‹ Mémoires de Louis-Auguste Le PelletierChapitre 23 sur 49 · Henri de Baraillon du Brocard; voir p. 73, noie · texte numérisé non relu

Henri de Baraillon du Brocard; voir p. 73, noie

2. Marquis de Thiboutot (Louis-Franijois), brigadier le 1" janvier 17i0, maréchal de camp le 2 mai 1744.

CAMPAONK ni'l 17'.('.. 107

cl (!<' Sainl-Cinillain, mon IVric coimiiaïKla railillcfic au sir^c «le Saiiil-duillaiii.

ApiTS CCS expcdilions, M. le inarcsclial Ac Saxe (il rejoindre rarniée de (lonly avec la sieiiiie cl nous vînmes camper en avant de ninxellcs. Je fus commandé comme l»ri}j;a(licr pour cslro de piciuol. C eloil M. de Moiilhoissier, des mous<piclaii('s, liculenanl général, (pii lui de jour, avec M. le prince de Soubisc, alors marcsfdial de camp. Le premier me prit avec luy pour faire la visite des postes. Le lendemain, l'armée marcha sur Louvain, les officiers généraux de jour la veille sont obligés de faire dans ce cas l'arrière-garde de l'armée. Celle-ci marchant sur deux colonnes, M. le prince de Soubisc commanda larrière-garde de la première et moi comme brigadi<'r celle de la seconde....

Les ennemis ayant été obligés de changer leurs positions par l'habileté des marches de M. le mareschal de Saxe, nous allumes investir les ville et citadelle de Namur, notre armée étant commandée par le comte de Clermont, et le mareschal avec la sienne faisant face aux ennemis pour nous couvrir.

Je fus logé avec M. de Thiboutot dans un chfdeau qui appartenoit à un gentilhomme enfermé dans la place. Sa femme, qui étoit preste d'accoucher, venoit d'arriver de Namur pour éviter le siège. Nous luy allâmes rendre nos respects et tâcher de la rassurer. Je crus qu'il convenoit de luy donner à dîner, et nous ne songions à table qu'à luy faire toute sorte de politesses. Nous en étions au dessert lorsque je reçus l'ordre de monter à cheval et d'aller tracer les batteries pour l'attaque entre le fort Coquelet et la ÎMeuse. On en fit encore une de l'autre costé de la Meuse, où d'Invilliers eut le bras cassé. Ce fut devant le fort Coquelet que le chevalier de la Gaucherie, qui s'étoit très distingué par sa grande valeur à Dantzick avec M. Bassat, fut tué d'un boulet.

Le gouverneur abandonna la ville et se retira avec sa garnison dans les forts. Il fit demander qu'on luy envoyât des

officiers d'arlillerie, qui mesurassent avec luy les bresches, pour en tirer un certificat comme la bresche avoit tant d'étendue, afin de prouver à la République qu'il n'avoit pas rendu la ville trop tost. Le Prince me chargea de cette besoigne et j'emmenai avec moi M. de Rostaing.

Ensuite l'attaque de ces forts redoutables se fit de tous costés. Celuy d'en bas pensa être surpris par la témérité d'un mousquetaire ou volontaire, qui, trouvant le moyen d'approcher des échelles, parvint à monter sur le rempart du fort et il l'auroit surpris s'il n'eût crié trop tôst « tuel tuel » — Ces châteaux si formidables ne firent pas la défense qu'ils auroient pu faire, s'étant rendus le lendemain que la ville eut capitulé.

Nous partîmes quelques jours après pour rejoindre M. le mareschal de Saxe qui nous porta en avant pour aller attaquer les ennemis à Raucoux.

Je ne sçais quel fut l'objet de sa bataille, on alloit entrer en quartiers d'hyver. On dit que les Hollandois et leurs confédérés tenoient, malgré leurs pertes, des discours si hauts pour donner la loi aux conférences de paix, que le Mareschal eut ordre de donner une bataille qui ne pouvoit plus nous procurer aucun autre avantage que de leur rabattre le ton.

Nous partîmes à la pointe du jour et suivîmes le chemin de Liège jusqu'aux premières maisons en avant du village de Varoux qui lient au faubourg de Liège. M. le comte de Clcrmont, i\I. le comte d'Estrées, M. de Lowendal montèrent en haut d'une maison pour voir la position des ennemis, et j'y montai avec eux. Après quoy ils firent leurs positions, comme M. le mareschal de Saxe lesfesoit du costé du village de Raucoux. Mon frère commandoit des divisions d'artillerie à la gauche du costé de Raucoux, comme j'en commandois à la droite en l'armée de M. le comte de Clermont.

Je fis pointer plusieurs pièces sur des piquets d'infanterie qui se glissoient pour couper notre infanterie par les derrières, ce qui les fit promptement rétrograder. Ayant remarqué que

CAMI'ACM': l»K 17if.. lOD

iii ciivallt'ric ciiiUMnii^ voiiloil ;nissy scMciidi'c pour coiiitcr iu)lr<' aislc droilt*, je. lis bulcr loiif^lcins contre celle cavalleric, «lui se robouchoil silosl i\\w, le canon y avoil fail bresche. Ils eurenl boaiicoup à soiillVir, (|ncl(|iie («ITorl <jn'ils fissenl pour s'éleiidrc par Ictir ^aïKlic «In coslr du village, les jticniicrs escadrons éloienl incessaninuMil canonnés.

Je lis avancer (r;uilres brigades |)()Mr luller conlre une jjallerie considérable (pie les Anglois avoieni l'aile sur un saillant <lu soininet du ravin à une poi-téc de canon de nous. Nous gaignAmes sur eux la supériorité, notre canon étant de plus gros calibre.

M'élant avancé pour faire faire quelques mouvements à de nos batteries, je pcnsay élre investi par la cavallerie et écrasé sous les pieds des chevaux, comme il éloit presque arrivé à mon grand père à la bataille de Nordlingue. Mon domestique qui me menoit mon cheval s'étoit sauvé au premier coup de canon, et éloit allé dire à mon frère à l'aile gauche que j'avois été tué.

Quand les ennemis se retirèrent, sur l'ordre du mareschal de Saxe, deux de mes brigades de IG, dont l'une étoit commandée par M. de Mouy, allèrent à leur poursuite, pesle mesle avec les houzards; elles tiroient de tems en tems, puis elles galopoient avec les houzards en les rejoignant. Ce qui divertit beaucoup le mareschal.

On fit des prisonniers, un petit soldat des volontaires de La Morlière amena à M, le comte de Clermont un officier ennemi, homme de belle taille, qu'il avoit fait prisonnier, et en le présentant il dit : « Tenez, mon prince, je vous remets mon prisonnier, gardez-le, je vais vous en chercher un autre », et part du pied pour retourner à sa troupe.

Un de nos canonniers venant secourir un de ses camarades blessé, celuy-cy luy dit : « Hé, laisse-moy mourir et retourne à la poursuite des ennemis ».

Peu de jours après, nous remmenâmes notre artillerie en Flandre.

Le 13 may 1740 est né à Compiègnc mon troisième fils, Louis-François, dit le chevalier de Glatigny.

J'ay acquis le fief de Glatigny, situé à Bélhisy, le 29 novembre 1746, et le Soupiseau le 28 avril 1749.

Le l*"" novembre 1746, je reçus mes lettres de commandant en chef de l'école de Grenoble et de lieutenant provincial au département de Dauphiné, M. de Sabrcvois ayant ou celuy de Besançon.

COMMANDKMKNT D'KCOLKS

SUPPRESSION 1) K LA C II A K G li D lî G 11 A \ D M A î I' K I DE l'artillerie

Le l)U(li,nH d'un l)iiga(li(M- des armées en 1747. — Campagne contre le roi de Sardait;;nc. — Marchés de la guerre. — Echec du camp de l'Assiette. Mort du chevalier de Belle-Isle, et de M. d'Arnaud, maréchal de camp. — Le Pelletier est nommé maréchal de camp (174S) et commandant en chef <lc l'École de la Fèrc (1749). — Administration de l'École, Picards et Provençaux. — Suppression de la charge de Grand Maître de l'artillerie. Réunion du corps d'artillerie, du régiment de Royal-Artillerie et du génie sous la direction de M. de Vallière; nombreux changements. — Le Pelletier est chargé du département général de Normandie à la place de M. de la Roche-Aymon. 11 est nommé l'un des six inspecteurs généraux d'artillerie.

En 1747, on fil le siège de Berg op'Zoon, où l'on perdit presque autant de monde qu'à Fribourg, Pour moy je partis de Compiègne vers le mois de mars, avec mes deux premiers fils, et allay prendre possession de mon commandement en chef de V École d'arlilleric de Grenoble. J'étois parti de chez moy dans ma voiture avec deux bons chevaux, et tout le long de la route j'instruisois mes enfans de la géographie et de la carie du pays. J'acheplai un carroce et je tenois un estai très honnesle. Je n'avois d'appointements que 2 400 livres comme commandant d'Ecole et 1 800 livres comme chef du Déparlement. Je touchois de plus les appointements d'officier pointeur de mon fils aisné. Je n'eus de la cour que 1 000 livres do

gralificalion la première année et 400 livres par mois, la seconde campagne, comme employé à l'armée de Belle-Isle. Je suis encore surpris d'avoir pu vivre dans cet estât là, aussy décemment et donnant souvent à manger, avec si peu d'appointements.

' M. le mareschal de Belle-Isle qui commandoit l'armée de Provence aiant eu dessein d'attaquer le roy de Sardaigne par le Piedmont, avoit fait ordonner un équipage de campagne que je commanday comme se trouvant assemblé dans mon Département et aussy un équipage de siège. Je luy soumis un estât général de tout le poids de l'artillerie que j'avois à faire passer en Haut-Dauphiné et du nombre de voitures, chevaux et mulets qui étoient nécessaires. L'intendant ayant refusé de s'en mesler, je passay, sur l'ordre écrit du Mareschal, des marchés en Provence pour les moïens de transport qui me manquoient. J'allay ensuite chez l'Intendant et luy dis que j'avois fait mon marché à 12 livres du quintal et que je l'avois envoyé à la cour. M. Magalon, frère de M. de la Morlière, commissaire des guerres et secrétaire général de l'Intendance, en fut furieux et dit brusquement à l'Intendant qu'il avoit fait une belle sottise, que la Cour avoit mon marché à 12 livres du quintal et que le sien pour les vivres et le fourrage étoit de 17 livres et que cela alloit faire beau bruit.

Cela fit que l'Intendant fut obligé de remettre tous ses marchés à 12 livres et qu'il n'y eut plus de revenans bon et de profits pour personne, et c'étoit là le nœud gordien.

Les bureaux me cherchèrent chicane sur tout et n'en laissoient échapper aucune occasion, mais il me fut facile de répondre à tout, et de me peu embarrasser de leur mauvaise humeur. Quand on a un droit on va la teste levée.

J'allay à Mont-Dauphin où étoit l'assemblée de l'équipage. M. de Loyauté, qui étoit en second sous moy, connoissoit depuis longtems M. le chevalier de Belle-Isle, frère du mareschal; il se ménagea auprès de luy l'avantage de partir avec la 1" division qui alla attaquer le camp de l'Assiette. Le che-

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valicr de lU'Ilc-Islc cul le loil de ne lucllrc avec les Ircjupos ({iii mar<lioi(Mil <juo des pclilcs pièces de (.'unon à dos de luulel.

Ce camp «^loit fortifié duii mur en pierres sèches sur la creste d'une montaj^ne de très difficile accès. Du gros canon eiU détruit ce mur, et, dis|)ersanl ses |)ierrcs sur les défenseurs, en vùl fait aulanl de carlouciies contre eux. On voulut atta([uer le camp de vive force; cL lescalader; le chevalier de Belle-Isle fut tué avec M. d'Arnaud, marcschal de camp, cydevant lieutenant-colonel du régiment de Monlboissier, qui avoit été sous mes ordres pour l'artillerie à Furnes. Bref ce fut une très malheureuse journée où nous perdîmes un monde infini, que leur bravoure engageoit à vouloir forcer un retranchement impraticable sans bresche, et qui furent tués du haut de ce retranchement comme on lueroit des volailles à coups de fusil dans une basse-cour.

La campagne finie je m'en relournay à Grenoble avec mon fils aisné. Mon second fils de Liancourt éloit resté en pension chez M. Dupuis, répétiteur de l'Ecole. J'aurois pu le faire officier, il étoit un des plus anciens surnuméraires, et tout autre que mon fils eût suivi son rang. Je le trouvay trop jeune ' et en choisis d'autres qui étoient plus en état de faire campagne.

En 1748, le duc de Parme vint à Grenoble avec le duc de Modène et on leur fit de grandes festes. Je partis pour notre armée du Haut-Dauphiné avec le titre de commandant de cet équipage; je visitay les places et particulièrement Briançon, que je regarde comme la plus forte de l'Europe; je fis des projets de bâtiments et magasins à poudre dans difTérentes places comme à ^lont-Dauphin, et à Embrun un arsenal. Mon artillerie étoit dispersée avec les différentes divisions de troupes qui gardoient les gorges des montagnes, M. le marquis de Mirepoix, d'Argouges, etc., officiers généraux, M. de

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