‹ Mémoires de Louis-Auguste Le PelletierChapitre 21 sur 49 · CAMPAGNE D'HIVER EN · texte numérisé non relu

CAMPAGNE D'HIVER EN

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Sicgc do Fribourg-cn-Brisgau; M. de Malézieu; M. de Vallièrc. — Difficultés et dangers du siège. — Le Roi vient à la tranchée. — Réputation des frères Le Pelletier. — Bravoure de M. Le Féron, sa mort. — Le l'elletier retourne à Cambray avec le grade de brigadier des armées. — Campagne de 1746. — Siège d'Anvers. Le marquis de Thiboutot, le comte, depuis cardinal d'York. — Siège de 5famur; M. d'Invilliers est blessé; mort du chevalier de la Gaucherie. — Bataille de Raucoux. — Nomination au commandement en chef de l'École d'artillerie de Grenoble.

A la fin de l'année 1744, commença le siège de Fr'ibourg. M. de Vallière père y vint commander l'artillerie, au grand désagrément de M. de Malézieux qui en avoit fait tous les préparatifs et qui étoit commandant en titre de l'artillerie de l'armée et dans la province d'Alsace. Ce chagrin luy vint d'une querelle qu'il eut avec M. de Brou, aujourd'huy chancelier ^ et alors intendant d'Alsace. On fit venir M. de Vallière comme l'homme du jour. M. de Malézieux souffrit cette disgrâce en vray philosophe et n'en donna pas moins tous ses soings quoyqu'en second, comme s'il eût esté toujours chef,

1. Ou plutôt garde des sceaux. M. Feydeau de Brou devint garde des sceaux en 1762,

pour la réussite du siège dont il avoit fait tout le travail et les préparatifs. C'éloit un homme droit, plein d'esprit, de religion et de grande probité.

L'artillerie étoit la plus nombreuse quil y eût eu jusqu'alors. Elle étoit commandée par M. de Vallière, qui de tout le siège ne put, par ses infirmités et blessures, aller une seule fois à la tranchée, mais sur les plans qu'il avoit et les comptes que les commandants et aide-majors luy rendoient, il la conduisit avec son expérience ordinaire. Il y avoit pour la servir les bataillons de Fontenay, de Pombec ' et de Gaudechart de Royal-Artillerie et trois bataillons d'infanterie dont deux de Bourbon.

Sous M. de Vallière étoient MM. de Malézieux et de la Roche-Aymon, mareschaux de camp, d'Aboville et le baron de Meslay, brigadiers, et moy, mon frère, le chevalier de la Gaucherie, Roy du Guez et Du Gravier, commandants en second. Nous roulions pour les jours de tranchée et toujours deux de commandés à la fois, l'un pour la droite, l'autre pour la gauche.

Les ingénieurs commandés par M. le comte d'Aumale firent un canal fort long pour décharger les eaux de la rivière et la saigner; ce canal pensa nous être fatal, parce qu'il coupoit notre attaque en deux parties. On y avoit établi des ponts très dangereux, n'y ayant pour les couvrir que de longues fascines mises droites dans des gabions, qui ne couvroient guère les allans et venans, d'ailleurs les coups de fusil passoient au travers. Il ne laissa pas que d'y avoir beaucoup de gens tués sur ces ponts; mais comme les travailleurs et troupes en usoient perpétuellement, le nombre en fut très médiocre, eu égard à ce qu'il pouvoit être. Les ponts furent aussi fréquemment emportés par des crues et les communications rompurs.

M. de Vallière ne voulut pas qu'on commençât à tirer que

1. De Pumbecque (Alexandre-Eugène de l'Echaule), lieutenant dans Royal-Artillerie en 1704, brigadier le 2 mai 1744, maréchal de camp le ic"" janvier 1748.

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loul le canon ne l'M \)vr\ en iiirinc h'iiis à jouer de loiiles les Italleiies. (le relanl enlianlil les hourjj^eois (ît les daines el les moines à nous Ncnir insniler sur les reinparls, en nous disant (|ue nous avions a|i|)areniinenl xmdii nos pièces pour avoir de la |)oudi-e, don! ils eroïoieni <|ue nous manf|uions. Mais ils Turenl bien surpris (juand loul eoninienea à tirer à la lois; nous ne vîmes plus depuis ce Icms là de promeneuses sur le remparl, el si au lieu de eommencer nos salves sur les midy où chacun étoil allé dîner, nous l'eussions l'ail plus losl ou plus lard, il y eût eu du sanji^ femelle répandu.

On verra par les relations de ee siège combien il dura et combien on eut de tems contraire et de fatigue el d'obstacle ; Tcau étant dans toutes les tranchées, où on en avoit jusqu'au genou, la gelée cl la neige en sus. On se seroil rebuté el on eût levé le siège, si la présence du Uoy, rétably de sa maladie, n'avoit forcé à le continuer. 11 alla plusieurs fois voir le siège de dessus une montagne qui découvroit tout. Un jour que mon frère et moy étions de tranchée, nous redoublâmes beaucoup notre feu, le Roy fut surpris de cette vivacité d'artillerie. Un seigneur luy dit : « Sire, faut-il s'en étonner, c'est MM. Le Pelletier frères qui sont aujourdhuy de tranchée ». Nous venions de faire les sièges de Flandre avec le Roy, il n'est pas étonnant que nous fussions alors plus connus à la Cour que les officiers que nous avions rejoints en Allemagne, Il est vray que sortant de sous les ordres de M. de Vallière, sous lequel nous fûmes connus à Menin, Ypres, Furnes, nous avions acquis une réputation. M. de Malezieux me gronda d'avoir trop usé de boulets et de poudre; je luy dis que le Roy estant à la tranchée, j'avois cru qu'il étoil de son honneur comme du noslre de faire grand feu.

Ce siège fut très long et meurtrier, entrepris d'ailleurs dans l'arrière-saison, qui fut mauvaise; on y perdit beaucoup d'ingénieurs et 77 officiers d'artillerie.

Un jour je causois dans une batterie avec plusieurs officiers, lorsque je fus surpris de les voir me quitter précipitamment

pour s'enfoncer dans la batterie; c'étoit une bombe qui vint tomber très près de moy et d'un baril de poudre découvert. Je me couchay pour la laisser achever de fuser et crever, ce qu'elle fit sans mettre le feu au baril de poudre, et j'en fus quitte pour un caillou qui frappa la forme de mon chapeau et dont je ressentis des douleurs pendant 3 mois. Ces accidents sont communs aux sièges et je ne parle de celuy-cy que parce qu'il me revient en idée.

Nous perdîmes à ce siège notre neveu M. Le Féron, qui étoil déjà, quoyque tout jeune, dans une grande réputation de valeur. 11 avoit déjà été blessé 3 fois à ce siège. Enfin la veille ou surveille de la Toussaint, estant à la batterie du chemin couvert de M. de la Pelouze, son brigadier, il s'amusa à tirer des coups de fusil sur des officiers de la garnison cuirassés avec des pots en teste, qui fusilloient dans nos batteries. Un d'eux luy perça trois fois son chapeau par une balle, mais sans le toucher. Cet avertissement ne l'affecta point et il recommença encore à tirer le lendemain. Cétoit son dernier jour de tranchée, et il alloit être relevé; on avoit envoyé des dragons pour tirer sur ces gens là et on luy dit de descendre pour leur faire place. 11 demanda un fusil pour tirer seulement encore un coup, et dans le moment il reçut trois balles dans la teste au travers de son chapeau déjà criblé.

Il fut enterré dans un jardin près de la chapelle de notre quartier, qui étoit déjà rempli entièrement d'officiers tués.

C'étoit un des plus braves et des plus déterminés jeunes officiers qu'on puisse voir à cet âge là. On ne parloit que de son intrépidité et de ses actions de valeur en nombre de rencontres. M. le comte d'Eu, notre Grand-Maître, le regretta beaucoup et accorda que mon fils aîné * fût reçu surnuméraire quoyqu'il n'eût pas l'âge, comme espèce de consolation pour la perte que nous faisions.

La ville rendue, nous ramenâmes notre artillerie à Stras-

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