Il avait neuf ans, étant né en
Marieul commandant à Mont-Dau})hin et M. de Crussol à Guillestre.... J'avois été fait mareschal de camp le 1*' janvier 1748.
Le 15 septembre 1749, je fus nommé commandant en chef de VÉcole d'artillerie de la Fère et lieutenant provincial de ce département ; c'éloit tout ce que je pouvois souhaiter pour la proximité. Cette École et celle de Grenoble étoient les plus considérables et nombreuses en officiers et surnuméraires. J'avois en second M. de Motiy ', et M. de Bellecour en 3". Le premier, toujours ambitieux de parvenir avant son tour, s'étoit flatté de succéder de i^référence à moy à ^L d'Aboville, qui avoit quitté la Fère pour remplacer M. de Saint-Périer au département général de Flandres.
Je trouvay messieurs les Picards et les Normands dont étoit composée cette école beaucoup plus difficiles à mener que nos Dauplîinez et Provençaux. Je parlay ferme sur les assemblées de corps fréquentes qui se fesoient sans la permission des commandants et je punissois les petites fautes pour n'en avoir pas à punir de grandes. Dans tout le tems que j'ai commandé cette école et celle de Grenoble, je n'ay jamais écrit une lettre contre qui que ce soit. On me fit des reproches de ce qu'on sçavoit qu'il y avoit eu des révoltes à la Fère et que je n'en avois pas l'endu compte à la Cour. Je répondis que je croïois qu'elle avoit assez d'affaires, sans être étourdie de fredaines de jeunes gens, qu'elle m'avoit donné assez d'authorité pour n'avoir pas besoin de l'implorer pour remettre les choses en règle.
J'avois prévenu les officiers que je ne voulois pas absolument qu'ils se mêlassent de chasser d'eux-mesmes ceux d'entre eux qui pouvoient le mériter. Je leur dis que ce seroil dorénavant moy qui me chargerois de les renvoïer quand j'en
1. DeMouy (Pierre-François Ansard), aide de parc à Strasbourg en lliO, brigadier le 1" janvier 1748, maréchal de camp le 20 février l"6d, mort lieutenant général en mi.
Kcoijis DM (;i<i;nohij'. i;t ni-; i,.\ ri:iti;. ii:,
sîiiii'ois niic cjiiisc^ i';iis()iiii!ilil<', (|M(' j ;iI Iciidrois pour ccl;! (|iic rins[)('cl(Mir d'il CjuI, s(^s examens, ol «jue je doimcrois un con^é au jeune homme el que tout de suilc j'écrirois à ses parenls de ne plus le renvoyer cl pourquoy. Que par cctl(^ f'a(;on d'agir je sauvois h des gens peut-être très respectables le chagrin de voir leurs enfans deshonorés pour louiez leur vie, el (pie souvent les mesmes jeunes gens pouvoienl reprendre des seiiliinculs el (hnciiir de bons suj(?ls, ce qui réussil à plusieurs.
Depuis moy, on n'a pas beaucoup suivi celle lacon d'agir; aussy la Cour a-l-elle eu de la pratique pour remettre la discipline, si tant est qu'elle le soit. Il a fallu aller jusqu'à envoyer M. de Cremilles \" ministre, pour des révoltes qu'on eût pu apaiser et punir sans tant de fracas.
Ma mère mourut le 1" novembre 1749; personne n'éloit plus charilable <|u'elle, elle visitoit souvent les malades de son village, les secouroil et donnoit des soins à ceux que personne ne vouloit approcher....
En 1755, M. d'Argenson, ministre, vint visiter l'École de la Fère, avec M. le comte de Maillebois. M. de Vallière fds, directeur des écoles, s'y trouva. On exécuta devant le ministre une attaque du Polygone, on fit sauter beaucoup de fourneaux de mine, et on luy montra tous les différents exercices de nos Écoles.
Quelques années avant, javois eu une pension de 1 000 livres sur la croix de Saint-Louis.
Depuis longtems les ministres de la guerre se trouvoient choqués par l'authorité des Grands-Maîtres de l'artillerie. Celle
1. Le marquis de Cremilles, lieutenant général, avait été choisi pour concourir avec le maréchal de BeUe-Isle, ministre, à l'expédition des affaires de la guerre.
charge de la couronne avoit toujours été possédée par des princes ou des grands seigneurs qui avoient du crédit. M. le comte d'Argenson, ministre de la guerre, crut trouver le moment d'en faire la conqueste en la faisant supprimer. Elle étoit alors possédée par M. le comte d'Eu, et son frère le prince des Bombes avoit aussy hérité de M. le duc du Maine, leur père, fils légitimé de Louis XIV, de la charge de colonel général des Suisses. Le Prince vint à mourir et on profita de cette circonstance pour ofTrir au comte d"Eu la charge de son frère, à la condition quil remettroit au Roy la charge de Grand-Maître de l'Art illerie, qu'il aimoit plus que celle qu'on luy oflVoit. On luy fit croire que cela plairoit au Roy, et Mme la comtesse de Toulouse, sa tante, et M. de Brasac, son premier gentilhomme, (|ui en eut le cordon rouge, persuadèrent si bien le Prince, qu'il se laissa aller et consentit à tout, dont il se repentit. Le prétexte de cette démission étoit que le Roy vouloit réunir l'Artillerie, Royal-Artillerie et le Génie dans un mesme corps sous l'authorilé du Bureau de la Guerre.
Le comte d'Eu eût pu parer cette botte en disant au Roy que la guerre allant commencer, ce n'étoit pas le moment de changer totalement de face et de constitution des corps qui avoient tant de part aux événements, et que cela ne pouvoit se faire sans risquer beaucoup dans une telle circonstance. S'il eût promis que la guerre finie il feroit tout ce qu'on exigeroit, il eût conservé cette charge, puisque le ministre fui déplacé avant la fin. Le Roy ne supprima pas expressément la charge, mais il n'y nomma personne. (Ordonnance du 18 décembre 1755.)
Pour faire voir au Roy l'avantage qu'il trouvoit à cette nouveauté, il falloit avoir des projets à présenter; on retrouva dans les archives des bureaux de la guerre un projet que M. de Vallière le père, ce grand homme, avoit donné à M. le duc d'Orléans régent, dans la minorité de Louis XV, pour incorporer tous ces corps ensemble et que le Régent avoit
Norvi:i,i,i'; (HKiANisATidN iiK i/Airri[j.r,itii:. in
rel'nsr, ne voiil.iiil p.is «Mer «•elle cliarfçoj'i M. le diic du M.iiiKî <[ii"il cslinioil, (iiioviiuil lui lnoiiilli'' .inci' Iiiy.
M. (le N.iliiric le (ils se Iroiivoii iilors l)ii'(M,-l('ur cl Inspcc- Iciir f^éiirral des hjilaillons cl Mcolcs «iMPlilloric. On jolla (lal)Ord les yoiix sur liiy poiii- le incltic à la Icsic de loiis ces corps sous l'aMllioiMlc du Ministre. Il avoil avant luy i)resquc tous les lieulenanls «•énéraux d'arlillenc, mais il ne s'en Irouva alors aucun qui liU au bureau de la fi^uerrc en quelque commerce; comme inspecteur il y éloit plus attaché que les autres, qui dcpendoient plus particulièrement du seul Grand Maître.
On lit donc la réunion des trois corps, et un beau malin, sans i[\w nous nous en fussions doutés en la moindre chose chacun se trouva en mesme temps ingénieur, officier d'infanterie et officier d'artillerie. L'ordonnance du Roy le porloil, et ab hoc et ab hac on éloit employé au hazard en ces diiîérentes qualités, comme cela se trouvoit.
Ce miracle n'eût pu se faire que par le Saint-Esprit, comme il en fit un, lorsque descendant par des langues de feu, il est dit dans les saints livres que sur-le-champ les Apôtres parlèrent différentes langues, loquebantur variis linguis. L'opération de l'ordonnance n'eut pas un effet si miraculeux et l'on se fût bien aperçu de l'erreur, s'il y eût eu bien des sièges considérables à faire dans cette malheureuse guerre. Aussy il paroît surprenant qu'après la guerre de 1743 où l'artillerie de France avoit fait des miracles dans quantité de sièges des plus fortes places de l'Europe, on eût imaginé de donner une nouvelle constitution à des corps qui avoienl fait des preuves aussy éclatantes de leur bonne forme, et que nos ennemis et enfin le Roy luy-mesme avoienl avoué gaigner la supériorité sur tous les corps d'artillerie étrangers.
Aussy depuis, on a remis le génie dans sa forme première et on a fait tant et tant de changements dans l'artillerie, qu'il n'y a qu'à suivre la lecture des ordonnances pour voir toutes les erreurs, puisque continuellement l'une détruit l'autre.
us MÉMOIRES DE L.-A. LE PELLETIER.
M. de Vallière commença son espèce de ministère par des coups d'éclat pour ses amis et pour ceux qui ne luy plaisoienl pas. — J'étois alors mareschal de camp et le plus ancien commandant en chef des écoles, mon frère dans le mesme grade étoit le second, MM. de Rostaing, Guiol et dinvilliers en grade inférieur avoient les trois autres commandements. Je fus bien surpris de recevoir une lettre du ministre par laquelle il me marquoit que le Roy étoit bien content de mes services, mais que par les nouveaux arrangements, il avoit besoin de ma place pour la donner à M. de Bréande '. Mon frère et d'Invilliers furent aussy réformés.
J'attribuay le nœud gordien de cette affaire à ce M. de Bréande estant le plus ancien capitaine des 5 bataillons de Royal-Artillerie pour monter à la lieutenance-colonel , et M. de Cosne, cousin de M. de Vallière, le suivant après, M. de Vallière avoit voulu faire sortir Bréande par une belle porte et gaigner son rang.
Peu après, je reçus Tordre daller faire le département général de Normandie à la place de M. de la Roche- Aymon -, que son grand aage et ses infirmités mettoient hors destat d"y aller commander dans le moment où l'on entroit en guerre avec les Anglois et où il falloit un chef à l'artillerie pour la guerre des costes.
Pendant les 3 années que j'ai été employé en Normandie (1737-1 758-1 759), je servis la première en qualité de lieutenant général d'artillerie à la place de M. de la Roche-Aymon; la seconde année, ce corps ayant changé de constitution, je servis comme directeur de l'artillerie en Normandie et la troisième comme inspecteur général. Rien n'est plus singulier que les fréquens changemens en tous genres qui se sont produits dans ce corps.
1. De Bréande (Pierre-Bonaventure VY/Z/fl/zi), cadet en 1720, brigadier le 23 juillet 1762, maréchal de camp le 3 janvier 1770.
2. Chevalier de la Roche-Aymon, cadet dans Royal-Artillerie en 1701, lieutenant général le 20 février 1743, mort le 22 mars 17o9.
N(trvi:i,i,i'; uikiamsatkin dp; i;AitriM.i;mi;. h'j
.le lis 1.1 \isilr<l<'s |»liic<'s <•! hoiiviiN iiioii (ils jiisiir dans le halailioii (•(tininaïKlt- jiar M. de Soik y; il me vint voira Cacii oi'i je i'aisois ma ivsidciicc (|iiaiid je ii rlciis pas en loiirnrc. Je l'ormay pr<)in|)l<Mn(Md un (''(luipa^e darlillcric de caiinja^^ix; |»oiii- le j()iii<lit> à la pclilc aiMiiro \n\^\v à alici" à la rmconlro de rcniiciiii, cl pourvus à i;aiuii- les liallerios cl les places de CCS cosics, (pii oui cuvii'oa 170 lieues d'élendue.
La llolle ani;loise niena«;a de l'aire une descenle à (Iranville, puis rclourna sur la llou^ue. On envoya de la (lour M. le niarc'sclial de Luxond)ouri^; noire pclilo armée se l'asscndjla el marcha juscjuau camp de Monlépin^uel, par delà Valo^ni?. L(> mareschal avoit apparemment ordre de ne pas allaqucr les Anglois à Cherbourg, car Taianl pu, il ne le fit pas. Les Anglois avoienl fait leur descenle sans opposition ; ils entrèrent dans Cherbourg-, démolirent le plus qu'ils purent de batteries, enclouèrent le canon, ravagèrent un canton de pais, brûlèrent les vaisseaux qu'ils trouvèrent dans le port, et voyant que notre armée les approchoit, ils se rembarquèrent sans essuyer aucune perte.
Quelque tems après, les ennemis reparurent du costé de Grandville. Je partis de nuit précipitamment avec l'armée et l'artillerie pour nous rendre à Grandville, où l'on établit un camp, d'où nous vismes la bataille que M. le duc d'Aiguillon gaigna sur les Anglois qui avoient fait une descenle à St-Malo. Nous n'en voïons que la fumée et entendions le canon. Les Anglois furent mieux reçus là qu'en Normandie, perdirent la bataille el se rembarquèrent.
j\L de Vallière comptoit avoir toute sorte d'aulhorité sur le corps royal d'artillerie; les bureaux en furent jaloux; on imagina de faire une nouvelle ordonnance par laquelle on créa 7 inspecteurs généraux. M. de Vallière eut le titre de directeur, mais on ne luy attribua aucune authorité sur les autres et on leur partagea les départements en conséquence. C'étoient M. de Vallière, directeur, M. d'Aboville, moy, mon frère le
chevalier, MM. de Fontenay, de Rostaing * et Des Pictières *, auxquels on adjoula depuis M. Guiol, et M. de Moûy à la place de M. d'Aboville.
1. Marquis de Rostainrj (Louis-Charles), aide de parc en 1712, brigadier en 1747, maréchal de camp !e 1" mai 1758, lieutenant général le 25 juillet 1762.
2. CJievalier des Pictières (César Taschereau), aide de parc le 15 mai 1712, brigadier le 10 mars 17i7, maréchal de camp le l"' mai 1758.