‹ Mémoires de Louis-Auguste Le PelletierChapitre 14 sur 49 · CAMPAGNES DE 1734 EN ITALIE · texte numérisé non relu

CAMPAGNES DE 1734 EN ITALIE

ET D F. 17 35 EN A L L i: M A G N E

Combat de Colorno, mort de M. de Monllaur. — Bataille de Parme, mort du général de Mercy. — L'armée française est surprise à la Sesia; la casquette du maréchal de Broglie; Le Pelletier sauve tout son canon; retraite, fatigues et privations. — Bataille de Guastalla, brillante charge de la cavalerie française, anecdotes. — Le Pelletier est nommé commissaire de parc à l'armée d'Allemagne. — Le camp de Dalheini. — La paix. — Acquisition du fief de Liancourt; naissance d'Auguste-Louis-Michel (1735) et d'Antoine Le Pelletier (1738). — Une note de chirurgien en 1738.

L'armée resta quelque tems cantonnée sur lOglio, puis les ennemis s'étant emparés de Colorne, maison de plaisance des ducs de Parme, on alla la reprendre sous les ordres du roy de Sardaigne, et sous luy MM. de Goigny et de Broglie ', qui lurent faits mareschaux de France.

Les ennemis qui avoient pris ce château avec peine y aïant perdu M. de Ligneville, jeune seigneur lorrain desjà de grande réputation, quittèrent ce poste assez légèrement. Ce fut à cette attaque que nous perdîmes M. de Montlaur, qui eut fait le plus grand chemin dans l'artillerie. Ce fut bien par sa faute.

1. François de Fran([uetot, duc de Goigny, né en 1670, et François- Marie, duc de Broglie, né en 1671, tous deux maréchaux de France en

60 MK-MOiniiS DE L.-A. LE PELLETIER.

La veille de celle aiîaire, il me persécula pour faire des gargousscs de papier pour noire canon. Nous n'avions pas de colle pour les coller, malgré cela il s'obslina à rouler du papier sur des refouloirs, pour former ces gargousses. J'eus beau luy dire que n'cslanl pas collées, la poudre s'échapperoil, il senlesla à en faire ainsy, el jeus la complaisance avec M. de Villepalour ' qui éloil alors un enfant, d"v Iravailler, me promellanl bien de ne m'en pas servir. Le lendemain il voulut en user, son canon étoit placé dans une cour où il y avoit beaucoup de paille, il tiroit sur le château. Il tomba de la poudre sur la paille, el sur des lambeaux des papiers des gargousses qui éloient encore allumés, de sorte que Î\L de Montlaur voulant mettre luy-méme une cartouche mal faite ou déjà dérangée, comme je le luy avois prédit, elle prit feu, et la flamme entrant par la respiration causa sa mort. Baralier fut auftsy blessé de cette même avanture. Je n'eus que le tambour de mon détachement de blessé dans l'attaque. M. de Sabrevois ^, commissaire provincial, tira avec beaucoup de succès en cette occasion dans un jardin où des troupes étoient en bataille.

Les ennemis ayant abandonné Colorne, je fus un des premiers qui y entrèrent, je monlay vile au haut d'une des 4 tours de ce château et rapportay les mouvements des ennemis.

Avant de quitter ils avoient mis une teste de carton de leurs machines d'opéra au bout dune pique, avec cette devise : « Visage de bois ».

C'est une belle maison où il y avoit bien des curiosités, surtout une grotte où plusieurs cyclopes batloient du marteau continuellement, par le moyen de poulies mises en mouvements par des conduits d'eau. Au lieu de bosquets de char-

1. Villepalouf (Loms-PhiVippc Taboureau c/e), élève à Besançon en 173^, brigadier le 10 février 17o'.), maréchal de camp le 20 février 17C1, licutcnantgénéral le 1" mars 1780.

2. Dupont de Baralier. Voir Mémoires d'ariilleile de Saint-Remy, l. I, p. 317.

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