |»;ts qii il fui possil)l(! dv coiiliiiiicr. (IcpeiKlanI M. IJailly, iiolrc in.ijor, viiil i'i la ballrrii' cl voyaiil «lu'on IravailloiL S(îu1(M1i('iiI au dodans, dil (jn'il falloil liavaillcr aux embrasures et «jue le roi (1<^ Sar- <laii;iu' en donnoit l'ordre. In brave canonnier kiy dit qu'il le leroil, niais ([u'il éloit sûr (|ue personne n'y resleroil longtemps. M. (iuille el nioy allAmes nous-mcsmes placer les canonniers el li'availieurs dans les end)rasures. Nous élions dans la i" el dernière end)rasiire, (piand loul diin coup l'ennemi (il l'eu de loul le cailon du liane. Tout ce qui se trouva travailler dans les 3 premières embrasures fut lue au nondjre de 10 ou 12 et entre autres le pauvre canonnier et, par un bonheur, aucun boulet ne perça dans l'embrasure où j'étois avec M. Guille. Bref le général de tranchée nous ordonna de i'cmclliv noire travail à la nuit.

('omme elle alloit commencer, on arbora le drapeau blanc cl je vis paroistre un officier, chevalier de Malle, à qui j'allay parler sautant hors de la batterie pour m'approcher. 11 me dit qu'il demandoit à capituler ; je l'allay annoncer à M. le duc d'Harcourt, mais toute la tranchée éloit desja sortie dehors pour parlementer avec l'ennemi, on publia la suspension d'armes, et toutes hostilités cessèrent.

Sans cette capitulation nous eussions mal passé notre tems à celte batterie, car la place et son artillerie éloit dans son entier et nous auroit bien foudroyés.

M. de Sainl-Périer avoit monté la tranchée en qualité de lieutenant général la veille de la capitulation, mais ce fut sous M. le duc d'Harcourt que la place se rendit.

Pendant le siège du château de Milan, M, le mareschal de Villars ne fesoit que donner des fesles aux dames de la ville. 11 s'avisa, avec son air fanfaron à l'ordinaire, de dire dans un bal : qu'il éloit bien vieux, ce jour là, mais que le lendemain il seroit encore bien plus vieux, car il auroit Milan. La nièce de M. de Visconti, gouverneur du château, luy dit : « ]\lonsieur le Mareschal, vous avez bien peu d'idée de mon oncle, pour

avancer cp que vous dites ». Le mareschal fut surpris, mais il lui dit : « Madame, je respecte M. votre oncle, mais il est là à défendre une bicoque où il n'est pas possible que, tout brave homme qu'il soit, il tienne plus longtems ».

Il étoil cependant vray que la place n'étoit point bicoque, mais très bien fortifiée et que nous en eûmes bon marché, les ennemis ne s'étant servi ni des mines qui étoient toutes préparées, ni des bombes qu'ils avoient en abondance.

Ce fut pendant ce siège qu'on chanta dans la cathédrale de IMilan le Te Deum pour la prise du fort de Kehl en Allemagne, le roy de Sardaigne et le mareschal de Villars y étoient dans une tribune à droite de l'autel. Dans ce tems là il vint quelque boulet échappé de nos batteries du siège; les principaux de Milan, tout effrayés, vinrent porter leurs plaintes au roy, mais je vis que Sa Majesté et M. de Villars ne firent qu'en rire, en assurant cependant à ces bons Italiens qu'on y mettroit ordre. Cependant le lendemain, il y eut encore quelques boulets échappés dans la ville. M. de Maillebois étoil dans ma batterie, lorsque des aides de camp du Roy vinrent me dire que cela n'arrivât plus. Je fis voir à M. de Maillebois que je ne pouvois pas détruire une nouvelle batterie que fesoit l'ennemi sans hasarder que quelques-uns de mes boulets n'échapassent dans la ville; comme il étoit vif, il m'ordonna de n'en pas moins tirer sur la nouvelle batterie des ennemis, et vraysemblablement dit au roy ma situation et son ordre.

Le l'^'' jour de l'an 1734, je fus détaché de l'armée avec 10 pièces de canon, oO canonniers et un détachement de la compagnie d'ouvriers de Guille, pour aller sur TOglio sous les ordres de M. de Broglie; les officiers qui étoient sous moy étoient d'abord ceux de ma brigade, plus M. de la Blachère, capitaine, de Cosne *, aujourd'hui colonel, chef de brigade, et Montalembert l'aisné.

Notre quartier général étoit à Bozolo; en y allant nous ren-

1. De Cosne (André-Claude), cadet aux gardes françaises en 1717, officier pointeur en 1719, brigadier le 25 juillet 1762.

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coiilrAiMcs hi garnison du cli.'ilc.iii de Mil.iii (|iii alloil à Maiilouc, Il rlanl |>as |nis<>iiiiiri(' de miciTc, non jdiis (juc (■(dl(ï de l*i//.ii^li('ll()M(' cl d'à M lies places (|iii ciii'ciil. Ion les les liormcurs de la guérie, cl pour les avoir elles se reixIii'cMd [)liis losl. M. le maniiiis de Houvroy Sandrieoiul coiiunaïKloil à Hozolo, où il y avoillc réf^iineiil d'iui, puis après, celuy de Monconseil ' el les dragons de la lUMno. J'allay établir deux pièces de canon à Gazolo, qui csl un bourg sur le bord de rOglio, et garday mes huit autres pièces à Bozolo, ou sur le bord de la rivière en avant de Saint- .Martin de Marcaria. Comme nous étions très près de Mantoue et que les ennemis |)ouvoient nous surprendre aisément dans nos <[uarliers assez éloignés les uns des autres, d'autant que l'Oglio est guéable dans bien des endroits, nous étions très allertes et au premier coup de canon qu'on tiroit, on battoitla générale et de Bozolo on marchoit sur l'Oglio pour en défendre le passage. Ces allertes éloient extrêmement fréquentes, j'en ay veu jusqu'à trois dans un jour. M. de Broglie, qui tenoit son quartier général à Cazal Major, sur nos derrières, se moquoit de ces allertes de M. de Sandricourt, mais celuy-ci eut trop bien sa revanche lorsque M. de Broglie fut surpris sur la Seçia comme on le verra par la suite.

Au commencement de l'année 1734, j'eus des ordres pour aller trouver M. le mareschal de Villars à Colorne, c'étoit pour aller chercher à Parme l'artillerie nécessaire pour faire le siège de Modesne. Mais en arrivant à Colorne j'y trouvay tout en grandes intiuiétudcs, les ennemis étoient venus planter le may, le premier jour de ce mois, de l'autre costé du Pô, qu'ils a voient passé à Borgoforte, et avoient chassé tous les difîérenis postes que nous occupions derrière cette rivière. Je me présentay pour prendre les ordres du mareschal, mais il n'étoit plus question du siège de Modesne, on me fit signe

i. Appelé depuis Beaujolais, aujourd'hui 74" d'infanterie.

de n'en point parler dans les circonslanccs. Je vis le mareschal se promener dans une salle en long et en large, très agité et très inquiet, déchirant ses manchettes, feignant de jouer au tric-lrac avec l'intendant, puis jelant le cornet et les dés. Bref c'est une assez vilaine scène que de voir un général surpris se démesler.

Je remontay à cheval et m'en allay rejoindre ma brigade. Toute l'armée qui avoit repassé le Pô se rassembla sous Bozolo et le long de l'Oglio, laissant seulement des troupes à Saca et à Colorne. Quelques jours après, elle marcha sui deux colonnes pour passer l'Oglio, l'une par Saint-Martin de Bozolo, commandée par M. de Contades, et l'autre par Gazolo, que commandoient le roy et le mareschal. L'objet étoit de marcher vers Bourgoforte et de couper à l'ennemi le pont de communication sur le Pô entre ^lantoue et lui. Xous marchâmes toute la nuit dans le plus grand silence, parceque nous passions tout près de Mantoue. Ce projet étoit beau, mais M. le mareschal de Villars sétant trouvé mal et évanoui pendant trèslongtems par la grande fatigue qu'il eut à cheval à son grand aage. on s'en retourna sur ses pas et le projet eschoua.

Le mareschal pensa mesme être pris à la petite pointe du jour, par une grandgarde de cavallerie que commandoit un jeune seigneur allemand, beau blond, que je vis mort sur la place. Car les gardes du roy de Sardaigne, au premier « qui vive », ayant reculé, il s'en fallut très peu que le roy de Sardaigne et M. de Villars ne fussent enveloppés et menés à Mantoue. Mais deux compagnies de grenadiers arrivèrent très à propos pour les dégager, il y eut 80 à 90 hommes des ennemis tués avec le capitaine. Le jeune Allemand finissoit seul la guerre s'il les eut pris.

M. de Rasky, colonel d'hussards, s'empara bien de Bourgoforte, mais les ennemis se renforçant pendant le tems de l'évanouissement de ^L le mareschal, le coup fut manquez, et en s'en retournant on perdit bien des soldats qui allant marauder dans les cassines, s'enyvrèrent et furent pris.

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L"('\|>('Mlil ion iii;iii(|ii(''(\ M. le iii;ii('s<li;il de NHllilTS s'en rt'l(Miiii;i à l>()/.(tl(» cl y r<'(;ul des ordi-cs de l;i «•{»iir de rcvi'iiii" «Ml l''i;ni((\ Je \r \ is monlcr m chaise, en disanl julien à MM. de (loiilades cl de l*e/.('' : « Mes l)<)ns amis, je vons reNcri'av plus losl (|iie vons ne eroie/. •<. On dil (|ue eesl cpiil sonpeonnoil ces niessienrs d'avoir mandé à la (loin* (jn'iléloil heaneonp loinhé. Son j)rojet sur l^onr^oforh^ n'éloit pas d'nn radoteur, luais il déplaisoil au roy de Sardaigne par le Ion qu'il prenoil avec luy. Il n'alla pas plus loing que Turin où il tomba malade, et l'on dit qu'il mourut dans la mesmc chambre où il étoit né, lorsque son père y étoit ambassadeur.

Ce fui dans ce lems là (}ue m'arriva mon espèce de querelle avec M. de Saint-Périer,

Il est vray que tout le corps avoit lieu d'être mécontent de luy. Il venoit encore de détacher M. de Labinon, son protégé, pour couler à fond des galiotes qui voguoient sur le Pô, quoyque ce ne fut pas son tour d'être détaché. En toute occasion il en fesoit de môme pour les officiers qu'il avoit amenés avec luy de Flandres, mais ce qui affligeoit le plus le corps, c'est que M. Bailly, aïant été fait lieutenant d'artillerie à l'occasion de la retraite de M. de la Chaubruière ^ et commandant en 3' de l'équipage, on sçut que M. de Saint-Périer avoit demandé la Majorité de l'équipage pour M. de Mouy-, neveu de sa femme, bien qu'il ne fut que des derniers commissaires ordinaires, ce qui arrestoit l'avancement de chacun.

Nous avions avec nous M. d'Albert, commissaire provincial, à qui cela fesoit tort : il ameuta tous les officiers et ils écrivirent à M. le duc du Maine. Je n'étois en rien de cette émeute et ne me suis jamais trouvé dans leurs assemblées. Cependant, un beau jour que j'évitois à l'ordinaire M. de

1. La Chaubuère (A\\Aionsc de Leslenon de), brigadier le 20 février 1734.

2. Ansard de Moiiy (Picrrc-Franrois), aide de parc en 1720, brigadier en 1748, mort lieutenant général en 1771.

Saint-Périer, donl j'élois peu content, et que je me promenois à l'écart, j'entendis tout d'un coup du bruit derrière moy : c'étoit M. de Saint-Périer qui reprochoit à ces Messieurs qu'ils avoient écrit contre luy à la Cour. Ils luy répondirent qu'il étoit juste qu'ils empeschassent qu'il leur fît lorl en nommant M. de Moûy à la Majorité, lorsqu'il en étoit éloi^j^né par son grade inférieur et son peu d'ancienneté. M. de Saint- Périer répondit que c'étoit parce qu'il avoit un mérite sup 'rieur qu'il le proposoit. M. d'Albert répondit qu'il ne luy en connoissoit pas d'autre que d'estre le neveu de sa femme. Le général, étourdi de la réponse sèche du Provençal, dit pour espèce d'excuse que personne des commissaires provinciaux ne vouloil de cette charge, et m'apercevant dans le moment il dit : « Demandez à M. Le Pelletier que voilà, s'il en veut ». Ho alors! la Picardie me monta à la teste et sans luy manquer de respect, je luy en dis assez pour luy faire voir tout mon mécontentement, vu que cet employ mesme m'étoit promis par M. le comte de Borstel, après M. Bailly, s'il eût commandé l'équipage. M. de Saint-Périer n'eut rien à répondre, mais croiant que je devois estre de ceux qui avoient écrit au sujet de la Majorité, il s'imagina d'écrire contre moy à M. le Secrétaire général, en disant cependant que j'étois un bon officier, mais que je venois de prendre un travers contre luy.

Je m'en doutay et manday mon soupçon à ma femme qui étoit à Paris. Elle fut chez M. de Gormond qui luy dit que M. de Saint-Périer avoit écrit contre moy pour qu'il montrât la lettre au Prince, mais qu'il n'en feroit rien, que le général étoit injuste de vouloir faire passer ses neveux devant tout le monde; il promit de penser à me retirer de tout embarras et, effectivement, je passay l'année d'ensuite à l'armée d'Allemagne où je fus fait commissaire du parc d'un équipage de 120 pièces au lieu de 20 en Italie. Ainsy, sans le vouloir, le général avoit contribué à mon mieux être. Ce que je ne renouvelle icy que pour faire voir qu'il ne se faut pas désoler lorsqu'on nous dessert à la Cour sans lavoir mérité.

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